Des mots, des images, des sons, des bulles, du spectacle vivant : nos coups de coeur de Noël pour des cadeaux aux petits soins de vos proches!

Pour Noël, toute l’équipe de Branchés Culture vous propose ses coups de coeur… Comme ça, plus d’excuse, vous pourrez trouver de quoi satisfaire même les plus exigeants de vos amis. Vous ferez mouche à tous les coups. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les prix… Cette sélection est totalement subjective mais elle est faite avec le coeur, avec nos coeurs. Et si vous n’avez pas assez d’idées cadeaux, en cliquant sur le nom de chaque chroniqueur, vous accéderez à l’ensemble des chroniques que celui ou celle-ci a publié sur ce webzine. Bonne fouille !


Trois lectures édifiantes, pour le divertissement, l’aventure instructive ou se remettre en question : les coups de coeurs de MSophie

Au rayon livres, MSophie vous propose un triptyque de choc… Si possible à commander chez votre libraire de quartier… Parce qu’offrir de la culture, c’est bien mais le faire en soutenant les commerces locaux, c’est encore mieux.

Pour les amatrices et amateurs de thriller, les aficionados de littérature à suspense, un peu gore et à l’intrigue retorse, je n’ai qu’un nom. Une autrice belge de thriller exceptionnelle : Clarence Pitz et son dernier opus : Meurs mon ange édité chez IFS/Phénix Noir (maison d’édition belge également) et vendu au prix de 19,95 €….. C’est terriblement bien écrit, redoutable de suspense, intelligent, innovant, crade par moment – comme on l’aime -, complexe et totalement addictif. C’est un excellent thriller noir, avec des ressorts neufs. Elle confirme l’immense bien pensé après la lecture de La Parole du Chacal et d’Ineffaçable qui étaient tellement novateurs et immersifs dans le genre. On retrouve ici les mêmes émotions avec une réelle évolution dans l’écriture. Un régal de bout en bout. Une vraie claque qui va agiter vos méninges. Je prends les paris que comme moi, il vous sera impossible de lâcher ce suspense, tant l’excitation vous gagnera. Mais p… que ça fait du bien !!! S’il y a UN SEUL LIVRE à lire en 2021, c’est bien celui-ci !

Pour les copines et copains, pour les amis ou la famille qui s’intéressent à l’actualité, à l’histoire romancée et qui aiment vibrer avec un peuple. Pour ceux qui cherchent un autre regard sur le printemps arabe, pour les proches qui aiment soutenir les auteurs plus discrets… Mon choix se porte sur un auteur français dont le dernier ouvrage est une réelle pépite. Il s’agit d’Entre rêves et tourments de Phil Kalean, aux éditions de l’Harmattan et vendu au prix de 21,50 €. C’est qu’il vous faudra compter sur les ressources inventives de votre libraire car il n’est pas dans tous les rayons du supermarché. Et pourtant, ce livre est un vrai bonheur. C’est une fiction d’espionnage, d’amour et d’enquête que nous propose Phil Kalean. Mais elle prend racine dans le déroulement historique de la révolution tunisienne. Jour par jour, quasi heure par heure, on sent battre le cœur du peuple, la révolte des jeunes, des vieux, la colère s’embraser. On vibre des injustices, on tremble du « trop-plein d’oppressions », on crie « assez »… On sent la population, page après page, prendre son destin en main, se dresser contre le pouvoir despotique d’un dictateur que l’Occident a laissé faire. On voit naître l’espoir, grandir et prendre toute la place … Et les descriptions passionnées de l’auteur pour ce peuple, les rues parcourues, les lieux exacts où les événements historiques se sont produits… C’est tellement juste que les larmes me sont montées aux yeux plusieurs fois. Car rien ne m’émeut plus, dans la vie réelle, que la communion d’une foule qui, en un instant presque sacré, n’a qu’un seul objectif commun. Cela porte un nom : l’égrégore. Et ce moment presque mystique d’une émotion pure et vraie … on le rencontre rarement dans la vie et c’est la première fois que je le croise dans un livre. Exceptionnel !

