Les rêveries de Bussi en BD : Cinq Avril ou N.É.O., place aux orphelins en des temps troublés mais pas à court d’imagination

© L’Hermenier/Djet/De Martino chez Jungle

Ses talents de romancier ne sont plus à prouver et cela fait maintenant quelques années que Michel Bussi a enrichi sa géographie littéraire en trouvant une place dans le monde des bulles et des cases. Cela a commencé par des adaptations, qui s’enchaînent (on vous parle ici de N.É.O. mais Joël Alessandra a jeté son dévolu sur On la trouvait plutôt jolie, parution en septembre) et laissent aussi désormais la place à des créations pures pour la BD avec Cinq Avril, qui navigue entre le génie de Léonard De Vinci et les stratégies militaires visant à annexer la Bretagne à la France… ou à la faire résister.

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Cinq avril se fait une place de choix dans le calendrier, entre la guerre et les inventions de De Vinci qui permettrait d’y échapper

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Résumé de l’éditeur : 5 avril 1510. Une noble mystérieuse dépose aux portes du château du Clos Lucé un nouveau-né portant pour seul bagage un étrange collier d’or. Baptisé « Cinq Avril » par les cuisinières qui le recueillent et pris sous l’aile éducatrice d’un autre résident du château – un certain Léonard de Vinci -, l’enfant grandit en énergie et en savoir, initié à de nombreux secrets. À la mort de son mentor, le jeune homme découvre une lettre posthume lui expliquant qu’il porte en lui le pouvoir de changer le cours de l’Histoire, et de sauver des millions de vies humaines pour les siècles à venir, s’il perce le secret de sa naissance… Traqué dès lors par le cardinal Sordi – un religieux brûlant de détruire l’héritage « impie » de Léonard – Avril doit fuir vers la Bretagne en quête de ses origines, guidé par les maigres indices laissés à sa disposition. Sur ses traces, l’ombre discrète et protectrice d’Ariane, la fille de son maître d’arme, formée depuis l’enfance à protéger Avril au prix de sa vie…

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Passé adaptateur en chef avec les très réussis Nymphéas Noirs et Un avion sans elle, Fred Duval retrouve Michel Bussi, ici, en coscénariste d’une création originale qui nous entraîne dans l’Histoire de France mais aussi de la Science. Et quoi de mieux comme porte d’entrée qu’un jeune gaillard anonyme, sans parents mais peut-être pas pour autant orphelin. Cinq avril, c’est son nom, faute de vrais indices sur son identité. Mais, ce n’est pas grave, quand le sang n’est pas là, pour peu qu’on puisse tomber sur les bonnes personnes, c’est une famille de fait qu’on se trouve. Entre l’art de la guerre et celui de l’invention, plus doué pour le second, Cinq Avril a donc grandi, bien entouré, avec excellence et exigence. Mais être le protégé de Léonard De Vinci peut faire de vous une cible.

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Michel Bussi, s’il aime la chanson (dans laquelle il puise les titres de ses romans, ce n’est pas le cas ici), est aussi un fervent utilisateur de l’encrage et de la documentation de ses intrigues. C’est une nouvelle fois le cas ici, dans une époque de tous les dangers et les complots, de l’avidité des rois pour conquérir plus de territoires, aussi. Et au milieu de tout ça, Cinq Avril, donc. Nourri de belles valeurs mais aussi suffisamment naïf que pour se lancer à l’aventure et sur le champ de bataille si on lui dit qu’il trouvera trace de ses géniteurs au bout, le jeune guerrier est investi d’une mission qui le dépasse : organiser la résistance de la Bretagne face à l’armée française. Et quand on est breton, on tient à son identité.

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Avec Noë Monin en recrue idéale (il nous avait déjà fait forte impression avec Les lames d’Âpretagne) pour cette aventure de cape et d’épée en mode tout public, Michel Bussi et Fred Duval nous offrent là un récit généreux, à plusieurs niveaux et plein de péripéties et de chevauchées, de rebondissements et de tromperies, d’heures graves et d’autres plus légères. Si les pourparlers ont cours, qu’il faut négocier, le texte reste habile et résiste à la tentation d’en faire un roman, sans non plus être sacrifié au tout-à-l’action. D’ailleurs, avec un héros aussi attachant que celui-là, mis en plein milieu du jeu de quilles et ayant bien besoin de l’aide de quelques alliés tapis dans l’ombre, les auteurs aiment la pirouette et faire fonctionner le cerveau (et le sacré héritage De Vinci) plutôt que les muscles et les lames acérées. Au bout de 62 planches, le lecteur est déjà arrivé au bout d’un chemin, de quelques révélations ou non, il a déjà du biscuit pour se projeter dans les prochaines aventures.

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C’est consistant. Aussi au niveau du dessin de Noë Monin, comme un poisson dans l’eau, dans cet univers chevaleresque, au grand air ou dans les caves où quelques monstres de cruauté ourdissent de sombres desseins. Les personnages (issus de l’entourage direct du dessinateur ou bâtis sur quelques acteurs de derrière les fagots, Judi Dench, Liam Cunningham) sont bien campés, avec du charisme. C’est vitaminé et le dessin dynamique et coloré (ce diable de Sedyas a, encore une fois, fait de la magie) finit de me convaincre du concept très accrocheur de ce début de série.

