Bec et Mangin confrontent Thorgal à la déesse d’ambre: « Au départ, il devait affronter un T-Rex mais nous lui avons préféré Huldra et ses transformations »

Au panthéon du peuple des étoiles, les artistes de renom se succèdent pour offrir à Thorgal leur vision et leur liberté. Les derniers en date sont Valérie Mangin et Christophe Bec sur une terre en feu, en incendie permanent, rendant fou les vivants, humains, animaux, végétaux et minéraux. Le piège est tendu pour le viking et sa progéniture. Interview autour de cet album fascinant, lancinant, surprenant et évoquant des thématiques brûlantes.

Quel bel album, quel cadre d’abord, dans cet incendie permanent, c’est incroyable. Comment est né ce décor ?

Valérie : L’incendie c’est vraiment l’idée de Christophe, dès le départ, qui voulait justement avoir cette ambiance très rouge, un peu gothique.

Christophe: Oui, j’avais été frappé par les grands incendies qui ont eu lieu en Californie, en Australie (ndlr. l’interview a eu lieu avant les incendies dévastateurs de cet été en France et en Belgique), on voyait des photos comme ça où tout était absolument orangé. Je m’étais dit que ça pourrait faire une belle séquence. Puis en étant amené à réaliser ce Thorgal, je voulais qu’il fasse écho à des sujets actuels, tout en restant chez les vikings. J’avais envie de parler de thématiques qui me tiennent à coeur, notamment la thématique de la destruction de notre planète. C’était vraiment un des thèmes que je voulais placer dans un Thorgal.

En plus, un incendie, c’est particulièrement spectaculaire. La BD, c’est un art graphique avant tout, donc ça permettait tout de suite de faire de belles pages, de beaux décors. Prendre cette direction allait aussi remplir ce critère-là.

© Mangin/Bec chez Le Lombard

Comment vous êtes-vous trouvés, tous les deux, à collaborer et à finalement vous retrouver autour du même amour pour le même album de Thorgal ?

Valérie: Nous nous connaissons tous les deux depuis longtemps. Je crois que nous nous sommes rencontré en 1998 ou 1999. Mon mari Denis Bajram est un vieil ami de Christophe. Il doit nous avoir présentés, à l’époque.

Christophe: Je pense oui. Ça fait tellement longtemps que nous nous connaissons. Nous sommes copains de longue date. Moi, je travaillais dans le même atelier que Denis à Angoulême. Denis a quitté Angoulême avant moi, mais nous sommes restés en contact.

Thorgal, c’est moi qui en ai eu l’idée, l’envie d’en faire un. Quand c’est devenu concret, j’ai néanmoins senti que ça allait être un peu compliqué d’assumer tout tout seul, en auteur complet. Je me connais, quand je suis auteur complet, le scénariste a tendance à faire plaisir au dessinateur, et ce n’est pas toujours très bon. Ça dépend du type d’album. Pour un classique comme Thorgal, il faut quand même une certaine rigueur. Je me suis dit qu’en prenant un co-scénariste, ça allait mettre quelques garde-fous. Puis, pour avoir déjà travaillé en co-scénario, j’ai toujours trouvé cet exercice intéressant. Valérie s’est imposée assez vite.

© Mangin/Bec chez Le Lombard

Pourquoi?

Christophe: Je voulais vraiment que ce soit une femme: je m’étais rendu compte qu’il n’y en avait eu aucune sur Thorgal jusqu’à présent. Or, il y a, dans Thorgal, des personnages féminins vraiment très forts. Donc je voulais proposer un regard féminin sur Thorgal. Puis, je voulais quelqu’un d’expérimenté. En plus, Valérie sait ce que c’est que reprendre des personnages célèbres, comme Alix. Et elle est historienne de formation.

