Bécassine, Gai-Luron, Obélix, Zidrou et Krings reconduisent Bob et Bobette à la frontière: l’heure est grave… mais aussi humoristique!

Mythique « belgerie » (j’ai trouvé cette expression sur un forum) mais belgerie quand même, s’ils sont incontournables dans le plat pays qui est le nôtre, Bob et Bobette (un nom francophone qui ne traduit en rien le nom original de la série, Sukse en Wiske), même avec une présence dans Tintin, n’ont jamais vraiment séduit la France. Étonnant. Pourtant, les deux héros de Vandersteen, embarqués dans des aventures dingues et rythmées par des titres loufoques, ont du potentiel. À tel point que c’est l’une des bandes dessinées les plus vendues au monde et des plus productives avec 350 tomes ne fut-ce que pour la série originale. Dans la série « vu par », en enquêteurs de choc, Zidrou et Jean-Marc Krings ont percé, avec beaucoup de libertés et de références, les raisons de ce désamour français. Il coulait de source.

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© Zidrou/Krings/Daviet aux Éditions Standaard

Résumé de l’éditeur : Bob, Bobette, Lambique, Jérôme et Sidonie sont mondialement connus… en Flandre et aux Pays-Bas! Mais que se passerait-il s’ils posaient le pied sur le territoire français ? Feraient-ils également l’unanimité? Avec blonde mousseuse, caricoles et frites dorées à volonté, tandis qu’outre-Quiévrain, Bécassine veille au grain.

© Zidrou/Krings/Daviet aux Éditions Standaard

Du rouge et du blanc à n’en plus pouvoir. Sur la couverture, en clin d’oeil, le ton est vite donné: nous sommes bien dans un Bob et Bobette. Mais si ce n’est Bobette et Sidonie, tous semblent incognitos dans un décor qu’ils n’ont pas dû souvent fréquenter : Paris, gardé par la Tour Eiffel et une espèce de savant fou monstrueux qui n’a pas l’air de voir d’un bon oeil l’excursion de nos belges héros.

© Zidrou/Krings/Daviet

Pourtant leur aventure commence loin de là, entre Fritkot et Manneken… Lambique (?) dans un combat démesuré entre notre bande de ketjes et un immense dragon. En onze planches, c’est plié, grâce à l’intervention du surhumain et pourtant préhisto Jérôme. Il y aurait de quoi rester sur sa faim (Krings est toujours aussi efficace et taquin, ce n’est pas ça) si l’histoire ne se poursuivait pas au-delà du champ de vision des caméras. Avec un accent brusseler fort prononcé: bienvenu au pays des Zot et de Tijl Uilenspiegel. Espiègle et insouciant.

© Zidrou/Krings/Daviet aux Éditions Standaard

Pourtant, un nuage va bien vite passer dans le ciel de Bruxelles : Bobette, qui est un peu au générique du Studio Vandersteen ce que le lion est à la MGMT ou ce que Bugs Bunny est aux Looney Tunes, souffre d’une crampe tenace. Une paralysie qui risque bien de compromettre sa carrière d’actrice. Et l’intraitable Willy songe déjà à la remplacer, Fanfreluche par exemple ? C’est vrai qu’à l’heure des modes de Pokemon, de Minions et autres mascottes, un chiffon qui n’a qu’un oeil, ça pourrait peut-être marcher. Mais c’est mal connaître Bobette qui prend le premier train pour Paris (ouf, pas de grève ce jour-là… ah, si!) pour rencontrer des spécialistes qui pourront la soigner et sauver son image publique.

© Zidrou/Krings/Daviet
© Krings

C’est sans compter que cette banale visite à Paris va très vite se transformer en merdier plus si médical. Dès le départ de Bruxelles pour rallier la ville qui râle non-stop, notre tribu (ne manque que le Professeur Barabas, qui rejoindra nos amis en cours de route) ne s’aperçoit pas qu’elle est filée par un chien blanc et qui tire la gueule malgré le nom que Gotlib lui a donné. Et qui jure, en plus, « Par Saint-Phylactère ». L’alerte générale est déclenchée, il y a péril en la demeure: il faut bouter l’ennemi hors de l’Hexagone.

© Zidrou/Krings

Il en va de la vitalité et de l’exclusivité des petits miquets français réunis. Déjà malmenés par les aventures ad vitam eternam des Schtroumpfs et autres Blake et Mortimer, les Blueberry, Adèle Blanc Sec, Captain Biceps et autres Lanfeust semblent craindre le lectorat que Bob et Bobette pourraient leur voler. Et en cheffe de file, c’est la perfide Bécassine (qui est cousine du monde entier mais pas des Belges, apparemment) qui prend la tête des opérations. « Angoulême outragé ! Angoulême brisé ! Angoulême martyrisé ! Mais pas encore vaincu.

© Zidrou/Krings/Daviet aux Éditions Standaard

Avec cet album iconoclaste et malin, Zidrou livre à son comparse Krings (ils n’en sont pas à leur coup d’essai) une matière d’enfer qui règle son compte avec le populisme ambiant mais aussi avec une certaine manière de concevoir la BD (ne se privant pas au passage de revoir la manière dont Hergé a fait mourir Tintin à la BD). Rempli de clins d’oeil et de gags servis de manière frénétique, refermant les frontières bédéphiles (une idée d’anthologie avec les Bidochon, Gros Dégueulasse ou encore Lapinot en gardes-frontières), le tandem réussit un hommage inattendu aux personnages de Vandersteen mais également au Neuvième Art en général. Avec un casting de ouf, grâce au droit de citation. La France aux héros français, ça vaut Le Pen… la peine !

© Zidrou/Krings/Daviet aux Éditions Standaard

Krings malgré une année éprouvante, l’élaboration d’un album (et même de plusieurs en même temps n’a rien d’un long fleuve tranquille), est au top sous les couleurs de Véra Daviet. Il prouve qu’il est un excellent repreneur sans pécher par mimétisme. Avec une énergie dévastatrice qui colle bien avec cette série pourtant octogénaire. On sent à quel point les auteurs sont partis en roue libre et pourtant sont retombés sur leurs pattes avec cohérence et intelligence. On les sent à la fois comme des enfants dans un magasin de jouets et amateurs éclairés, le dosage est parfait, exemplaire. Bref, cet album, c’est le petit Jésus en culotte de velours.

© Zidrou/Krings/Daviet

En attendant, Jean-Mark Krings a déjà quitté l’univers de Vandersteen et prépare une nouvelle série originale aux Éditions Kennes, Passe peur. Avec du mystère égyptien là-dessous:

Série : Bob et Bobette par…

Titre : Le reboutant rebouteux

D’après les personnages de Willy Vandersteen

Scénario : Zidrou

Dessin : Jean-Marc Krings

Couleurs : Véra Daviet

Genre : Comédie, MétaBD, Suspense

Éditeur : Éditions Standaard

Nbre de pages : 48

Prix : 9,99€

Date de sortie : le 05/11/2019

Extraits : 

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