Fini la Lune, maintenant on marche sur la bulle #8 : entre Corée et Russie, Lefranc en héros d’un autre temps

Ça y est, l’homme a marché sur la lune. Enfin, ça fait cinquante ans qu’il l’a fait mais ce souvenir inébranlable, cet exploit, a été transmis de génération en génération, faisant toujours autant rêver quand on lève les yeux au ciel. Alors que dans nos contrées francophones, Thomas Pesquet a ravivé l’intérêt de la conquête des étoiles et de la voie lactée, le Neuvième Art (comme le Septième) a réaffrété des vaisseaux dessinés à mettre sur orbite. Des successeurs de Tintin ou de Valérian, et tous les autres, dans tous les horizons et tous les genres. On ne sait pas si les extra-terrestres lisent des petits miquets mais les terriens, oui. Alors, en vacances, plus ou moins près de chez vous, on vous a sélectionné quelques lectures pour aller beaucoup plus loin. Préparez les combinaisons spatiales.

© Corteggiani/Alves/Bonaventure chez Casterman

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Revenons aux héros les vrais et à l’Objectif Lune. Décrochons un peu du thème de ce topic et de son décor pour nous consacrer à une BD de science-fiction, ayant rapport à la conquête spatiale mais dont pas une seule case ne se passe sur orbite. Cousin de Tintin, Lefranc s’y colle dans une aventure d’un autre temps, bien avant Armstrong, quand toutes les nations en concurrence dans ce domaine avaient encore la possibilité d’être les premières à planter leur drapeau sur la Lune.

© Corteggiani/Alves/Bonaventure chez Casterman

Résumé de l’éditeur : Missionné par Le Globe pour mener une enquête sur les engins spatiaux expérimentaux, Lefranc est mis en contact avec le docteur Lukas Eugen Messner. Juste après leur entretien, le scientifique est enlevé. Axel Borg serait-il dans le coup ? Guy Lefranc se retrouve embarqué dans une nouvelle aventure qui le mènera de France en Corée.

Pour leur troisième aventure de Lefranc, François Corteggiani et Christophe Alvès font leur un thème casse-pipe tant il a été (sur)exploité : la conquête lunaire dans ses balbutiements. S’imbriquant à la suite des autres et disséminant une belle quantité d’astérisques pour inciter le lecteur à se procurer les tomes qui lui manqueraient, ce trentième épisode est moins lunaire que lunatique. Lefranc se retrouve dans une jungle coréenne à la merci de son plus grand ennemi : Axel Borg plus caricatural que l’ombre de lui-même.

© Corteggiani/Alves/Bonaventure chez Casterman

Entre espionnage et récit scientifique (beaucoup trop), ce Lefranc est bavard en diable (un mot que,  manifestement Corteggiani aime bien puisqu’il l’utilise jusqu’à la crise de foi) et se fait érudit pour bien prouver qu’il a bien retenu sa leçon d’Histoire, entre deux clins d’oeil au diptyque d’Hergé qui allait changer la face du monde de la BD. C’est en plus très mal écrit. Exemple ? Ce contenu de deux cartouches successives : « Puis, pendant que le camion régie s’éloigne rapidement vers Rueil-Malmaison par la départementale 186… Pendant ce temps, bien installé dans un fauteuil face au docteur Messner, Guy Lefranc, poursuit sa conversation avec le savant allemand ». Tout est poussif, pas naturel, les personnages parlent en se regardant le nombril. Et dans cette base qui les retient prisonniers, les deux scientifiques de cette histoire semblent finalement comme des coqs en pâte. Alors que leur vie est quand même en jeu.

© Corteggiani/Alves/Bonaventure chez Casterman

L’atout de cet album ? Les femmes, plus nombreuses que dans bon nombre de récits des grands anciens, et qui ont non seulement du caractère mais également un rôle à jouer. Et ça, c’est chouette.

Pour le reste, le dessin vintage, et calé sur le moule Martin, de Christophe Alvès est parfait pour assurer la suite de la série sans en perturber le style… d’un autre temps. Dans des récits plus modernes, le dessinateur a tellement prouvé qu’il pouvait faire valoir une patte graphique bien plus forte. Ici, le classico-classicisme est de mise, multipliant les cases efficaces mais sans surprise dans le découpage, et résistant à la routine que peuvent provoquer les longues scènes statiques de dialogue. Les couleurs de Bonaventure, guère évidentes dans les nombreux intérieurs de cet album mais luxuriante dès qu’il fait l’école buissonnière, réussissent à amener un peu plus d’une dynamique qui manque cruellement à cet album qu’on a eu à plusieurs reprises envie de poser.

© Corteggiani/Alves/Bonaventure chez Casterman

Dans les secrets de la conquête spatiale

Ne nous quittez pas trop vite. Si je compte définitivement laisser tomber la série originelle des Lefranc, je garde une tendresse toute particulière pour les albums au format BD qui mêle les dessins aux documents d’archives pour mieux donner corps à ce qui est présenté comme Les reportages de Lefranc. Qui nous emmène plus loin que jamais.

© Paulis/Regric/Wessel chez Casterman

Résumé de l’éditeur : Depuis les premières recherches scientifiques des années 1930, jusqu’au programme Apollo, qui mènera au premier pas de l’homme sur la lune et à la découverte de Mars, en passant par l’envoi du chien Laïka dans l’espace et du satellite Spoutnik. Dans cette course à l’espace, nous appréhenderons les tensions entre les grandes puissances internationales et les évolutions de la recherche scientifique au cours du vingtième siècle. Comme à son habitude, Lefranc nous propose un reportage fouillé, avec l’aide de spécialistes du sujet, mis en parallèle avec de nombreuses illustrations pour nous plonger au cœur d’une des histoires les plus passionnantes du siècle dernier.

© Paulis/Regric/Wessel chez Casterman

Avec ce nouveau reportage, qui fait drôlement écho aux premiers albums de la série déjà dessinés par Regric (qui fait son grand retour) et prenant pour thème l’aviation, on crève la ligne de Kármán pour se retrouver en apesanteur… mais la tête bien remplie. Dans la lignée du travail de Jacques Martin, Pierre-Emmanuel Paulis (qui fut un temps dessinateur de BD à portée… spatiale, déjà) a rassemblé un solide dossier pour retracer les jalons de la conquête de cet espace ou les anecdotes. La maquette pourrait être un peu moins austère mais, pour le reste, c’est géant.

© Paulis/Regric/Wessel chez Casterman

Régric est dans son élément et livre des illustrations qui font rêver un peu plus, la tête dans les étoiles, tandis que les documents reproduits ancrent beaucoup plus le savoir que le dernier album de Lefranc dont je vous parlais il y a quelques paragraphes. Il y a même de l’exclu !

© Paulis/Regric/Wessel chez Casterman

Série : Lefranc

Tome : 30 – Lune Rouge

Scénario : François Corteggiani

Dessin : Christophe Alvès

Couleurs : Bonaventure

Genre : Espionnage, Science-fiction

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 56

Prix : 11,95€

Date de sortie : le 22/05/2019

Extraits : 

Série : Les reportages de Lefranc

Livre

Tome : 9 – La conquête de l’espace

Texte : Pierre-Emmanuel Paulis

Dessin : Regric

Couleurs : Bruno Wessel

Genre : Documentaire, Enquête

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 56

Prix : 12,90€

Date de sortie : le 22/05/2019

Extraits : 

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