Dans un hommage de Conz et Steven Dupré : Bob et Bobette entrent en résistance face à la tyrannie du Boomerang

C’est vrai, on a pris l’habitude de les jauger avec un air moqueur, on les a trouvés parfois démodés, clichés et trop légers, on s’en est désintéressés. Et, pourtant, Bob et Bobette, puisque c’est d’eux dont il s’agit, n’en ont pas moins perdu l’habitude de sillonner le monde et les aventures, à rythme stakhanoviste. Puis, ils nous ont tous, de près ou de loin, accompagnés à un moment de nos vies. Et inspiré des auteurs. Alors qu’ils auront 75 ans, l’an prochain (et parions-le, 350 albums de la série classique au compteur), les Éditions Standaard, bilingues, ont mis en route une nouvelle série (et génération, aurait-on tendance à dire) de Bob et Bobette (outre la série-mère, Jérôme avait connu un spin-off, sans oublier Amphoria). Après Cromignonne de Yann et Gerben Valkema, Conz et Steven Dupré enchaîne sur Boomerang.

© Conz/Dupré aux Éditions Standaard

Résumé de l’éditeur : Dans un univers futuriste alternatif, Théophile Boomerang contrôle le monde comme un Big Brother commercial. Seuls nos amis Bob, Bobette, Sidonie, Lambique et Jérôme semblent capables d’arrêter une bonne fois pour toute ce méchant sans scrupules. Ou peut-être pas?

© Conz/Dupré aux Éditions Standaard

La dictature des choses, elle commence avec peu… de choses. Un aspirateur révolutionnaire pour aspirer les poussières et les particules fines (croyons-y), un empire qui se bâtit, de filtre en filtre, avec le souffle des pires heures de l’Histoire. Sous des airs de Monsieur Tout le Monde qui n’inquiéterait personne, Théophile Boomerang (présent dans Les Diables du Texas, notamment) est non seulement devenu un puissant magnat mais il a aussi mis sous sa coupe la ville entière (après tout, certains sont bien devenus président des États-Unis en vendant également du vent), la plongeant dans le modernisme technologique le plus total(itaire), le plus sale aussi.

© Conz/Dupré aux Éditions Standaard

Et gare à celui qui enfreindra les règles mises en places par Monsieur Propre. Sous peine de se faire taser, paralyser ou, pire, lobotomisé et coincé et prisonnier de sa propre imagination fantaisiste. Dans un monde régit par la surveillance du moindre geste, c’est vrai que tout le monde veut s’évader, mais peut-être que contraint et forcé, sans plus aucun échappatoire, ce n’est pas la meilleure des manières.

© Conz/Dupré aux Éditions Standaard
© Conz/Dupré aux Éditions Standaard

Face aux épouvantails de la dictature, Bob et Bobette ainsi que leurs amis ont pris part à un réseau clandestin, souterrain. Plan de la ville bien en main, nous les retrouvons au moment où ils tentent une sorte d’opération de la dernière chance, capitale pour envoyer, une bonne fois pour toutes, au loin Boomerang et l’empêcher de revenir.

© Conz/Dupré aux Éditions Standaard

Plus badass (Jérôme le premier) et expressif qu’à l’accoutumé, Bob et Bobette font leur Total Recall et plongent dans un monde futuriste aussi curieux que dangereux. Cette fois, plus question de rigoler (on le fait quand même, hein) à coups de jeux de mots un peu foireux, il faut lutter pour sa vie et sa survie dans un monde de liberté. Le plan catastrophe est enclenché et, peut-être, l’heure n’a-t-elle jamais été aussi grave pour nos héros revenus de tout et en proie à la folie ordinaire et dangereuse des grandeurs.

© Conz/Dupré aux Éditions Standaard

Dessinateur varié (de Kaamelott à L’incroyable Histoire de Benoit-Olivier en passant par La mémoire d’Abraham), Steven Dupré, tout Flamand qu’il est, doit se faire un gros cadeau à lui même en dessinant ces héros emblématiques. Et ça se sent. Moins nunuche, plus viril mais sans être dénaturés, ces Bob et Bobette deviennent sous son crayon de vrais héros du XXIe siècle, avec des enjeux moraux, une sorte d’épée de Damoclès qui peut faire tout basculer dans un sens ou l’autre. Entre Moebius et Boucq, Steven Dupré occupe l’espace sans en faire de trop, possédant les physiques des personnages et les embarquant au coeur de l’action sans négliger l’aspect totalement comique de certaines scènes.

© Conz/Dupré aux Éditions Standaard

Quant au scénario, il est bien dommage que, à peu près au même moment, Denis-Pierre Filippi et Fabrice Lebeault aient eu la même idée pour nourrir leur Spirou vu par…, Fondation Z. Jusqu’au final. D’où un goût de déjà-vu bien involontaire au vu de la parution rapprochée de ces deux titres. Difficile, donc, d’en faire abstraction, et de juger l’effet de surprise de ce B&B. Reste un album à l’efficacité prouvée et où le potentiel d’inattendu tranche complètement avec le nombre d’épisodes « classiques » réchauffés et dont on voit les ficelles à des kilomètres à la ronde.

© Conz/Dupré aux Éditions Standaard

La suite se passera dans les mains d’un autre passionné de Bob et Bobette qui a juré haut et fort qu’on l’y reprendrait et qu’un jour il en ferait un album. Le moment est venu. En compagnie de Zidrou et Véra Daviet, c’est Jean-Marc Krings (entre mille autres projets, dont La méthode Othello bientôt chez Le Long Bec) qui met la dernière main à sa vision des héros de Vandersteen qui l’ont tant fait rêver. Jamais avare de preview et de partages de sa progression sur les réseaux sociaux, voilà quelques extraits de cet album prévu pour le 5 novembre. Zidrou et Krings, un duo wallon, de quoi prouver que, en ces temps de zizanie politique entre sud et nord du pays, l’union des artistes fait leur force! Ça donne envie.

Série : Bob et Bobette par…

Titre : Boomerang

D’après les personnages de Willy Vandersteen

Scénario : Conz

Dessin et couleurs : Steven Dupré

Genre : Science-fiction

Éditeur : Éditions Standaard

Nbre de pages : 48

Prix : 9,99€

Date de sortie : 01/12/2018

 

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