Valérie : Je cochais toutes les cases, c’est vrai. Dès que Christophe m’en a parlé, j’ai dit oui tout de suite. Au début, je me suis dit que c’était curieux qu’il me demande ça. Pour moi, c’est un auteur complet, il n’avait pas forcément besoin de moi. Mais sa demande m’a fait très plaisir. Thorgal, pour moi, c’est une lecture d’adolescence, ça m’intéressait de revenir dessus. Quand j’ai découvert Au-delà des ombres, ça a été quand même un choc. C’est toujours bien d’avoir l’occasion de rendre hommage à ce qui nous a formé en bande dessinée.

C’est grâce à toute cette émulation d’Alix, Thorgal, etc. que nous sommes devenus auteurs, autrices, que nous avons franchi le pas.

Le concept de cette collection, c’est de s’engouffrer dans les ellipses qu’il y a entre les albums.

Valérie : Je trouve qu’on nous a laissé très libres, nous pouvions faire à peu près ce que nous voulions. C’est vrai que j’aime parler d’Au-delà des ombres, c’est mon album préféré. Celui de Christophe, c’est Alinoë. Nous voulions vraiment faire un album qui se situe à peu près dans cette période-là. Nous ne voulons pas tout spoiler, mais nous sommes juste avant Alinoë.

Christophe: C’est à cette période-là que nous avons commencé à lire Thorgal. Finalement, c’est toujours celle que nous préférons.

Qu’est-ce qui fait un bon Thorgal ?

Christophe: De bons auteurs !

Valérie : Un bon Thorgal ou un bon Thorgal Saga ? Ce n’est pas tout à fait la même chose. Parce que dans Thorgal Saga, nous avons une liberté que nous n’aurions pas en travaillant sur la série-mère.

Au niveau de la pagination, j’imagine que c’est un régal.

Christophe: Pas que la pagination. Dans tous les cas, on peut effectivement placer l’histoire à peu près où on veut, et on a une marge de manœuvre beaucoup plus grande que sur la série-mère qui, elle, aujourd’hui, s’est extrêmement complexifiée. Il y a énormément de personnages.

Dans un Thorgal Saga, à la limite, on peut faire un huis-clos. Thorgal tout seul, avec ses affres. Oui, la liberté est totale. C’est ça qui, je pense, m’intéressait quand j’ai initié ce projet.

Valérie : C’est vrai que sur Thorgal Saga, on peut vraiment lui apporter quelque chose de personnel. Christophe parlait des thèmes qui lui tenaient à cœur, comme la destruction de la Terre, etc. Nous voulions en parler mais nous ne pouvions pas forcément le faire dans la série-mère, qui est très codifiée. Il faut vraiment rester dans l’esprit de ce qu’ont apporté Rosinski et Van Hamme. Ici, on parle un peu de féminisme, un peu d’écologie.

© Mangin/Bec

Christophe: On peut faire des grandes cases, des doubles pages. Visuellement, l’album est plus grand, il y a plus de pages. Enfin, on peut. Tout est relatif. Parce qu’au départ, ça devait être 80 pages. Et nous avons débordé. Enfin, j’ai débordé. Toi, Valérie, tu t’y es tenue. Moi, j’ai débordé jusqu’à 100 pages. Mais on nous laisse beaucoup de liberté pour ça aussi. C’est très agréable. On aurait pu rajouter encore quelques pages visuelles. Nous avons eu la chance que l’éditeur accepte. Parce qu’il y a aussi l’aspect financier. Je n’ai pas créer ces 20 pages supplémentaires gratuitement, soyons clairs. Nous avons aussi la chance que Thorgal Saga soit une série qui marche suffisamment pour nous permettre ce genre d’écart. Je crois qu’on nous a laissé faire absolument ce que nous voulions.

Valérie : Moi, j’avais un peu peur. Je connais assez bien Robin Recht, qui a fait le premier album Thorgal Saga et il m’avait dit que Grzegorz Rozinski l’avait un petit peu embêté. Alors, je craignais un peu ça.