Enfin, pour les copines, pour les mères, pour les jeunes et moins jeunes,… Pour toutes celles et ceux qui cherchent à construire un avenir qui ne ressemble pas au passé. Pour les amies et amis qui aiment réfléchir, se remettre en question, il n’y a qu’un choix qui s’impose. L’essai de Titiou Lecoq : Les grandes oubliées – Pourquoi l’histoire a effacé les femmes publié aux éditions de l’Iconoclaste et vendu au prix de 20,90 €. Les grandes oubliées – Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes est un livre indispensable, essentiel. Pour toutes les petites filles qui ont appris à l’école que l’histoire s’était écrite sans elles. Pour que toutes les femmes s’approprient leur histoire, pour que tous les hommes comptent enfin avec elle et pour simplement rendre aux femmes du passé leurs justes places. Ce livre est joyeux car l’écriture de Titiou Lecoq est dynamique et ses expressions personnelles, ses ajouts et ses « traductions » de l’histoire sont un régal de punchlines. Certes, ce livre est féministe car il combat une domination masculine présente dans les manuels d’histoire. Mais il ne cherche pas à écraser l’autre, il cherche à co-construire une nouvelle histoire, plus fidèle à la réalité. Non, les femmes ne restaient pas dans leur grotte pour élever les enfants du temps de Neandertal. Non, le pouvoir n’a pas été uniquement le fait des hommes, certaines femmes ont régné, ont fait la guerre. Certaines femmes ont écrit, ont milité, on fait la révolution… Mais les manuels d’Histoire, fruits de recherches effectuées pour la plupart au XIXe et au XXe siècles sont plus le reflet de la société moderne que de la réalité de l’époque. Bouleversant vos certitudes, ce livre est incontournable. Il offre la liberté d’être aux femmes en leur rendant leur histoire.


En prendre plein les oreilles en tournant pages et photos : les coups de coeur d’Axel Tihon

Notre photographe de concerts nous partage sa passion pour les salles de concerts. Et, en parcourant les allées des magasins et librairies, il a trouvé de très beaux livres dont celui de Queen de A à Z de Laurent Rieppi/Antoine Binamé chez Rock & Folk. Avec ce livre, vous saurez tout sur ce groupe unique qui restera pour toujours une légende. On ne peut pas non plus passer à côté du photographe Anton Corbijn qui, dans le livre DM AC regroupe 500 photos extraordinaires de ce groupe tout aussi culte qu’est Depeche Mode.

Bon ça, ce sont les maitres du genre mais quitte à faire de l’autopromo pour la seule fois de l’année: si vous voulez vous offrir l’une ou l’autre photo d’artistes que j’ai photographiés en collaboration avec Branchesculture, vous pouvez en trouver sur le site belge de Begallery.be sous mon nom, Axel Tihon. Et puis pourquoi ne pas vous faire plaisir avec ce beau livre consacré à Typh Barrow compilant notamment des moments rares de ses débuts. Pour les fans de blues Rock, j’ai aussi consacré un recueil à Thomas Frank Hopper. Tout ça, c’est à voir chez Blurb France et c’est du Belge.

Aloha – Typh Barrow
Thomas Frank Hopper

Un Dickens immortel, deux albums de Noël irrésistives et une deuxième dose de Queen : les coups de coeur de Jean-Pierre

Si vous cherchez un bon bouquin rock à mettre sous le sapin, Jean-Pierre vous conseille l’excellent « Queen Paroles de fans » de Marie Berginiat sorti chez Camion Blanc. Cette série d’ouvrages aborde l’histoire des groupes par le biais d’anecdotes et de déclarations venant directement des fans eux-mêmes. Une manière originale de se replonger dans l’univers de Freddie Mercury et Queen. Disponible en librairie ou directement chez l’éditeur au prix de 30 euros.

Au rayon des disques de Noël qui sortent de l’ordinaire, je vous conseille la réédition en cd et vinyle de l’excellent album de Billy Idol « Happy Holidays », qui garde son esprit rock tout en rendant hommage à l’esprit de Noël. Perso j’adore.

Je ne peux aussi que vous recommander avec beaucoup d’enthousiasme l’album de Noël de Steve Perry, ex-chanteur emblématique du groupe Journey, à mille lieues de ce qu’il faisait avec le groupe, mais qui est un petit bijou musical porté par la voix extraordinaire de notre homme. Superbe !

