Le musicien Renato Baccarat, entre chien et loup et Intercesseurs, retrouve son vieux copain le dessin : « Contactez Bleu Dans Vert si vous avez des livres impubliables ! »

Bleu dans vert, voilà une nouvelle petite maison d’édition qui ne demande qu’à grandir et qui a de l’ambition comme du bagout pour renouveler l’expérience de lecture avec style et audace. Sur un air de Miles Davis, Renato Baccarat, qu’on avait découvert chanteur une après-midi à Esperanzah!, nous entraîne dans son univers mais aussi celui de Géraldine Harckman, à travers deux premiers albums cultivant la poésie graphique et langagière, nous entraînant dans des univers d’auteurs qui ne lâchent rien et font les choses, les dépeignent ou les crayonnent à leur envie, à l’instinct, avec une authenticité qui fait mouche. Interview et découverte avec Renato Baccarat.

Bonjour Renato, on vous connaissait auteur-compositeur-interprète dans le domaine de la musique du monde, vous l’êtes toujours mais vous voilà aussi éditeur. Il n’y avait qu’un pas ? 

Ça s’est fait assez naturellement… les conditions dans lesquelles la covid nous plonge rendent pratiquement impossible l’aboutissement de projets musicaux… je me suis donc tourné vers mes premières amours : le dessin. J’ai fait mes études aux Beaux Arts de Bruxelles en Illustration et Bande-dessinée. Une fois le projet fini, je me suis rendu compte que je pouvais l’éditer.  

Comment l’avez-vous franchi, ce pas ? Un besoin de vous exprimer là où les confinements successifs ne vous permettaient plus d’officier sur scène ? 

Avant de penser à l’idée de les faire imprimer, au tout début du projet, quand le dessin et la bande-dessinée ont été pour moi une façon de canaliser l’envie de raconter cette histoire qui pour le moment ne pouvait pas être racontée en chansons, j’ai proposé à mon amie Géraldine Harckman de se lancer elle aussi dans un projet de livre. Elle m’avait déjà confié vouloir faire de la narration et c’était le moment idéal. Je lui ai parlé de mon envie de raconter une histoire de fantômes, un fantôme d’un animal… un chien de berger, un Cerbère… ça a fait écho à son histoire personnelle et nous avons décidé d’avancer chacun sur son livre, en parallèle pour se donner du courage.

Monter une petite structure éditoriale, c’est facile ? À quoi faut-il penser ?  

J’ai eu la chance d’avoir dans les mains la structure qui m’a permis de le faire… La société était déjà constituée pour mes activités liées au graphisme, au design et à la musique. J’ai juste mis la casquette « éditeur ». Avec cette casquette, je tâtonne, j’apprends sur le tas… c’est une toute petite échelle mais c’est déjà beaucoup de travail.  Un travail passionnant.  

Aviez-vous essayé de faire passer vos projets à un éditeur avant de vous lancer en tant qu’éditeur ? 

Non, dès le début du processus, je me suis dit que ce n’était pas un format qui intéresserait les maisons d’édition à plus grande échelle. C’est un récit trop court pour qu’ils l’investissent. Et puis j’avais besoin de faire un projet sur lequel j’avais la main de A à Z… J’avais eu trop de déceptions dans les tentatives d’organiser des projets liés à la musique depuis la pandémie.  

Bleu Dans Vert, c’est le nom de cet éditeur émergent. Pourquoi ? Comment choisit-on le nom qui va baliser, on vous le souhaite, des dizaines de livres à venir ? D’autres noms avaient aussi été retenus ? 

Merci ! J’espère qu’on aura d’autres sorties effectivement !  

Bleu Dans Vert est le nom que j’avais choisi pour cette société quand je l’ai créée pour mon travail de graphiste, webdesigner et musicien, etc. C’est une référence à Blue in Green de l’album Kind of Blue de Miles Davis. Je trouve ce morceau tellement beau ! Ce titre évoque donc pour moi la musique, le graphisme… une complémentarité très importante pour moi depuis toujours. 

Quelles sont les lignes directrices de ce projet ? Quelles sont vos envies d’édition ?  Dans vos deux premiers albums, on trouve au-dessus du nom de l’éditeur « forme » ? C’est la collection ?  

Au départ il n’y avait pas vraiment de lignes directrices: c’était simplement un support pour les deux histoires que nous avons écrites, Géraldine Harckman et moi. Mais plus ça avançait, plus je me prenais au jeu et d’autres projets se sont ajoutés. L’idée générale est de se permettre des formats courts, pas forcément standards… des petits tirages avec une distribution courte pour les “localecteurs”.