Christophe : Ah non, il m’a foutu une paix royale. Tu sais ce qu’il m’a dit ? Au moins, Bec, il n’est pas fainéant. Je ne sais pas comment le prendre.

Valérie: C’est plutôt un compliment.

© Mangin/Bec chez Le Lombard

C’est vrai qu’il y a un sens du détail. Il y a les aspérités de la montagne, les coulées de lave.

Christophe: J’ai travaillé à temps plein durant deux ans dessus. Pour faire les 100 pages.

Valérie: Plus qu’à temps plein, parce que tu bosses en partie les week-ends.

Christophe : C’est un boulot énorme. Six jours par semaine. Ce qui m’intéresse beaucoup en dessin, c’est de représenter la nature. J’adore ça. Surtout la matière, les minéraux, les arbres, etc. Quand on peut les sentir. C’est quelque chose qui me fascine depuis l’enfance, j’ai toujours observé la nature. Ça m’est venu assez naturellement d’essayer de la transcrire en dessin.

© Mangin/Bec chez Le Lombard

Valérie : Souvent, les critiques, ou même les gens qui nous parlent, ont tendance à séparer scénario et dessin. Alors qu’en fait, les deux sont vraiment imbriqués. C’est vraiment une histoire écrite à deux pour mettre en valeur le dessin de Christophe. Pour qu’il puisse mettre ce qu’il aimait aussi. Ça devait forcément être un album dans la montagne, dans la nature. Avec des scènes maritimes, des scènes de forêt.

Comme dans Alix, vous faites souffrir la progéniture des héros.

Valérie: Et le héros… Dans Thorgal, il souffre moins que dans Alix quand même. Jolan s’endort et s’il se réveille, ne se rendra compte de rien. Il n’est pas mutilé comme le pauvre Khephren dans Alix.

Mais ça, Thorgal ne le sait pas encore.

Valérie: Évidemment, le côté émotionnel marche toujours très fort. On sait tous que parmi les choses les plus dramatiques qu’on puisse vivre dans une existence, il y a la perte d’un enfant. Dès qu’on aborde un tel sujet, on sait qu’on va avoir l’attention du lecteur. Nous, les premiers.

© Mangin/Bec chez Le Lombard

Thorgal va donc se retrouver quasiment tout seul dans cet environnement hostile. Il va trouver un village endormi au bord d’un lac. Du moins, pour les hommes. Car les femmes ont repris le pouvoir, fait tribu.

Christophe: Nous n’avons pas vraiment situé ce lieu. Nous sommes plutôt sur le continent. Le village est isolé, coupé par l’incendie. On sent que pour y accéder, ce n’est pas évident. Il faut être motivé.

Les méchants, ou du moins les gens cupides, veulent s’accaparer l’ambre, creuser la roche dans l’album. Comme les industriels peuvent être motivés par les fonds marins, très difficiles d’accès.

Vous mettez en scène beaucoup de personnages mais aussi des animaux, des loups.

Christophe: Je voulais montrer la terre, la nature sous toutes ses formes: les minéraux, la montagne, la forêt et les animaux bien sûr.

Valérie:  Ils souffrent autant que la montagne. Ils souffrent de l’incendie. C’est ça qui les rend fous, méchants, agressifs. Je voulais montrer tous ces aspects. Les loups, les corbeaux.

© Mangin/Bec chez Le Lombard

Christophe : En parlant des loups. Dans l’histoire, il y a beaucoup de femmes dans l’histoire. Au départ, quand tu as écrit la scène des loups, c’était juste une meute. Je me suis dit que ce serait assez marrant que Thorgal affronte le mâle alpha. Aujourd’hui, c’est un terme à la mode, même pour les humains: LE mâle alpha. Et Thorgal fait quand même figure de mâle alpha…

Valérie: … mais pas stéréotypé.

D’ailleurs, la solution de cet album passe plus dans le dialogue que par l’action.

Valérie: Ah,oui.