Et pour ceux qui qui chercheraient un spectacle à voir absolument pour les fêtes de fin d’année, Le Théâtre Royal du Parc remet à l’affiche à partir du 18/12 Le Noël de Mr Scrooge de Thierry Debroux d’après l’oeuvre de Charles Dickens, un pur moment de magie porté par des comédiens extraordinaires comme Guy Pion, Claude Semal et Fabian Finkels. Un grand spectacle familial qui plaira à tous. Un must !


Des abonnements pour des spectacles, de quoi rythmer l’année à venir : les coups de coeur de Malko

CONCERTS BOTA: Si vous avez des amis qui n’ont pas peur d’apprécier un concert assis tout en attendant de pied ferme la levée des mesures pour faire le plein de musique, pourquoi pas leur offrir une Botacarte et/ou un ticket de concert afin de soutenir le Botanique durant cette période compliquée pour les opérateurs culturels. Au mois de janvier, on attend particulièrement deux concerts à la rédaction de Branchés, le légendaire bluesman Bjørn Berge et ses guitares à 12 cordes ainsi que Duckworth. La liste complète des concerts du Botanique ici!

MAGIC LAND THÉÂTRE: Si vous êtes plutôt fan de théâtre et que vous voulez un lieu plus intimiste que le magnifique Théâtre du parc, on vous recommande le Magic Land Théâtre pour son humour toujours aussi décapant. L‘abonnement pour 3 spectacles est à 50 euros pour les adultes et 35 euros pour les étudiants. Ca tombe bien vu qu’il reste encore 3 spectacles au programme de 2022 au moment où nous écrivons ces lignes.

CANDLELIGHT EXPERIENCE: Une autre proposition de sortie en étant assis n’est autre qu’un spectacle Candlelight. Ce concept qui s’est développé un peu partout en Europe et dans le monde a pris place dans différents lieux de prestige bruxellois, et ce en collaboration avec des groupes ou des artistes locaux. Une superbe expérience qui permet de sortir de chez soi et d’avoir des étoiles dans les yeux en cette fin d’année 2022 que nous imaginions plus festive il y a encore quelques semaines… La liste des concerts Candlelight à Bruxelles en suivant ce lien.

Review Candlelight Halloween: https://branchesculture.com/2021/10/30/musique-de-films-dhorreur-avec-le-quatuor-a-cordes-marolles-ensemble-pour-halloween-2 


Deux coffrets prestiges autour d’un manga culte : le coup de coeur de David

The Promised Neverland est un récit fantastique classé parmi les meilleurs mangas de ces dernières années. Le scénario est des plus originaux car il met en scène des enfants qui n’auront comme seule défense leur intelligence et leur ingéniosité. Pas de super-pouvoirs, pas de magie, mais de la débrouillardise face à la cruauté ambiante. Nous retrouvons Kaiu Shirai au scénario et Posuka Demizu pour les illustrations. Vous serez touché par le travail de cet artiste au talent incroyable. Les traits sont doux et d’une formidable intensité. On se croirait dans un conte pour enfants pourtant la violence de la chasse à l’homme est au détour de chaque page. Ce magnifique coffret (deux en réalité), se compose des 20 tomes de la série et de 11 superbes exlibris, 67,93€ pièce.


Partager l’intimité et le luxe de rencontres avec les dieux de la musique : le coup de coeur de Pascal

Rock, variété française, pop… Depuis quarante ans, le journaliste bien connu de la chaîne de radio-télévision publique belge, Rudy Léonet, n’a cessé de rencontrer des légendes, de nouer des liens pour quelques minutes ou plus loin qu’une interview avec ceux qui accompagnent nos vies, nos playlists. Voilà qu’Access All Areas s’en veut la compilation. Truffé d’anecdotes bienveillantes sur une quarantaine d’artistes imparables tous excellement croqués par le dessinateur Clarke (le papa de Mélusine), ce livre est aussi une photographie du monde de la musique des années 80 et 90, époque révolue où il n’était pas rare de pouvoir interviewer un artiste pendant une bonne heure sans s’attirer les foudres d’une attachée de presse un peu revêche.


Des phrases et des images pour des moments de complicité, pour rêver ou grandir, des mots d’ici et d’ailleurs pour nous faire voyager : les coups de coeur d’Alexis

À Noël, il en faut pour tous les goûts, de 2 à 99 ans, et plus.

