
En six ans, le marché de l’immobilier a-t-il changé? En Belgique (et j’imagine en France aussi), en tout cas, les prix ont flambé et pour acheter, et encore plus pour faire construire, il faut avoir le coeur et les cordons de la bourse bien accrochés. Il faut bien réfléchir, sacrifier certains aménagements. Pour nourrir la réflexion, Dargaud a eu la bonne idée de rééditer l’album drôle et trépidant que Fabien Grolleau et Clément C. Fabre avaient commis autour de la figure de l’architecte. Le Chantier fait peau neuve.
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Résumé de Le Chantier par les Éditions Dargaud : Flora, architecte fraîchement diplômée, démarre sa carrière dans un prestigieux cabinet auprès du grand maître El Rodrigo, capricieux et talentueux. Ce dernier ne va pas tarder à lui offrir sa chance en lui confiant la responsabilité d’un chantier important. Fabien Grolleau s’est inspiré de ses propres études d’architecte (il est lui-même diplômé d’État) et a concocté avec Clément C. Fabre ce récit qui vous permettra de comprendre tous les tenants et aboutissants d’un chantier, avec de savoureux portraits de ses différents intervenants, du client stressé et exigeant à l’électricien stressé , en passant par le maçon bougon, le couvreur un peu perché, ou le patron charismatique.

Les architectes sont-ils menacés par l’intelligence artificielle. Sans doute peut-on le penser si l’on conçoit leur profession comme assise à un bureau pour produire des plans à la chaîne. Mais dans les faits, c’est un sacré boulot de terrain et d’humain. Fraîche émoulue, Flora va l’apprendre à ses dépens, et à celles des futurs propriétaires de l’immeuble qu’elle doit faire sortir de terre. La théorie ne suffira pas, elle va se heurter à la pratique et à l’aspect collégial d’une telle entreprise de construction. Collégial, pas choral, car il peut y avoir des fausses notes, des ouvriers (pas si) qualifiés, des bidouilleurs, des MacGyver, à côté des travailleurs soignés et consciencieux. Oui, un chantier peut parfois être tiré vers le bas alors qu’on vise les cimes.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il y a tout le travail préparatoire et, dans le cas d’une maison sur-mesure, tous les allers-retours, parfois sans fin, avec les clients. Et quand un collègue ne voit pas d’un bon oeil qu’on vous ait attribué ce beau chantier, il peut aussi y aller de ses bâtons dans les roues.

Jeune femme débarquée dans un monde d’hommes, même si elle peut compter sur la secrétaire du cabinet pour ne pas la laisser faire, Flora va découvrir un monde tonitruant, sans temps mort. À l’image de son premier employeur, maître El Rodrigo, un homme d’affaires un brin conservateur mais qui va de l’avant tel une tornade. Un courant d’air qui, dans le trait dynamique de Clément C. Fabre, m’a un peu fait penser au ministre Alexandre Taillard de Worms du Quai D’Orsay raconté par Lanzac et Blain. Sauf qu’ici, nous ne sommes pas dans les hautes sphères de l’état mais dans ses fondations et que tout inarrêtable soit El Rodrigo, il fait confiance à Flora et à ses idées novatrices.

Reste, si elle a la confiance du maître, à se faire respecter par tous ceux qu’elle aura en face d’elles. À commencer par la cliente qui lui sert du « Très chère » ou de « Ma petite » (quand on a l’âge de Flora dans ce métier, on se prend dans les dents du sexisme mais aussi du maternalisme, toutes les femmes ne font pas cause commune) tout en ne sachant jamais ce qu’elle veut. Puis, il y a ces frictions entre ces costauds face auxquels Flora va devoir s’affirmer en cheffe! Aussi pour faire des compromis et appuyer ses idées. Avec, notamment, une magnifique leçon de marketing et de persuasion, autour d’une table de restaurant. Ils peuvent être coquins les promoteurs immobiliers.

De manière très colorée et expressive, les auteurs proposent un récit inventé et pourtant très documentaire (d’autant plus que le scénariste Fabien Grolleau est architecte de formation et est d’ailleurs dessiné aux côtés de Clément C. Fabre lui-même en personnage secondaire), sans temps mort. Oh, ils incitent tout de même leur héroïne à profiter de son week-end, en fermant son téléphone qui fonctionne, la semaine durant, comme une sirène hurlante. Quelle tuile pourrait bien lui tomber sur le coin de la tête?

De haut en bas, des idées au papier puis au béton, Le Chantier est, en accéléré (mais avec quand même des retards ou des grues en avance), un résumé peps de ce qu’est le métier d’architecte et, plus largement, la construction d’une maison, d’un palace, d’une maison de retraite. Dans les couleurs comme le trait, Clément C. Fabre rentre dans l’humanité de chaque personnage, en dessous du casque. C’est très rafraîchissant et à la fois très éducatif, avec des personnages bien campés pour nous emmener dans ce monde complètement fou.

Sous une nouvelle couverture, cette version 2.0 (après la première édition de Marabulles en 2018) de cet album s’est enrichie de 10 planches inédites, formant un cahier technique) et d’une nouvelle couverture.

À lire aux Éditions Dargaud.
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