Christophe: Mais ça ne devait pas être comme ça.

Il y a une fin alternative?

Christophe: Avant la fin, il y avait une scène avec un T-Rex.

Valérie: Ah oui! Au départ, Thorgal devait affronter un T-Rex. J’avais imaginé que dans l’ambre, où l’on sait que des insectes sont prisonniers et réveillés par la déesse, entre autres, il y avait aussi des lézards et des dinosaures. Un T-Rex aurait pu se réveiller à la fin pour affronter Thorgal.

Christophe: Ça aurait donné une bonne scène. Mais nous nous sommes dit que nous n’aurions alors pas la confrontation entre Thorgal et la déesse d’Ambre qui est quand même le personnage central de l’histoire. Il fallait appuyer cette confrontation. Exit donc le T-Rex. Nous avons appuyé sur Huldra et cette capacité qu’elle a à se transformer quand on la pousse à bout.

Il y avait déjà eu des recherches pour le T-Rex ?

Christophe: Non… Ah si, un petit peu. J’avais commencé à me documenter sur la manière dont on étudie les dinosaures aujourd’hui et dont ils sont en train d’évoluer. Ce n’est plus le T-Rex de Jurassic Park.

Et ces insectes prisonniers de l’ombre, c’est quoi ? Une épidémie qui pourrait nous arriver ?

Valérie: Non, non, ce sont vraiment des insectes. L’ambre, à la base, c’est une résine. Il s’agit donc simplement d’insectes préhistoriques – c’est pour ça qu’ils sont géants – qui se sont posés dans la résine et en sont restés prisonniers. Ils sont morts sur place sans pouvoir se dégager.

La couverture, comment s’est-elle, ou non, imposée ?

Christophe: Ce n’est pas un exercice qui me pose beaucoup de problèmes, les couvertures. Autant le dessin m’en pose souvent, autant l’illustration, beaucoup moins. Avec mes éditeurs, j’élabore un projet très poussé et je leur envoie. Ce n’est pas le truc définitif, mais c’est à 70 % ce à quoi ça va ressembler. Comme ça, je ne leur laisse quasiment pas le choix.

© Christophe Bec

Valérie : C’est vrai que tu as eu l’idée quasiment tout de suite.

Christophe: Oui, j’étais parti sur une fausse piste au début puis, très vite, je me suis dit que j’allais faire une de ces couvertures dont j’ai l’habitude. Un petit personnage dans grand décor. Ça aurait été difficile de se priver du palais de la déesse d’ambre. Bien sûr, il fallait qu’il y ait de l’ambre et Thorgal.

Après, il y a eu une hésitation, malgré tout. Quand j’ai réalisé la couverture de l’édition Prestige noir et blanc, où on a un portrait d’Huldra, beaucoup ont préféré la deuxième couverture. Ils imaginaient même intervertir les couvertures. Finalement, je pense qu’ils sont revenus à la raison en se disant que pour l’album classique, il fallait qu’il y ait Thorgal.

Valérie : Mais c’est vrai que certains magazines ont préféré mettre la déesse. Ça m’a surpris.

Cette déesse, justement, comment l’avez-vous créée ?

Valérie : Christophe est arrivé avec l’idée de l’huldre, créature mythologique nordique, une femme qui a une queue de renard, et peut avoir un aspect bénéfique et un aspect maléfique, qui peut jouer des tours aux humains. Comme elle avait une queue de renard, je pensais qu’elle pourrait être rousse. Tout ça m’a fait penser à l’ambre, qui est une matière éminemment nordique, puisqu’on n’en trouve que dans le nord de l’Europe, et qui a cette couleur très rouge, orangée. Je me suis dit que ça pourrait faire un trésor pouvant être à la base de tout.