La collection Forme va donc parler d’histoires de fantômes  et de comment on les affronte. D’autres albums vont arriver dans cette collection. Mais j’ai également des projets très différents ne parlant pas du tout de ça… on va voir ce que ça va donner. 

Le format est aussi particulier, sous forme de fascicule, étiré en hauteur, comme une carte, un catalogue d’exposition ? 

Oui, c’est un format proche du A4 avec une couverture souple, ça évoque pour moi les comics américains mais « européanisés ». C’est un poil plus chic. J’adore cet album souple de Gipi qui s’appelle « Les innocents »… j’avais cette édition comme référence en travaillant nos livres.

© Gipi

Un catalogue d’exposition, dans le cas des Intercesseurs de Géraldine Harckman, c’est un peu ça, non ? Vous nous entraînez dans son univers oscillant entre dessin et peinture, donnant l’impression de relief.  

C’est drôle, je n’y avais pas pensé. Peut-être est-ce le cas, mais alors à l’envers. Ces peintures ont été faites pour la création de ce livre. Mais comme on a fait une exposition des œuvres originales à la librairie Novembre (Bruxelles), on peut dire que ça en devient le catalogue. 

Quand je parle de son livre, je dis que c’est une poésie illustrée. C’est une magnifique histoire, très sensible et très douce. Elle évoque la perte d’un être cher avec beaucoup d’amour. Ce qui est fascinant avec ce livre, c’est le lexique que Géraldine a eu la bonne idée d’ajouter à la fin. C’est une série de références très diverses nous permettant de nous replonger dans le livre avec une nouvelle lecture.

Les Intercesseurs © Harckman chez Bleu dans Vert

Qui est cette artiste ? 

Géraldine Harckman est une amie de longue date. J’adore sa peinture. Elle a un travail abstrait magnifique ! Très lié au corps et aux changements du corps… ce qui le compose, les strates qui se superposent et l’enveloppent. On peut voir son travail sur son site: http://www.geraldineharckman.be 

Je me suis laissé dire qu’elle faisait de la musique à sa manière non ? Des mots, des textes, épurés, en légendes, dont l’arrangement donne déjà le rythme, qui accompagnent une illustration, un tableau qui est leur musique ? 

Je trouve que de toutes façons la Musique et les Arts Graphiques se complètent très bien. On peut parler de rythme à propos de peinture ou d’un dessin, on peut parler de trait pour une mélodie ou un solo, de tonalité, de dominant(e).. Il y a plein d’intersections, tout ça n’est que de la création.  

Les Intercesseurs © Harckman chez Bleu dans Vert

Au fond, est-ce un recueil d’histoires très courtes ou une histoire au long cours qu’il faut relire plusieurs fois pour en avoir le fin mot ? 

J’adore relire des histoires, re-feuilleter des livres. Comprendre des choses que je n’ai pas comprises aux lectures précédentes. Quand tout n’est pas dit tout de suite et qu’il faut lire entre les lignes. Je trouve que nos deux livres ont cette force-là. “Entre Chien et Loup” où beaucoup n’est que suggéré et “Les Intercesseurs” où de nouvelles clés de lecture sont données à la fin du livre.

Chaque lecteur en aura son interprétation, non ? 

Oui… à mon sens, ce sont deux récits personnels qui permettent au lecteur de s’y projeter complètement. J’ai déjà eu plusieurs retours d’interprétations très très différentes. C’est grisant de voir tous ces possibles et de voir comment les lecteurs peuvent se sentir “chez eux” dans ces récits. 

Recherches et étapes Les Intercesseurs © Harckman

Mais, en fin d’album, il y a donc ce lexique où l’auteure livre un peu de la riche symbolique qu’elle a intégrée. C’est ambitieux, non ?  

J’aime beaucoup cette envie qu’a eu Géraldine de partager ce qui l’a nourrie. Il y a toutes sortes de références: des textes de philosophes, de chanteurs, des traditions, des légendes… Mais, comme nous le disions plus haut, ceci nous permet d’avoir une nouvelle lecture de l’ouvrage. Avant de découvrir ce lexique, ce livre se lit très simplement avec beaucoup de plaisir. Ce n’est pas du tout un livre austère avec mille références destiné à quelques érudits. C’est un texte très poétique, sensible et sincère qui se redécouvre un peu plus à chaque lecture. 

