La guerre des bulles #5 : une parenthèse entre rêve et réalité, enfin entre cauchemars (ex machina) et réalité

© Smolderen/Gonzalez chez Dargaud

Au fil des albums qui me sont passés entre les mains, j’avais un sujet tout trouvé pour un nouveau topic : la guerre ! Ou plutôt les guerres! Celles qui traversent les époques et reprennent toujours leur quota de cadavres, qui révèlent des sociétés dans leurs forces et leurs faiblesses, créent la solidarité ou la haine, façonnent la grande Histoire mais aussi les petites qu’on oublie mais que des auteurs rusés vont rechercher. Sans oublier la fiction pour laquelle, dans un décor solide et fort en ambiances, les champs de bataille sont des boulevards. Mais encore faut-il avoir les moyens. Ce pourquoi le cinéma, en dépit d’admirables réussites dans le genre, est plutôt frileux à porter sur écran ces univers désolés. Pas la bande dessinée, septième monde de tous les possibles pourvu que leurs auteurs soient imaginatifs, créatifs et sachent y faire. Cinquième épisode de cette série, en parallèle à la seconde guerre mondiale, entre l’Angleterre secrète et le Paris de toutes les rumeurs, entre réalité et fiction rêvée ou cauchemardée avant qu’elle ne se réalise? Dans une association inédite, Thierry Smolderen et Jorge Gonzalez réunissent la crème de la crème de la littérature mystère.

Premier épisode | Du Pinard de guerre au goût de sang, du courage jusqu’à en être saoul, fou

Deuxième épisode | Albert Einstein, d’une première guerre mondiale chimique à une deuxième plus physique

Troisième épisode | Puisque les « plus jamais ça » ne fonctionnent pas, continuons d’en parler, aussi en BD réalité

Quatrième épisode | Fiction et frictions se fondent dans la cruelle réalité, questionnant résistance et résilience, collaboration et délation

© Smolderen/Gonzalez chez Dargaud

Résumé de l’éditeur : En 1940, le roman-mystère triomphe. La guerre venue, trois des meilleurs écrivains du genre s’engagent dans un combat à distance. Margery Allingham, star du polar anglais fait équipe avec le génial Ernst Bornemann, réfugié allemand, pour piéger le Français Corneille Richelin. Pas une seconde ce dernier ne se doute des manipulations de ses deux confrères travaillant pour les services secrets britanniques. Le but du jeu ? Attirer l’oncle du protecteur allemand de Richelin dans un piège mortel. L’issue du conflit mondial en dépend…

© Smolderen/Gonzalez chez Dargaud

Marie-Sophie nous parlait il y a quelques jours de ce collectif pluridisciplinaire diligenté par l’Armée française pour prédire l’avenir conflictuel, les prochaines guerres. Dans un même ordre d’idée, dans le passé, Thierry Smolderen et Jorge Gonzalez ont imaginé rassembler les meilleurs auteurs d’enquêtes mystérieuses vrais ou inventés pour tenter de contrecarrer les projets nazis et priver le Reich d’un de ses éminents serviteurs. Un gradé influent intouchable… si ce n’est pas deux points faibles, sa passion pour les mythes allemands de la supériorité… et son neveu, un baron fou de Paris et d’un écrivain, pourtant raté, qu’il compte porter aux nues et à l’écran : Corneille Richelin. Un auteur énigmatique, qui n’a pourtant rien pour plaire aux lecteurs, de l’avis de Margery Alligham, mais qui pourrait bien être une porte d’entrée sur un monde de demain plus paisible.

© Smolderen/Gonzalez chez Dargaud

En effet, Corneille Richelin procède par rituels nocturnes dans l’écriture automatique. Toutes les trois heures, son réveil sonne et il note les idées perçues de ses cauchemars. Si l’agent Smith, Margery Allingham, Ernst « Cameron McCabe » Bornemann réussissaient à s’immiscer dans ces séances où l’inconscient prend le pouvoir, peut-être pourraient-ils intervenir sur le futur proche et amener leur cible là où ils veuillent.

© Smolderen/Gonzalez chez Dargaud

Si les prémisses de cet album font penser au Detection Club qu’avait réuni Jean Harambat sur une autre île, c’est plutôt à un Premonition Club que les deux auteurs nous confrontent, avec des essais et des erreurs, des allers-retours assez délicieux et porteurs de suspense. Le dessin de Jorge Gonzalez est comme toujours incroyable, transcendant cet univers sombre, jouant de formes et d’hybridation entre couleurs et crayonnés. Ce dessinateur est impressionnant et cette histoire littéraire lui permet de voyager entre fantasme et Histoire. Une équation à multiples inconnues, une partie d’échecs contre le hasard et les pulsions humaines fascinante, astucieuse, magnétique.

© Smolderen/Gonzalez chez Dargaud

Et, oh, deux petites parenthèses, comme je suis fan absolu du travail de Jorge Gonzalez, je vois qu’il a participé à un court-métrage primé sur la guerre d’Algérie. Disponible en intégralité et gratuitement.

Par ailleurs, un peu hors-sujet de ce topic, Jorge Gonzalez a adapté le classique de William Shakespeare : Roméo et Juliette. En espérant qu’une version francophone arrive bientôt. Ça promet !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Titre : Cauchemars Ex Machina

Récit complet

Scénario : Thierry Smolderen

Dessin et couleurs : Jorge Gonzalez

Genre : Drame, Mystère, Uchronie

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 128

Prix : 25€

Date de sortie : le 14/01/2022

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.