Plongée passionnante et romancée dans l’univers du biohacking en compagnie de Franck Thilliez : LUCA

Une intrigue dense, des rebondissements nombreux et plausibles, une communauté discrète et extrême agissant selon ses propres règles et une réflexion toute personnelle sur l’évolution de notre société en compagnie de l’intelligence artificielle. C’est dans ce monde où les humains cherchent à se perfectionner, où la sélection des embryons PMA permet d’éliminer des pathologies lourdes, où les hommes se font greffer des implants afin d’augmenter artificiellement leurs capacités que Franck Thilliez plante son décor avec LUCA. Il va loin dans les descriptions de performeurs underground et on en apprend beaucoup sur l’existence de communautés qui repoussent sans cesse les limites. L’intrigue est bonne, l’histoire plaisante, intéressante et l’équipe de Sharko accueille une petite nouvelle – Audra – dont on sent déjà tout le potentiel à venir ! Bref, un bon policier avec un petit plus : la réflexion.

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« Partout, il y a la terreur.
Celle d’une jeune femme dans une chambre d’hôtel sordide, ventre loué à prix d’or pour couple en mal d’enfant, et qui s’évapore comme elle était arrivée.
Partout, il y a la terreur.
Celle d’un corps mutilé qui gît au fond d’une fosse creusée dans la forêt.
Partout, il y a la terreur.
Celle d’un homme qui connaît le jour et l’heure de sa mort.

Et puis il y a une lettre, comme un manifeste, et qui annonce le pire. S’engage alors, pour l’équipe du commandant Sharko, une sinistre course contre la montre. C’était écrit : l’enfer ne fait que commencer. »

Portrait, Photographie, Jeune, Personnes, Photo, Visage

C’est une histoire bien construite, réfléchie que Franck Thilliez propose ici. Les références au numérique sont nombreuses, les explications précises. On y découvre une petite partie de ce que sont capables de s’infliger certains au nom du progrès : aimants au bout des doigts, puces électroniques sous la peau, tatouages fluorescents, implants de diverses formes, injections de produits retardant le vieillissement, modification hasardeuse de l’ADN… On y apprend aussi beaucoup sur une vision très poussée de l’homme augmenté. Les hasards littéraires n’existent pas, j’en suis à présent certaine. Parce qu’ouvrir LUCA en toute innocence après avoir lu différents essais et manifestes pro et anti IA ces derniers temps, ça ne pouvait tomber mieux !

C’est aussi et surtout un bon policier. Plusieurs enquêtes qui surgissent en même temps. L’équipe de Sharko comprend rapidement qu’elles sont liées. Quand un mort porte un tatouage avec la date et l’heure du décès ultérieur d’une autre victime, l’équipe voit très vite se profiler la complexité qu’on aime tant. Un tueur-kidnappeur, des victimes que rien ne relie semble-t-il…puis une communauté underground portant le masque de Guy Fowkes qui est visée.

On plonge avec Thilliez dans les sous-terrains, les bas instincts humains, les déviances de toutes sortes et même encore plus… Cela rappelle furieusement l’univers brillamment décrit par Jean-Christophe Grangé dans La Terre des morts. Avec une touche de modernité supplémentaire : celle de l’homme augmenté.

Robot, Femme, Face, Cri, Triste

Au-delà de l’enquête, des morts, des tortures et de la vie privée de l’équipe de Sharko, c’est surtout une réflexion que suscite cette lecture. Celle qui aboutit inévitablement au constat que ce futur décrit dans les films de science-fiction : nous y sommes déjà. L’amélioration des performances humaines est déjà sur la même route que celle des machines. Le cyborg existe et vous le côtoyez régulièrement. Non? Le pacemaker, les implants cochléaires, les exosquelettes, les prothèses de membres et que dire des implants oculaires restituant une vue (très partielle c’est vrai) qui ont fait la Une ces derniers mois.

LUCA, c’est aussi l’apparition d’un nouveau personnage dans l’équipe de Franck Sharko. À côté de Lucie Hennebelle, Nicolas Bellanger et Pascal Robillard. Ils ouvrent leurs bras à Audra Spick. Venue de Nice, elle aussi a aussi sa part d’ombre. Elle s’intègre parfaitement à cette équipe de choc et l’on aimerait presque être à sa place pour les fréquenter un peu…

Ils sont tous toujours autant cabossés par la vie mais c’est ce qui les rend tellement attachants. C’est la vraie force de Thilliez, cette équipe de personnalités bien installées et dont on a un réel plaisir à partager un instant de vie, d’enquête. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les précédents tomes (11e de la série Sharko) mais c’est toujours mieux pour comprendre en détail les réactions et le cheminement des personnages.

Adn, Microscopique, Cellulaire, Gène, Hélice

Petit bémol : si tout le roman présente une écriture agréable, un déroulement des faits naturels et sans fausse note, la fin pêche par facilité. Une fois de plus, Thilliez nous propose un « méchant » qui déballe toute son histoire avant de se faire prendre par la police. Je l’ai déjà écrit, j’ai beaucoup de difficultés à apprécier ces fins « vomies » sur une page et demi et qui se précipitent, comme si l’auteur manquait de temps, de papier ou d’encre pour terminer correctement.

Un bon policier qui provoque la réflexion, dans lequel on prend plaisir à retrouver Sharko et son équipe. Une plongée dans l’univers de l’homme augmenté, du numérique et de l’art underground des performances corporelles.

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Auteur : Franck Thilliez

Titre : LUCA

Editions : Fleuve Noir

Sorti le 2 mai 2019

552 pages

Prix : 22,90 €

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