Recherches et étapes Les Intercesseurs © Harckman
Recherches et étapes Les Intercesseurs © Harckman
Les Intercesseurs © Harckman chez Bleu dans Vert

Personnellement je n’avais jamais été face à un tel ouvrage, finalement, très novateur, expressif et indéfini. Abstrait ? 

Oui je trouve aussi que ce livre est vraiment très particulier. Je suis heureux et fier d’avoir un tout petit peu contribué à son existence.  

Comment avez-vous imaginé cette couverture faite de masses de bleu foncé, de brun et d’une fine pellicule de bleu clair et d’un zeste de blanc crème ? 

C’est une des peintures que Géraldine a créées pour le livre. Une sorte de représentation  “abstraitisée” d’une rivière, des galets (très importants dans le récit), l’eau et la terre. C’est un travail magnifique

L’autre album publié, c’est Entre chien et loup. La première chose qu’on en voit forcément, c’est une couverture noire présentant une femme couteau à la main, et le titre. Comment crée-t-on une couverture ? Avez-vous fait plusieurs recherches ? 

Oui, j’ai fait plusieurs croquis de recherche pour cette couverture. Je voulais quelque chose de frontal, énigmatique… J’ai donc choisi de représenter le personnage qui regarde le lecteur dans les yeux, assis paisiblement un couteau à la main. J’aime beaucoup ce personnage, perdue dans ses doutes, à un moment particulier de fragilité, je voulais qu’on voie malgré tout que c’est un personnage fort. Et par fort j’entends qui affronte ses faiblesses, ses doutes. Il en faut du courage pour admettre qu’on en a.

© Baccarat chez Bleu dans Vert

Encore une fois, autre corde à votre arc : vous être aussi auteur de BD. Vous n’aviez plus dessiné depuis longtemps ? Ou gardiez-vous vos œuvres pour vous ? 

J’ai grandi avec la musique parce que mon père est musicien et, avec ma mère, ils m’ont tous les deux transmis cette passion. Adolescent j’ai commencé à jouer de la guitare et monter mes premiers groupes (avec certains musiciens avec qui je joue encore aujourd’hui) mais parallèlement à ça, j’ai toujours adoré dessiner.  Depuis tout petit, au Brésil, je prends du plaisir à faire du dessin, et ça m’a amené à choisir cette voie pour mes études: Illustration et Bande Dessinée à l’Académie des Beaux Arts de Bruxelles. Encore aujourd’hui, je tiens des carnets de croquis…

Recherches © Baccarat
Recherches © Baccarat

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la Bd ? Quels auteurs, quels héros ? Et de la musique ? 

J’ai toujours tellement aimé ça ! J’ai le souvenir de création de petites bande-dessinées quand j’avais 8 ans, encore au Brésil… je pense que j’ai encore une de ces planches quelque part ici à Bruxelles…  

Puis, le heureux hasard a fait que mes parents s’installent à Bruxelles ! J’ai découvert que c’était possible de faire des études artistiques… Mes parents m’ont toujours soutenu et j’ai pu finir mes humanités aux Beaux Arts de Bruxelles: j’ai adoré ça ! Des cours de modèle vivant, de peinture, de volume, d’histoire de l’Art ! C’était génial ! Je prenais aussi des cours du soir de BD. J’aimais beaucoup le prof qui tenait cet atelier. Du coup j’ai commencé à découvrir une nouvelle dimension de l’art de la bande dessinée, des auteurs qui sont encore aujourd’hui des maîtres pour moi. De tout grands comme Mattotti, José Munoz, ou des (un peu) plus jeunes comme Emmanuel Guibert, Manuele Fior, Christophe Blain… il y en a tellement !

Guirlanda © Mattotti chez Casterman

La musique et le dessin sont-ils liés, d’ailleurs ? 

Complètement ! Il y a des planches de l’album Guirlanda de Mattotti qui ressemblent à des symphonies ! Les traits sont tellement beaux ! Toutes ces mélodies… 

Aviez-vous déjà publié des bandes dessinées, auparavant ? 

Pas vraiment… il y a une quinzaine d’années, j’ai fait un petit récit de douze pages au format poche. Une espèce de fanzine… ça racontait le (peut-être) début d’une histoire d’amour entre deux voisins. J’ai imprimé quelques exemplaires mais si je me souviens bien, c’était surtout pour offrir à mes amis

Combien de temps cela va-t-il durer © Baccarat
Combien de temps cela va-t-il durer © Baccarat

Qu’est-ce qui vous a remis le pied à l’étrier ? 