Christophe: Moi, en me documentant sur Thorgal, je suis tombé sur un site internet présentant des créations de bijoux, des tenues vikings. Une des mannequins était rousse, et je m’en suis inspiré. Je trouvais que ça correspondait totalement à ce que nous imaginions. Alors, je m’en suis un peu écarté quand même, pour que ce ne soit pas tout à fait elle, mais la source d’inspiration est venue un peu comme ça, presque par hasard.

© Mangin/Bec chez Le Lombard

Maintenant que ce beau Thorgal est fini, à qui passeriez-vous le flambeau? Outre ceux qui sont déjà prévus.

Valérie: Oui, tous les deux, nous faisons un deuxième Thorgal Saga!

Christophe : Moi, au scénario. Et toi, Valérie?

Valérie : Au scénario, aussi. Thorgal n’a pas mérité que je le dessine. Ce Thorgal va s’appeler Britannia et se passera dans les îles britanniques. À son retour de la grande mer, Thorgal arrive dans ce qu’on appelait la Bretagne à l’époque. Il va s’apercevoir que les vikings essaient de l’envahir et va se retrouver coincé entre les habitants qui essaient de résister et les vikings qui essaient d’envahir. Il va falloir qu’il choisisse son camp, en quelque sorte. Mais je ne peux pas encore dire qui le dessine, il est très appliqué, il a même refait certaines pages.

Christophe : Quant au mien, il s’intitulera Le Peuple des Étoiles et Jaouen Salaün  va le dessiner. Avec cette particularité que Thorgal n’y apparaîtra pas, puisque ce sera de la science-fiction. Nous raconterons l’histoire des parents de Thorgal.

Ce sera le tome zéro ?

Christophe: Oui, c’est ça, le tome zéro, ou le -15. Bon, on verra quand même Thorgal, mais très peu. Nu, en plus.

Valérie: Bébé, c’est ça ?

Christophe: Sinon, je crois que les auteurs dont j’aurais bien aimé voir un Thorgal sont décédés. Hermann, par exemple, décédé récemment. Ça aurait été très intéressant de le voir faire un Thorgal. J’aurais adoré que Victor de la Fuente en fasse un, ou Franz.

Valérie : Des auteurs qui auraient proposé des choses très différentes. Olivier Ledroit sur Thorgal, ça pourrait être assez étonnant.

Christophe: Il a essayé, mais ils n’ont pas voulu. Ça aurait pu être chouette. Sinon, il y a beaucoup de très bons auteurs réalistes qui pourraient en faire un.

Valérie : Denis Bajram pourrait en faire un, mais je ne crois pas que ça l’intéresse, lui. Il aime bien Thorgal, mais le côté viking, je ne crois pas que ce soit son truc. Je ne sais pas. Il faudrait que je le motive, peut-être.

Christophe : Après, je ne sais pas si Le Lombard a l’intention d’en sortir 50. Ils en ont signé beaucoup.

Valérie : Mais oui, j’aurais bien aimé voir des auteurs de fantasy là-dessus, peut-être. Ou alors des auteurs très contemporains. Que pourrait faire un Mathieu Bablet ou un Ugo Bienvenu? Ça changerait, ça donnerait des visions totalement différentes.

Christophe: Notons que le prochain sera très particulier aussi. C’est Sébastien Vastra qui le dessine (avec Éric Herenguel au scénario) nous étions dans le même atelier. Là, quand même, ce n’est pas dans la tradition. On va voir un Thorgal, que ce soit au niveau du scénario et du dessin, très différent de Rosinski.

Le grand Bargha © Herenguel/Vastra

Les gardiens du temple vont encore râler, alors?

Christophe : On verra (il rit) Si c’est réussi…

Valérie: Je crois qu’on n’ose pas assez. Dans le comics, on trouve de tout, en fait. Les auteurs partent dans tous les sens, autant graphiques que scénaristiques. C’est comme ça qu’on a les meilleurs albums, les meilleures variations. Il y a aussi des choses totalement ratées, évidemment. C’est comme ça que nous avons eu Frank Miller!

