Arleston à l’ère du Drakoo: « La fantasy, dans notre culture occidentale traditionnelle, nous l’avons infusée depuis tout petit »

Quand ça sent le roussi, ce n’est pas forcément pour le pire. Les dragons peuvent être très sympathiques et ça tombe bien, c’en est un fameux que les Éditions Bamboo ont sorti de leur chapeau: Drakoo. Placée sous l’égide et la vision XXL de l’heroic-fantasy de Christophe Arleston, en quelques mois, cette nouvelle maison d’édition fait parler la poudre et propose un pass pour les mondes imaginaires, touffus et inventifs, classiques aussi parfois, illimités toujours. Interview avec le chef d’orchestre, co-fondateur et directeur éditorial lors de la dernière Foire du Livre de Bruxelles.

Bonjour Christophe, on vous retrouve en tant que directeur éditorial chez Drakoo, Drakou? Comment prononce-t-on ?

On le dit comme on veut. Au début, c’était Drako, nous avons rajouté un « o » en clin d’oeil à Bamboo, l’actionnaire principal… mais aussi parce que Drako avec un seul « o » était déjà déposé. L’important n’est pas de savoir comment on le prononce mais d’acheter les livres.

Pourquoi ce nom, alors ?

Drako, c’est dragon en latin. Un vieil adage veut que dans fantasy, il y a dragon. Alors que Drako était ma première idée, j’ai cherché longtemps après un autre nom… pour finalement revenir à ma première idée.

Mais il n’y aura pas que des dragons.

Il y en aura ou pas. Mais, disons que pour symboliser les imaginaires, le dragon fait partie des grandes images.

Comme les trolls ! J’imagine qu’au moment où le grand public assiste à la naissance de Drakoo, un grand travail en amont s’est opéré, dans le secret.

En fait, en BD, un album représente en moyenne deux ans de travail. Entre le moment où la machine se lance et le moment où les premiers albums arrivent en librairie, de l’eau a coulé sous les ponts. Au moins deux ans, dans l’ombre. En réalité, j’ai accepté de monter Drakoo, le jour où Lanfeust Mag, dont j’étais rédacteur en chef depuis vingt ans, s’est arrêté. Le temps libre que je récupérais me permettait d’accepter la proposition d’Olivier Sulpice qui m’en parlait depuis longtemps… Mais j’avais sous-estimé le temps de travail, ça m’en a pris beaucoup plus que pour m’occuper d’un journal.

J’imagine aussi que directeur d’une maison d’édition comme celle-là, ça ne s’improvise pas…

Ben, si! (il sourit) J’apprends, je suis en train de faire plein d’erreurs. Heureusement, Olivier Sulpice, mon associé, lui qui a plus d’expérience, est là pour m’accompagner. Mais j’ai toujours suivi l’éditorial. Chez Soleil, avec Mourad Boudjellal, nous étions très proches. Ce n’était donc pas une découverte, je connais le fonctionnement d’une maison d’édition, de l’intérieur, depuis vingt ans. Je n’ai pas eu la moindre difficulté à me lancer.

Les Artilleuses © Pevel/Willem

On connaît la défiance qui peut régner par rapport aux éditeurs actuellement. Vous avez publié récemment une tribune, en compagnie de Audrey Alwett, « Éditeur, un vrai métier? » En est-ce un ?

C’était une question provocatrice. Parce que beaucoup d’éditeurs font peu ou mal leur travail, je n’ai pas honte de le dire. De toute façon, ils me détestaient déjà donc ce n’est pas grave. Tous les exemples que nous avons donné avec Audrey, ce sont des exemples qui nous sont arrivés… rien qu’à nous. En particulier, un certain nombre me sont arrivés alors que j’ai la chance d’être un auteur best-seller. On pourrait se dire qu’avec un gros auteur, les éditeurs font plus attention, même pas, des comportements sont inadmissibles. Alors, autant ne pas imaginer ce que les « petits », qui n’ont pas les moyens de se défendre, peuvent se prendre dans la gueule.

Le grimoire d’Elfie bientôt chez Drakoo © Arleston/Alwett/Mini Ludvin

Chez Drakoo, il nous est très important d’être éthiques, qui respecte les auteurs. La première chose que j’ai faite lorsque nous avons monté cette maison d’édition, ce fut de parler des pourcentages. Olivier a fait tous ses calculs et nous nous sommes mis d’accord. La plupart des maisons d’éditions proposent des contrats commençant à 8% dans la bande dessinée, à 6% dans la jeunesse. La revendication que nous avons avec la Ligue des Auteurs Professionnels est un pourcentage de 10%. Avec Drakoo, nous attaquons à 12% minimum. Nous savons pertinemment qu’un auteur qui vit bien fera du bon boulot. Ce qui est profitable à tout le monde. Nous ne sommes pas dans l’hyper-rentabilité à court-terme. C’est exactement le même débat qui a lieu dans tous les secteurs de l’économie : il y a ceux qui cherchent absolument à avoir un résultat net à l’année le plus haut possible pour les actionnaires et ceux qui réfléchissent sur le long terme, en formant des équipes, en fidélisant des gens. Nous sommes dans cet esprit-là.