Mon activité musicale était complètement à l’arrêt suite à cette tempête que nous traversons actuellement. J’étais terriblement frustré. Je venais de sortir un album dont je suis très fier: “Deselegância Discreta”. Enregistré au Brésil, produit par Kastrup (un musicien/producteur que j’adore), c’est vraiment un disque où Alex Davidson, Nyllo Canela et moi nous sommes ré-inventés. C’était un vrai moment de création dont je garderai toujours un merveilleux souvenir. Mais l’album est sorti juste avant que ce virus ne s’invite et ça a empêché beaucoup de choses, comme partout. “Deselegância Discreta” n’a pas vraiment eu de vie.

J’ai eu besoin de me tourner vers autre chose pour ne pas rester inactif, et ça a été le dessin et j’ai eu l’impression de retrouver un vieil ami. J’ai de la chance d’avoir eu à portée de main ce support pour canaliser tout ça, qui débordait.  

J’avais aussi besoin de me consacrer à un projet sur lequel j’avais la main de A à Z. J’écris, je dessine, je mets en page, j’édite, je distribue (souvent d’un coup de vélo) … peut-être, encore une fois, pour canaliser ce qui débordait.  

Recherches © Baccarat

Avec une histoire courte, de genre : horrifiante ? Vous aimez ça, l’angoisse, la peur, les monstres ? 

J’aime les histoires de tous les genres quand c’est bien raconté. Pour l’horreur, j’aime surtout quand on n’en voit pas trop… quand on ne sait pas tout… quand on doit déduire une logique qui n’est pas forcément la nôtre. Le film “Mise à mort du cerf sacré” de Yórgos Lánthimos est pour moi une très grande réussite, ou un autre exemple (évident) “Shining” de Kubrick.  

L’horreur, c’est un genre que vous aviez déjà exploré dans vos chansons ? 

Non, c’est vrai… je n’ai jamais abordé ça avec la musique.

Mais pour moi, je ne suis pas sûr que ce soit une histoire d’horreur… Comme on en parlait plus haut, c’est peut-être votre interprétation de cette histoire. Ce “monstre” face auquel le personnage se retrouve, a-t-il vraiment existé ou est-ce une projection qui incarne un peu ses doutes, ses peurs, une matérialisation des décisions qu’elle n’ose pas prendre et qu’elle cherche quelque peu à fuir. Peut-être que tout est dans sa tête. Si c’est le cas, est-ce un récit d’horreur ?  

Comment est née cette histoire ?  

J’avais envie de parler de fantômes. Au sens figuré… Et j’aimais l’idée d’un fantôme animal. Au départ je pensais à un chien de berger, ce qui a permis d’évoquer le loup, Cerbère…

J’en étais à ce stade quand j’ai proposé à Géraldine de se joindre au projet. Elle m’avait dit qu’elle voulait s’attaquer à la narration et je lui ai donc proposé de faire son livre en parallèle, pour qu’on se soutienne et se donne du courage. Je lui ai parlé de ce chien Cerbère et ça a évoqué en elle plein de choses, ça a déclenché son histoire.

Recherches et étapes Les Intercesseurs © Harckman

Il est question d’une légende amérindienne, au début, c’est vrai ? 

C’est nous qui la rendons vraie. J’aime beaucoup cette légende et je la trouvais très liée à cette histoire. Comme le récit est court, évoquer cette légende en préambule permet de planter tout de suite la dualité de ce qui va être raconté ensuite.  

Dans cette histoire en vingt pages, de grandes masses d’encre noire et le besoin, en blanc, de détailler le décor. Ne perd-t-on pas ses repères, ses perspectives sur fond noir ? C’est complexe à réaliser ?  Et cela ne renforce-t-il pas le malaise du lecteur ? 

L’histoire commence avec l’arrivée du personnage à une cabane dans laquelle elle va passer quelques jours, coupée de tout. C’est la tombée de la nuit. De la même façon qu’on n’est pas sûrs qu’elle a  vraiment rencontré quelqu’un ou quelque chose, je voulais que cette cabane devienne une espèce de lieu de passage… les perspectives s’effacent, on perd pied… l’intérieur de cette cabane devient immense.  Si c’est Cerbère, est-ce qu’on ne serait pas à l’entrée des enfers ? Ou est-ce qu’elle a juste rêvé tout ça ?  