Alors, commençons par une idée cadeau et lecture pour les mômes qui décryptent les images mais ont encore besoin d’aide pour lire les phrases, voilà deux albums tout mignons et craquants qui permettront aux parents de passer quelques minutes de plus avec leur progéniture. Avant d’aller dormir, ou pourquoi pas au réveil ? J’ai jeté mon dévolu sur les deux premiers albums illustrés de la collection 3 p’tits tours et puis lisons !chez Glénat Jeunesse, qui font appel aux animaux pour raconter des choses qui peuvent être bien humaines. Dans Le roi a froid (d’Alice Brière et Pascal Lemaître, aux illustrations), le souverain n’arrive pas à se réchauffer, et c’est toute la cour et même les quidams qui lui apportent moult dons tous azimuts pour qu’il cesse de cailler. Tout le monde sauf le bouffon qui est pourtant le seul à avoir le remède universel. Dans Viens chez moi si tu veux(de Martine Laffon et Marion Piffaretti, aux dessins), c’est un peu Boucle d’or et les trois ours mais sans eux (ils arrivent dans mon conseil suivant). Car souris, grenouille, renard et consorts (tous nommé pour provoquer l’hilarité générale des petits… et des grands aussi) sont en quête d’un abri. Plic-ploc, les voilà qui échouent dans une maison qui semble déserté. La force de ces livres qui ne vont jamais bien loin mais réussissent le voyage, c’est de se lire comme des chansons, avec des mots sonores et dans lesquels on peut mettre de l’intonation qui déridera notre petit auditeur, mais aussi avec un refrain qui faisant fi des génération pourra être repris par tout qui se retrouve autour de ces pages célébrant la communion! (chez Glénat Jeunesse, 32p., 11€/le livre)

Pour les enfants un peu plus grands, disons 6 ans, place à La grande nuit des ours, idéal pour les veillées auxquelles peuvent se prêter les nuits d’hiver et les réveillons des fêtes. Trouvant l’appui des dessins charmants, colorés et dépaysants d’Élise Mansot, Caroline et Martine Laffon sortent un peu des sentiers battus par les animaux-stars des fables et contes, pour s’intéresser à l’ours. Ou plutôt aux ours, blanc, brun, à lunettes… Les deux autrices ont ainsi dégoté sept contes qui nous font voir du monde: Canada et Amérique du nord, Norvège, Pérou, Italie, Corée et même Ecosse. Pourquoi, d’ailleurs, ne pas se munir d’un globe terrestre au moment de se lancer dans la lecture, en tout ou par chapitres, de ce joli recueil? Et s’il peut se lire en solo, là encore cet album peut se vivre à plusieurs. pour apprendre à comprendre les différentes facettes, parfois cruelles souvent nobles, de ce palmipède qui a des choses à raconter sur l’histoire de ce monde. Avec entre les voyages, un vrai esprit de veillée, festif, et ritualisé. (chez Glénat Jeunesse, 64p., 14,50€)

Allez, on grandit encore un peu, voilà un dernier bouquin illustré, au long cours cette fois (230 pages), à réserver à un public averti… dès 12-13 ans dirais-je, parce qu’il évoque les choses de la vie et des passages qui y sont liés, sur lesquels les parents peuvent parfois rester muets, ne pas trouver les mots. Eco, trois lettres qui veulent dire beaucoup et qui donnent plus que jamais son sens à la collection Métamorphose des Éditions Soleil dont est issue cette trilogie… et désormais cette intégrale magnifique qui suit le parcours de l’héroïne éponyme dans un monde trouble, obscur mais aussi lumineux, poétiques, philosophiques. À l’image des quatre amulettes, les doudous éreintés de la petite fille en plein bouleversement, qui ne comprend pas ce qui lui arrive et va même jusqu’à penser qu’elle a été maudite. de l’horreur à l’émerveillement, passer par toutes les émotions et les sentiments, qui sont autant de portes entre le monde réel et celui imaginaire, c’est ce qui fait toute la force du monde déployé, inspiré par d’autres contes bien connus, par les très créatifs Guillaume Bianco et Jérémie Almanza. Ce n’est pas un conte pour un Noël, c’est une odyssée pour toute la vie. (chez Soleil, Coll. Métamorphose, 232p., 34,95€)