Y’aurait-il eu Drakoo sans Bamboo ?

Non, clairement. Olivier est un auteur avant d’être éditeur. Et c’est une des raisons pour lesquelles tout continue à bien se passer dans sa maison. Il continue d’écrire ses scénarios et il a monté Bamboo parce que Dupuis ne voulait pas de lui. S’il avait engagé chez Dupuis il y a vingt ans, les choses auraient été différentes. En montant Bamboo, il avait à l’esprit et dans sa vision le bien-être, le besoin de confort des auteurs.

La pierre du chaos © Katz/Créty chez Drakoo

Il m’a contacté en me disant ne rien y connaître à ces univers de fantasy, de fantastique, d’héroïc, etc. Il ne se sentait pas compétent et voulait que nous fassions ça ensemble. Je n’avais pas le temps pour ça jusqu’au jour où Lanfeust Mag s’est arrêté. De moi-même, je n’aurais jamais lancé une maison d’édition par connaissance, pour l’avoir vécu de l’intérieur, de toutes les contraintes. Je n’avais aucune envie de me retrouver à gérer des équipes de studios graphiques, de commerciaux… tout ce qui se retrouve, ici, géré à Mâcon par les équipes de Bamboo. Moi, je n’ai que le pôle éditorial. Olivier le regrette lui-même parfois : il passe plus de temps sur un tableau excel qu’à écrire. Même Mourad, à l’époque. Il n’a jamais été auteur, il était à fond dans l’édito. Son grand plaisir était d’arriver tôt le matin et d’ouvrir lui-même le courrier pour voir les originaux qui arrivaient. Mais, il y avait des jours où il avouait s’embêter.

Spirite © Mara chez drakoo

Aujourd’hui, tout le monde envoie des fichiers numériques, plus les originaux. Les éditeurs n’ont plus le temps de gérer ça, ils doivent s’occuper des chiffres, du personnel… Moi, en tant qu’éditeur, je voulais me concentrer sur l’éditorial… et laisser le sale boulot à d’autres (rires).

Là où d’autres genres ont pu se démoder, la fantasy est-elle indémodable ?

Oui, et c’est normal ! Quand nous avons sorti le premier tome de Lanfeust en 1994, je me souviens bien que plusieurs personnes m’ont dit : « t’es gonflé de faire de la fantasy, la mode est passée ». À l’époque, il y avait eu Conan le barbare en film, La quête de l’oiseau du temps… Pour tous les observateurs, la fantasy c’était ça et c’était fini. Ça leur semblait absurde de faire Lanfeust à ce moment. Je leur ai dit que je n’en savais rien, que je m’en fichais et que je faisais ce dont j’avais envie. La fantasy n’a pas cessé de monter en puissance depuis.

Dragon et Poisons © Bauthian/Morse chez Drakoo

Ça s’explique complètement : la fantasy est sans doute le genre le plus fondamental qu’il y ait dans le récit de l’Histoire humaine. Nous ne nous en rendons pas compte parce que quand on nous parle fantasy, on voit quelques boutonneux autour d’un plateau de jeu de rôles et ne pensant qu’à travers Tolkien. Moi, je n’avais jamais lu Tolkien quand j’ai commencé, je n’étais pas du tout dans le monde des geeks… Par contre, quand j’étais petit, comme tout le monde, j’avais entendu des contes de Grimm, de Perrault, avec des magiciens, des sorcières, des châteaux qui peuplaient notre enfance. En même temps, à l’école, on étudiait la mythologie grecque et romaine. On nous racontait qu’Ouranos dévorait ses enfants, que Zeus a tué son père en lui envoyant la foudre, que Jason semait des dents de dragon données par une sorcière pour faire pousser une armée de guerriers… C’est de la fantasy, ça, non ? Non, ce sont les mythes gréco-romains, de base. Ulysse se bat contre le Cyclope, passe chez la magicienne Circé, ses hommes sont transformés en pourceaux, une fleur magique permet pourtant d’échapper à la magicienne… C’est de la pure fantasy. En réalité, la fantasy, dans notre culture occidentale traditionnelle, nous l’avons tous en nous depuis l’enfance, ça nous a infusé depuis tout petit. C’est pour ça qu’elle ne peut pas être une mode et qu’on ne lui a pas donné ce nom de fantasy.

Terence Trolley © Le Tendre/Boutin-Gagné chez Drakoo

Il y a naturellement des tas de différents genres de fantasy. Quand on regarde le succès planétaire de Game of Thrones, y compris auprès de gens qui disent ne pas aimer la fantasy. « Mais tu regardes Game of Thrones ? » « Quel rapport ? » « C’est de la fantasy, mon vieux! » Le mot fantasy est hyper-réducteur comme si nous étions dans un genre ultra-spécialisé alors qu’elle revêt l’ensemble des histoires et des mythes fondateurs de l’humanité.

