
Edgar Allan Poe, Arthur Conan Doyle, Edgar Rice Burroughs, Robert E. Howard, ces écrivains « triplons » qui ont écrit leurs lettres de noblesse il y a plus d’un siècle sont indémodables. Et se retrouvent même plébiscités ces derniers temps en bande dessinée. Robert Louis Stevenson ne fait pas exception. Cette fois pas question de pirates et de grand voyage qui donne la nausée. On reste sur le plancher des vaches et six pieds sous terre. Le pilleur de cimetières, ça donne quand même la nausée, au personnage principal en premier. Mais comme on s’habitue à tout!
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Résumé du Pilleur de cimetières par Les Humanoïdes Associés : Edimbourg, XIXe siècle. Fettes, timide et maladroit étudiant en médecine, se voit proposer le poste d’assistant du grand Mc Farlane. Voulant à tout prix épater Jane, étudiante elle aussi, il accepte la proposition et découvre alors bien malgré lui que les corps utilisés à l’école sont fournis par des criminels qui tuent dans le seul but de les revendre au professeur. Désormais impliqué dans ce complot macabre, il devra choisir entre la fidélité, la moralité… et la survie.

C’est l’histoire d’un engrenage. On y met son doigt à rebrousse-poil mais attention d’être happé. Fettes est arrivé au collège royal de chirurgie, un peu contre son gré, pas par vocation mais pour respecter la volonté de son père, petit médecin. Notre jeune héros n’est pas brillant et passionné mais il voudrait se faire remarquer. Ça l’aiderait à séduire Jane, qui est d’une autre galaxie sociale.

Inaccessible et intelligente Jane. Qui voudrait bien être l’assistante du professeur mais que sa condition de femme empêche. Au profit de Fettes, bombardé assistant de McFarlane (quelque part entre Rogue, Edgar des Aristochats et Nosferatu), lui-même assistant du Docteur Kox. Notre gentleman naïf va vite se rendre compte de l’envers du décor et des corps, pour analyse et autopsie, dont le flux semble intarissable. La noble faculté serait-elle la façade d’un sordide trafic criminel agencé par McFarlane derrière le dos de son maître et en collaboration avec la pire crapule d’Edimbourg.

Normalement, les donneurs de corps à la science et les condamnés à mort devraient suffire. Mais il y a pénurie face à l’appétit vorace du scalpel du Docteur Kox, au-dessus de tout soupçon. Alors, dans les rues d’Edimbourg, mieux vaut ne pas trainer la nuit. Si la science donne aux démons un alibi pour tuer en série, où serait le problème? Puis, en ultime recours, les cimetières ne manquent pas de fraîches dépouilles à extirper du repos chrétien. Et tant pis si elles en ont l’âme damnée.

D’après Robert Louis Stevenson, c’est l’Espagnol Sebastià Cabot qui s’est chargé d’adapter, parodiquement, ce conte obscur et machiavélique. Avec son style plus que « gros nez », caricatural et jouant sur la confrontation des mimiques de ses personnages (le sournois, l’ahuri, l’obstinée, le patibulaire…), l’auteur fait tournoyer la descente en enfer de son héros, dans un monde amoral et sans pitié. Ce qui est amusant au début devient vite lassant et répétitif. Le dessin est un peu rudimentaire et la longueur du récit (près de 80 planches) fait tourner en rond l’intrigue alors qu’on devine vite, même sans avoir lu la nouvelle originelle, à quelle sauce Fettes va être mangé. Ou nous mangera. Bref, pas de quoi réveiller un mort, même en lui forçant la main.

À lire chez Les Humanoïdes Associés.