Quand Ralph König a fait son Lucky Luke, par exemple, ça m’a beaucoup fait rire. Parfois, des choses inattendues peuvent sortir.

Christophe: Je ne pense pas que le Lombard aille si loin.

Valérie : Non, je ne pense pas non plus. C’est dommage. (elle rit). Je crois qu’il est temps que Torgal quitte Aricia pour je ne sais pas qui.

Christophe: Travailler sur un personnage comme ça, qu’on a adoré ado, c’est quand même un privilège.

© Mangin/Bec chez Le Lombard

Pour tous les deux, il y a encore quelque chose au-dessus de Thorgal que vous aimeriez adapter.

Christophe: J’ai eu la chance de reprendre beaucoup des personnages que j’adorais. Bob Morane, Tarzan, Conan, Bruce J. Walker…

Valérie : J’aurais bien aimé scénariser un Conan. Sinon, j’aurais bien fait aussi, mais ce n’est pas possible, Ulysse 31. Comme Denis a fait un Goldorak, j’aurais bien fait un Ulysse 31.

Christophe: J’en sais quelque chose. J’ai travaillé un an et demi sur un projet d’adaptation en série télé, mais avec acteurs, avec toutes les équipes de Star Wars, sur une adaptation d’Ulysse 31. Ça n’a pas trouvé financement. Et le problème, c’est qu’il est impossible d’acquérir les droits visuels. Entre la France et le Japon, c’est complètement bloqué. Le responsable a pu adapter le scénario, mais il ne fallait reprendre aucun élément visuel. À mon avis, c’est quasiment impossible. Malheureusement. Sinon ce serait chouette.

Valérie: J’avais un peu versé dans des histoires mythologiques avec des Romains dans l’espace, quand j’avais fait le Fléau des dieux, il y a très longtemps. Mais c’est vrai qu’Ulysse 31, ça aurait été très rigolo, avec Nono. C’est vraiment de la nostalgie pure et dure. Mais on va essayer de faire des histoires originales.

Christophe: Moi, mon rêve absolu, mais là, c’est hors d’atteinte, ça serait Tintin.

Valérie: J’avoue, j’ai réalisé mon rêve parce que la première série de bande dessinée que j’ai lue, c’est Alix. Arriver dessus, ça a vraiment été un accomplissement pour moi. J’avoue que j’ai eu beaucoup de chance que les héritiers me laissent faire Alix Sénator.

Et maintenant, la série classique.

Valérie: Je ne pensais jamais le faire dans ma vie.

© Mangin/Démarez/Chagnaud chez Casterman

Quels sont vos projets ?

Valérie: Moi, je vais continuer Alix et Alix Sénator. Puis, ce deuxième Thorgal dont nous parlions. Puis, j’ai d’autres projets qui sont moins aboutis. Par exemple, un projet d’une sorte de western qui se déroulerait pendant la conquête de l’Algérie par la France au XIXe siècle. On va voir des Français partir chasser le tigre en Algérie mais tout ne va pas se passer comme prévu, évidemment.

Il y aura un T-Rex ?

Valérie: Il n’y aura pas de T-Rex. Oui, il faudrait que je fasse un projet avec un T-Rex. S’il y a un auteur qui m’entend et qui aime dessiner des T-Rex…

Christophe: Moi, j’ai commencé un autre gros one-shot au dessin avec Serge Lehmann au scénario qui va s’appeler Le Flamboyant, une sorte de western fantastique européen.

Le Flamboyant, recherche de personnages © Lehman/bec
Le Flamboyant © Lehman/Bec

Puis, j’ai deux séries en cours au scénario dont les tomes 1 sont sortis quasiment simultanément: Sinisterra et Greenlander, aussi avec des vikings – du Groenland. Pour l’instant, je suis assez occupé avec ça. Et un autre projet de science-fiction mais qui sortira beaucoup plus tard.

Merci à tous les deux, et vivement la suite!

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