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À lire chez Dupuis.

Le tome 2 est en marche :

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N.É.O et pourtant… quand les enfants se retrouvent seuls au monde, ils font du neuf avec les systèmes des adultes d’antan

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Résumé de l’éditeur : Un an après les événements du tome 1, les enfants du Tipi et du Château sont réunis. Alors que Mordélia est chassée de son campement, Chrysanthe trouve un livre qui indique le lieu du tombeau de Marie-Lune. Avec Zyzo, elle découvre que Pierre-Sol est celui qui a tenté de sauver les centaines d’enfants de Paris que Marie-Lune a rejeté. De leur côté, Agnel et Solario partent sur la Seine à bord de l’Albatros afin de chercher si d’autres enfants ont survécu au nuage et découvrent une clinique où des « Prémas » vivent comme des animaux sauvages…

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Sur une base assez similaire à ce qu’on a lu et vu dans U4 (également en roman puis en BD), à savoir une épidémie qui a laissé au monde uniquement ses adolescents, éradiquant tout autre humain, Michel Bussi suit une tout autre logique, évinçant toute hypothèse de retour dans le passé pour aller de l’avant.

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Alors que l’adaptation BD suit de près la publication des romans, le lecteur a appris à connaître les forces, et les clans, en présence. Les tentatives de rapprochement mais aussi de clivage. Cette animosité entre ces ados en fonction de l’endroit où ils ont survécu (Le Louvre, les bois, une île), pourrait-elle avoir été générée par les adultes? En tout cas, ils semblent que certains héritiers aient des preuves de la manière dont les événements se sont déroulés et comment la survie a été organisée.

D’un château à l’autre (Versailles), d’apaisements en tension, N.É.O. aime à ne pas se cantonner dans un genre. Il y a là quelque chose qui doit à l’anticipation mais aussi au vintage (pas steampunk pour la cause), qui tient à la chasse au trésor mais aussi à l’organisation sociétale. Car, assez rapidement, les enfants du château et ceux qui veulent s’y allier se choisissent un gouvernement. Mais dans ce nouveau monde, doit-on suivre le modèle des adultes d’avant ou trouver d’autres solutions. En tout cas, l’insouciance et l’innocence laissent peu à peu place à la raison ou prétendue raison, en bon père de famille… ou en servant sa soif de pouvoir. Quitte à instituer de nouveaux cultes. Et il  y a dans le groupe un lascar qui joue habilement de sa force de conviction pour arriver à ses fins, manipuler les foules et leur poser de vrais débats de fond selon une formulation qui va forcément obliger tout le monde à aller dans son sens.

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Je n’ai pas lu les romans initiaux mais force est de constater qu’il y a à faire dans ce récit explosé en divers lieux (quoique, le troisième tome est quasiment un huis-clos) et sous-intrigues, sans qu’aucune ne soit délaissable. Toutes participent à faire un tout et à éclairer la situation instable et aux allures de poudrières. D’autant que très vite, les plus détestables instincts humains, encore plus en temps de survie (moi et puis seulement les autres), comme le rejet de ce qui diffère, reviennent dans la course. Au gré des saisons et des rituels, la saga adaptée par Maxe L’Hermenier s’enrichit de nouvelles problématiques sans compromettre l’audace des plus humanistes de ces protagonistes. Du feu à la glace, de la fête à la défaite du genre humain, ces trois premiers albums sont calibrés pour la jeunesse, addictifs. Même si les ressorts conçus pour induire en erreur sont parfois trop appuyés pour l’adulte que je suis, l’ensemble est agréable et maîtrisé, surprenant et insolent parfois. Il y a là des moments pour s’émouvoir, se questionner mais aussi rire de bon coeur.

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Malheureusement, le dessin est instable, se dégrade un peu, et peut-être cette série aurait-elle gagné à ne pas jouer la précipitation et à prendre un peu plus de temps dans sa conception. La couverture du deuxième tome est d’ailleurs assez ignoble, donnant l’impression qu’elle est en 3D mais sans les lunettes. Djet a progressivement laissé sa place à Marcello De Martio et Stefania Bitta (pour le Yellowhale Creative Studio), ceci explique-t-il cela? C’est dommage, car l’ensemble tient plutôt la route, bouge bien, mais certains effets et certains personnages (y compris les héros qui changent parfois d’une page à l’autre) sont indigents. Mais le suspense, continuellement relancé, sauve la mise et donne encore envie d’être là la prochaine fois.

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Tomes 2 et 3 à lire chez Jungle.

Et donc, en bonus, une petite preview de ce qui nous attend à la rentrée, d’ici quelques semaines, avec l’adaptation par Joël Alessandra d’On la trouvait plutôt jolie (deux avis pour vous faire votre opinion sur le roman: ici et ici). À paraître le 22 septembre chez Michel Lafon.

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