© Baccarat chez Bleu dans Vert

Le choix du noir et blanc s’est très vite imposé ?  Avec une petite touche, par-ci, par-là, de rouge, comment s’est-il invité ? 

Oui, j’ai tout de suite eu envie de le faire en noir et blanc pour plusieurs raisons.  

Tout d’abord, je me suis toujours senti plus proche du trait que de la teinte. Et puis là, j’avais vraiment envie de dessiner, de faire danser des traits et jouer des clairs-obscurs… la couleur est un exercice très sérieux que je ferai sur un prochain projet, j’espère. 

Ces clairs-obscurs me plaisent beaucoup dans des univers visuels tels que ceux de “M le Maudit” ou “Le Cabinet du Docteur Caligari”, avec ses perspectives déformées. Il me semblait que c’était un univers parfait pour plonger cette histoire. 

Ceci me permettait aussi de mettre en évidence, avec des pointes de la seule couleur rouge, quelques points, pour créer une association d’idées visuelle entre plusieurs éléments de l’histoire, pour servir la tension dramatique du récit.  

Dans cette histoire, il y a un mano-à-mano, entre votre héroïne et une bête. Dans une sorte de huis-clos. Comment avez-vous créé ce personnage féminin ? Il y a eu beaucoup de recherches ? 

Dans cette histoire, le personnage principal aurait pu être un homme ou une femme, peu importait finalement… mais je trouve qu’il n’y a pas assez de personnages féminins dans les récits. Il y en a de plus en plus évidemment, mais pas encore assez. Alors ce serait une femme. Je voulais surtout que ce soit un personnage fort mais en lutte, la proie de ses doutes, comme nous tous.

Recherches © Baccarat
Recherches © Baccarat

Pour ce qui est du côté graphique, il me semblait important qu’elle soit bien sur reconnaissable mais sans trop de traits spécifiques afin de laisser la place à une certaine identification du lecteur… qui sait ?

Et cette bête dont on ne voit même pas le bout de la truffe ? 

Au départ, j’ai fait plusieurs croquis de l’animal mais très vite, je me suis rendu compte que c’était plus impressionnant de n’en montrer que les yeux… sa silhouette se dessine grâce aux éléments de décor qu’elle cache dans le noir. Moins on en voit, plus c’est inquiétant. Je repense à “Mise à mort du cerf sacré” dont je parlais plus haut. On ne voit rien dans ce film, beaucoup de plans larges en plein jour… aucun effet de coup de tonnerre dans le noir avec de la musique forte… et pourtant c’est terriblement angoissant.

Recherches © Baccarat

Vous avez écouté de la musique en réalisant cet album ? Quelle bande originale lui donneriez-vous ? 

En ce moment, j’écoute beaucoup un album d’un super musicien de São Paulo: Kiko Dinucci. L’album s’appelle Rastilho. Je l’écoute plus ou moins en boucle et le plus gros de l’encrage des planches a été fait avec cette musique comme bande son. Si cette histoire était un film ou un dessin animé, ce serait une super musique pour l’accompagner.   

Au fond, n’est-ce pas une gageure de publier un album si court dans un format classique de BD ?  

Oui je pense que oui ! J’ai la chance, comme j’expliquais plus haut, d’avoir à ma disposition la structure qui me permet de faire ce pari sans courir trop de risques. J’espère que ces histoires vont trouver leur public. Je suis certain qu’il y a d’autres artistes qui ont dans leurs tiroirs des récits courts comme ça, difficilement publiables dans un circuit commercial traditionnel et notre échelle artisanale nous permet de le faire… Contactez Bleu Dans Vert si vous avez des livres impubliables ! 

Avez-vous déjà d’autres idées de récits en BD ?  

Oui je viens de finir le scénario d’une autre histoire de fantômes pour une nouvelle BD. Inspirée d’une histoire vraie, mais dans cette histoire vraie, il n’y avait pas de fantôme. J’espère que c’est assez énigmatique pour vous donner envie que je vous en parle quand elle sera prête 🙂 

Quelle est la suite du programme pour Bleu dans Vert ? 

Il y a donc cette nouvelle BD pour la collection Forme que je viens d’évoquer.  

Je prépare aussi un recueil de traductions des textes de mon dernier disque “Deselegância Discreta” illustrées par les collages de Chloé Cayla qui a fait des œuvres magnifiques !

