Quand Chattam s’attaque à une de nos peurs ancestrales : phobie, terreur et inquiétude garanties avec UN(e)SECTE

OUF, j’ai fermé la dernière page… Terriblement bon ce Chattam. Épouvantablement stressant, inquiétant et somnivore. Chattam s’attaque ici à une phobie partagée par beaucoup. Certains en ont une légère appréhension, d’autres une peur installée. Mais pour moi comme pour beaucoup d’autres,  c’est une vraie phobie qui s’anime quand on évoque les myriapodes,  les essaims d’abeilles qui se structurent par centaines, les colonies de milliers de fourmis, les termites, les scolopendres… Tout ce qui grouille et qui possède plus de quatre pattes me révulse. Chattam joue, s’amuse, se délecte de cette peur. Il commence doucement puis, par allusions, approche discrète, vous met au contact. Un peu comme un thérapeute qui met tout en place pour vous désensibiliser de votre phobie. Contact après approche, rencontre après attaque, Chattam n’a qu’un seul objectif, bien différent d’un psychologue. Lui veut vous terroriser. Et il est brillant !

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Le coma des mortels le nouveau Chattam … qui ne m’a pas convaincue.

« Et si tous les insectes du monde se mettaient soudainement à communiquer entre eux? A s’organiser? Nous ne survivrions pas plus de quelques jours. 

Entre un crime spectaculaire et la disparition inexpliquée d’une jeune femme, les chemins du détective Atticus Gore et de la privée Kat Kordell vont s’entremêler. Et les confronter à une vérité effrayante. Des montagnes de Los Angeles aux bas-fonds de New-York, un thriller implacable et documenté qui va vous démanger. »

Le maître du thriller français a une nouvelle fois frappé. Mais que ça fait du bien, bon sang ! Évidemment, il terrorise, il joue sur nos peurs, sur ce que l’on sent venir mais qui ne fait que se profiler. C’est ce qui a déplu à plusieurs lecteurs qui s’expriment sur les forums et dans les espaces réservés aux passionnés de ce genre de littérature. Certains pensent que ce livre est lent et ne démarre qu’à partir de la page 300 (sur 450). Je ne suis pas d’accord mais, alors là, pas du tout!

Chattam, c’est plus qu’un simple auteur de thriller, un créateur de page-turner efficace. Oui, il est tout ça mais c’est aussi un créateur d’ambiance, un inventeur d’univers. Il plante le décor, il présente ses personnages, il les rend aussi important qu’un membre de votre famille. C’est un metteur en scène. Petit à petit, il dispose ses pièces, fait monter la tension, dépose des indices, fait planer une ombre. Entrer dans un Chattam bien construit, c’est entrer dans un autre monde. Celui qu’il nous a réservé. Celui dans lequel il veut s’amuser avec notre part sombre. Comme dans Le Signal où, dès les premières pages, nous étions à Mahingan Falls, dans cette vallée encaissée. de toutes les terreurs.

Alors, au départ,  tous les ingrédients sont présents. Dès le prologue. Une vieille dame installée dans son rocking chair sur sa terrasse en bois. Elle lit. Oscillant légèrement. Et le scolopendre grimpe doucement, d’abord seul, puis il est rejoint par une arachnide aussi avide que lui… Un, puis deux, puis beaucoup plus… Et l’on se dit que l’on ne pourra pas tenir toute une lecture à ce rythme. On se gratte déjà partout. Le moindre bruit nous éveille les sens et le souffle d’un courant d’air nous insupporte. Mais Chattam ralentit, ce ne sont que des préliminaires. Il ne faut pas nous terroriser trop vite, sinon, on fermerait les pages sans y revenir. Le frisson nous aurait anéanti.

Alors, on se sent en confiance. L’histoire se déroule et on s’attache aux personnages. Atticus Gore, notre enquêteur du LAPD est parfait dans son rôle. Très captivant, bien sapé, un peu dandy. Il me fait penser avec tendresse à l’inspecteur Aloysius Pendergast créé par Preston and Child. Ce n’est pas sa copie, mais il y a une délicatesse commune, un style. Et Chattam y ajoute son univers, sa patte. Son Atticus est plus torturé, plus brute. Mais je n’ai pu m’empêcher d’y voir une similitude.

Et quand l’univers de l’auteur est devenu rassurant, alors il attaque, il monte en pression.

Et les insectes se multiplient, sortent de partout, attaquent et détruisent. Mais pour en arriver là, c’est vrai qu’il faut « attendre » quelques centaines de pages. C’est, à mon sens, ce qui rend cette lecture supportable, acceptable et possible. Sans cela, je n’aurais pu survivre à ces colonies rampantes et grouillantes, au bruit des mandibules qui déchiquettent, aux essaims qui ensevelissent et aux dards qui piquent chaque centimètre carré de peau. Puis il y a les scolopendres qui pénètrent dans tous les orifices… Beurk…

Mais, Chattam, en maître qu’il est, dilue ces instants dans une histoire bien construite. Dans une enquête, double, qui se poursuit en parallèle à L.A. et à New-York. Et l’on s’interroge: comment les deux protagonistes vont -ils être réunis ? Chattam va-t-il décider de les tuer ou va-t-il les laisser vivre ?

Comme souvent avec Maxime Chattam, il y a de la conspiration dans l’air. Une grande organisation, souterraine et/ou très puissante, qui répand ses idées, propage sa (bonne) parole, assombrit une partie de l’humanité pour un dessein plus grand, plus terrible que ce qu’elle n’est capable d’imaginer. Ça aussi, j’aime tant dans Chattam.

Mais que je suis heureuse de retrouver un Chattam convainquant, bien écrit, bien construit et qui jongle avec perfection avec nos peurs les plus primales. Encore une belle réussite après le Signal.

Ne vous fiez aux chroniques négatives, lisez-le, il n’est pas impossible du tout que vous l’adoriez… Et quand vous aurez fini votre lecture, plongez-vous dans les remerciements, ils sont encore plus glaçants !

Auteur : Maxime Chattam

Titre : UNE(e)SECTE

Editions : Albin Michel

Sorti le 30 octobre 2019

Nbre de pages : 460 pages

Prix : 22,90€

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