C’est mon coup de coeur absolu pour cette année parmi ce que j’ai lu: La bibliomule de Cordoue de Wilfrid Lupano et Léonard Chemineau. Sous une couverture qui est déjà une irrésistible planche et dans des pages bleu nuit qui en font en plus un magnifique objet, ce roman graphique témoigne avec humour et aventure d’un drame colossal et malheureusement répété dans l’histoire de l’humanité, des connaissances que nous en avons et de son patrimoine matériel et pourtant volatile : les divers autodafés qu’ont eu à subir des milliards de bonnes pages en tous genres au fil des époques. En s’attachant à l’incendie des trésors de la bibliothèque de Cordoue, alors ville islamique sur le pas de la porte du deuxième millénaire, par un vizir qui voulait être calife (mais avait peur d’être détrôné par des mots inoffensifs qui mis ensemble donnait vies à toutes les sciences et études de l’époque), le duo d’auteurs a imaginé un improbable quatuor se dégager des fumées: un eunuque, une esclave copiste, un voleur en manque de réussite et ce qui est sans doute la mule la plus têtue et la moins docile que le monde ait connu. Chargée comme une… mule avec la centaine de livres que les trois exilés ont pu emporter, la route de cette bête et de ses voyageurs va être semée d’embûches, de sable, de rocailles à escalader, de cours d’eau à traverser et de traquenards à déjouer. Le sort du monde connu est sur le dos de l’animal qui va buter plusieurs fois, envoyer valdinguer les livres soumis à rude épreuve, perdant leur reliure, leur couverture et leur valeur avec. Celle sur le marché, en tout cas, en espérant que subsiste la valeur sentimentale et spirituelle sous le joug de l’imposteur arrivé au pouvoir. Alors qu’humains et animal apprennent à se connaître et peut-être même à s’apprécier (sans négliger quelques combats de pifs n’ayant rien à envier à ceux d’Astérix et Obélix), dans cette pièce de théâtre grandeur papier finement et richement dessinée, Lupano et Chemineau livrent une ode à la lecture et aux grandes histoires qui nous emportent loin, font réfléchir, nous rendent critiques, forts et rusés face à la bêtise de nos pairs, sans oublier de nous amuser. Magnifique. (chez Dargaud, 264p., 35€)

Pour ceux qui aiment les BD’s mais ne se sont pas encore lancés dans la littérature annexe, faite de monographies, d’artbook et autres beaux-livres, les éditeurs malicieux n’ont pas leur pareil pour dégoupiller quelques immanquables en fin d’années, propice aux achats pour soi ou pour offrir en cadeaux. J’en ai choisi trois. Le premier a un titre prometteur : À l’heure où les dieux dorment encore. Tout un programme, inépuisable, qui nous permet de pénétrer l’univers de Cosey. Au moment où celui-ci publie l’ultime tome de sa saga d’aventure et de philosophie des grands espaces himalayens, Jonathan, l’éditeur Daniel Maghen en a profité pour prolonger le périple en revenant à la source de toutes choses dessinées : le croquis, les recherches, les carnets de voyage. Avec comme guide, Cosey lui-même, et son écriture déjà tellement graphique, nous voilà embarqués, non sans avoir étudié deux pages de vocabulaire tibétain, dans une promenade quasi-exclusivement eurasienne (en passant par l’Algérie et le mythe américano-mondial Mickey) dans l’oeuvre du maître suisse. Des paysages, des visages, des détails, des symboles quelques dieux aussi, au contact des civilisations? Aux sources du dessin et des histoires, on en prend plein les yeux tout en s’instruisant. (aux Éditions Daniel Maghen, 304p., 49€).