Pochette de Deselegância Discreta © Chloé Cayla

La pochette de l’album est déjà un de ses collages… on va aller plus loin dans ce travail. Ça fait trois albums que je chante en portugais en Europe sans que personne ne comprenne. À la fin des concerts, on me demande souvent de traduire certaines chansons… j’ai mis en ligne les traductions sur mon site internet mais les textes de ce disque-ci ont pour moi une valeur toute particulière. Comme je le disais, on a enregistré ce disque à São Paulo et ce, pile entre les deux tours de l’élection présidentielle qui a porté Bolsonaro au pouvoir. Il y avait une électricité très palpable dans l’air et les textes de ce disque sont traversés par ça.

En attendant, où peut-on trouver vos livres? 

À la Bibliothèque de l’Université de Chicago car ils nous les ont commandés. Je ne sais pas comment ils ont entendu parler de nous mais on en est très fiers. Plus simplement, on peut les acheter en ligne sur www.editionsbleudansvert.com mais également dans plusieurs librairies bruxelloises et maintenant parisiennes. La liste de ces librairies est sur le même site. Je contacte d’autres librairies dans d’autres villes pour les ajouter à cette liste… mais ça prend du temps de se distribuer soi-même. Le mieux est de nous suivre sur Facebook ou de consulter le site pour ces nouveaux endroits.  

Le public a-t-il déjà mordu ? Quels sont les premiers retours ? 

Oui ! J’ai plein de retours très positifs ! Que ce soit des libraires ou des lecteurs, j’ai été carrément contacté par plusieurs personnes qui ont été très touchées par ces livres. Mais c’est vrai que c’est une différence que j’ai pu constater avec la musique. Quand on fait un concert, on partage quelque chose avec le public à un instant T. On est ensemble, face à face et j’ai un retour immédiat de comment les gens devant moi reçoivent ce que je transmets. Pour la BD c’est très différent… chaque lecteur va lire cette histoire longtemps après que je l’aie finie, dans son coin et sans que je ne le voie. Et c’est encore différent de l’écoute d’un disque… Un disque, on va l’écouter plusieurs fois, beaucoup plus facilement qu’on ne relirait plusieurs fois une histoire. On peut également l’écouter à plusieurs et ça redevient donc, à nouveau, quelque chose de collectif

Combien de temps cela va-t-il durer © Baccarat

C’était donc très différent pour moi. Ceci explique sans doute pourquoi je suis à chaque fois si émerveillé quand on m’envoie une photo de l’album entrain d’être lu par quelqu’un.  

J’adore qu’on me dise comment on les a interprétés, ce qu’on en a pensé…  

Quels sont vos coups de cœurs livresques, BD récents ? 

Guirlandia de Mattotti est pour moi une terrible claque visuelle !  

Brecht Evens aussi… j’ai aimé découvrir son travail… Quelle invention ! Dans Les amateurs, notamment.

Les amateurs © Brecht Evens chez Actes Sud BD

J’ai été très surpris aussi par “Peau D’Homme” de Hubert et Zanzim. Une très belle histoire, super joliment illustrée qui évoque très intelligemment les questions de genre et de la liberté de les vivre.  

La musique, ça continue aussi ? D’autres projets sont en préparation ? Toujours en portugais ?  

Les projets musicaux n’ont plus beaucoup de place dans ce monde pour le moment… Aucune décision n’a été prise pour permettre d’avoir la moindre perspective. Dans ce contexte décourageant, c’est très difficile d’avoir des projets en préparation.  J’espère que ça va revenir, je serai ravi de retrouver mes camarades de son pour refaire de la musique. Pour le moment, cette musique est très liée à mes racines brésiliennes et donc en portugais mais j’ai commencé à écrire un peu de poésie en français… Peut-être que ces deux univers vont se rencontrer. 

Merci d’avance et longue vie à Bleu dans Vert !

C’est moi qui vous remercie ! Et longue vie à Branchés Culture !


Titre : Les intercesseurs

Récit complet

Sous-titre : Ces puissances du faux qui produisent du vrai

Auteure : Géraldine Harckman

Genre : Abstrait, Drame, Peinture, Poésie

Éditeur : Bleu dans vert

Nbre de pages : 56

Prix : 15€

Date de sortie : Février 2021


Titre : Entre chien et loup

Récit court

Scénario, dessin et couleurs : Renato Baccarat

Genre : Drame, Horreur, Psychologie

Éditeur : Bleu dans vert

Nbre de pages : 36

Prix : 15€

Date de sortie : Février 2021

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