Autre style, autres voyages, dans le temps cette fois, puisque le spécialiste Patrick Gaumer publie, chez Casterman, Jacques Martin, le voyageur du temps. Voilà une plongée intense, spectaculairement illustrée dans le monde terriblement précis et étudié du père d’Alix, Lefranc, Xan, Jhen et autres Orion. Dans cet album rétrospectif, remontant à l’âge d’or de la BD jusqu’aux années 2000, l’auteur fait appel à son savoir mais aussi aux collaborateurs du conteur Martin. Avec, outre les dessous des cartes, de l’Histoire et des histoires de fiction, un vrai travail pour montrer le making-of d’un album, d’une planche, et de sa lisibilité. Un chef-d’oeuvre de plus. (chez Casterman, 417p., 49€)

Enfin, « c’est l’une des plus belles créations de la bande dessinée« , nous affirmait récemment l’excellent Philippe Luguy en parlant du Marsupilami. Une Bête (pour reprendre le titre de la revisite entamée par Zidrou et Frank, avec réussite) imaginée par Franquin, Le Marsupilami, et animée depuis des décennies par Batem. Un aventurier belge en Palombie à qui est consacré le nouveau cru d’Une vie en dessins, collection née du partenariat des Éditions Dupuis et de la Galerie Champaka. Et c’est vraiment dans une galerie de papier, avec l’exclusivité d’avoir à nos côtés l’auteur qui se raconte (bien aidé par le toujours discret Éric Verhoest), que nous nous baladons dans cet album hyper-immersif tant il va chercher à l’os le pouvoir narratif et divertissant du dessinateur, avec moult illustrations pleine page ou agrandissements de séquences. Et quelques petits secrets de fabrication. Un vrai trésor qui nous fait dire houba. D’ailleurs, si vous mettez au pied du sapin cet ouvrage généreux, vu l’énergie de l’animal, faites gaffe, ça peut être remuant et faire des bonds! Bon, cela dit, c’est à la fin de cette mini-critique que je me rends compte que l’album ne sort que le 14 janvier, alors faites-en un bon? (chez Dupuis/Champaka, 256p., 45€)

Allez, on change d’univers même si l’artiste polyvalent dont il est question ici aime aussi le Neuvième Art. Venu du Brésil, vivant dans la région de Bruxelles, Renato Baccarat a gardé le plaisir et la poésie de chanter et faire de la musique en portugais. Ces albums sont merveilleux, envoûtants, créés dans la douceur et la volonté de raconter des histoires intimes ou universels… mais jusqu’ici j’en avais compris la musicalité mais pas les textes. Ce fut le cas lors de la sortie il y a quelques mois de Deselegância Discreta (Discrète inélégance). Depuis, l’auteur a lancé sa petite et toute mignonne maison d’édition, Bleu dans vert, et sort ces jours-ci un beau livre évocateur et nous offrant un peu plus la compréhension et la vie dont regorgent ces textes. Livré avec l’album, l’album (à télécharger numériquement), s’accompagne désormais des traductions de la main de Renato lui-même, textes original et français en miroir pour laisser la saveur des deux langues se mêler et se comprendre. Mais aussi des tableaux en collages de la créatrice Chloé Cayla. Tout cela mise en semble constitue un écrin flamboyant et curieux, plus fort que la barrière de la langue, dans le partage des significations que chacun trouvera. L’OVNI de cette sélection mais sans doute le plus sincère aussi. (aux Éditions Bleu dans vert, 68p., 30€)

Terminons donc cette belle sélection en musique avec deux albums que je m’en voudrais de ne pas vous conseiller si vous êtes passés à côté plus tôt dans l’année. Tout d’abord Dyade de Cyril Mokaiesh. Si le chanteur sans concession avait déjà invité quelques artistes tout au long de son encore jeune carrière, cette fois, c’est un album en duo qu’il livre avec ce nouvel album. On y trouve Dominique A, Calogero, Florent Marchet, Kerenn Ann, Élodie Frégé, L et d’autres. Force est de constater que l’ancien tennisman a trouvé en eux bien plus que des sparring-partners: de belles âmes pour animer une folle connivence, calmer parfois (mais pas toujours) ses élans revendicatifs ou se laisser porter par ses colères, ses idées toujours bonne à prendre et à propager. C’est suspendu et intense. Un album de duo pas banal, fort d’identité(s). Puis, il y a Palais d’argile de Feu! Chatterton. Le groupe inclassable a livré là un disque bouillant, à la fois intemporel et pourtant tellement ancré dans notre époque trouble. Sur laquelle le quintet nous fait danser et réfléchir, avec une force décuplée par ce mariage incroyable entre texte, musique et une voix toujours impériale. Ça groove, ça punche, ça rendra hirsute n’importe quel sapin!

Bonnes fêtes à tous!

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