Danthrakon © Arleston/Boiscommun/Guth chez Drakoo

La BD, n’est-elle pas le média phare de ce genre ?

La fantasy a besoin de grand spectacle, de beaux décors… et de budget. Jusque-là, le cinéma n’arrivait à mettre un budget correct sur une histoire de fantasy qu’une fois tous les trois ans. Game of Thrones a un peu changé les choses, heureusement. En attendant, en BD, le budget, c’est une feuille de papier, un crayon et le talent du dessinateur. Du coup, ça passait beaucoup mieux.

Terence Trolley © Le Tendre/Boutin-Gagné chez Drakoo

Et vous, au tout début, en arrivant dans la BD, il était évident que vous vous inscririez dans la voie fantasy ?

Non, pas du tout. Moi, je suis un mélange de tas d’influences très différentes. J’ai été élevé dans une maison où mes tantes lisaient Charlie Hebdo. Je lisais Reiser à 5 ans. Je lisais Spirou en cachette, parce que c’était honteux pour la famille intello dont je faisais partie. Après quoi, j’ai été abonné à Pilote. Tous ces genres de BD se mélangeaient et me donnaient envie d’en faire, sans avoir envie d’un genre en particulier.

Mais, assez rapidement, à la fin de l’adolescence, je visais Spirou. Mes grandes références étaient Tilieux. D’où l’une de mes premières séries maniant humour et polar, Léo Loden. Pour moi, Léo Loden, c’était répondre à : que ferait Tillieux, s’il était vivant et qu’il avait mon âge, aujourd’hui ?

Léo Loden © Arleston/Carrère/Morel chez Soleil

Après, il se trouve que j’avais créé les Maîtres Cartographes qui n’avaient pas mal fonctionné et que j’avais toujours été un gros lecteur de fantasy. Après le succès de Lanfeust, j’ai été étiqueté « Fantasy » mais je n’ai pas arrêté d’explorer d’autres genres. J’ai quand même eu 25 tomes de Léo Loden, j’ai arrêté depuis deux albums mais j’ai refilé le scénario à celui qui m’accompagnait depuis le tome 18, Loïc Nicoloff. J’ai été un peu fatigué de Loden mais je ne m’interdis pas de revenir un jour. D’autant que le dernier que j’ai écrit m’a bien amusé, au temps des Romains. Je m’amuserais bien à faire des Léo Loden à travers le temps.

J’ai fait de la s-f, aussi. C’est vrai que je suis plutôt dans la BD de genre, de « mauvais genre » comme on dit. Mais c’est plus un hasard qu’autre chose.

Même Ekhö que je fais avec Alessandro Barbucci, ce n’est pas ce que je voulais faire au début. J’avais envie d’un polar contemporain dans New York. C’est Alessandro qui m’a seriné vouloir faire de la fantasy. Et nous avons fait de la fantasy à New York.

Ekho © Arleston/Barbucci chez Soleil

Quid de l’aspect roman graphique alors, auquel vous n’avez pas encore touché ?

Alors, j’ai un gros projet. Le problème des romans graphiques, c’est que généralement, c’est mieux quand tu es auteur complet. Moi, je n’ai ni le temps, ni l’envie, ni le talent de me remettre au dessin. J’ai dessiné longtemps, j’aurais pu devenir un honnête tâcheron professionnel, comme il y en a, mais ça n’aurait pas eu grand intérêt. Mais il se trouve que j’ai une histoire assez personnelle, complexe, de mon enfance à raconter. J’ai trouvé une dessinatrice, quelqu’un que ne connaissent que les lecteurs de Lanfeust Mag dans lequel elle faisait une page mensuelle, qui va pouvoir m’aider à la raconter. Et ça, c’était assez délicat. Il s’agit de Lucie « Willoe » Arnoux.

Elle est arrivée, en fait, au studio à l’âge de quinze ans – elle en a désormais 27 – , pour son stage de troisième. Dès la fin des cours, elle nous rejoignait au studio, les mercredis, les samedis. Après son bac, elle a fait une année sabbatique au studio. Aujourd’hui, elle vit à Londres mais elle est devenue quelqu’un de très proche. Il y a suffisamment d’intimité entre nous pour que je lui confie mon histoire. Ce sera un roman graphique one-shot. Je n’ai pas mille choses à raconter par cette voie, juste une histoire.

Chez Drakoo, c’est donc Danthrakon qui a ouvert le bal. Vous avez scénarisé cette série. Était-ce un projet qui vous trottait en tête depuis longtemps ?

C’était une histoire qui traînait dans les cartons, en effet. Très souvent, j’ai des idées, pas forcément abouties, qui traînent mais restent à l’esprit. Il me faut le temps de les mettre en place. Un autre dessinateur avait fait un essai qui ne m’avait pas convaincu. Le projet était resté dans les cartons jusqu’à ce que dans un festival, par hasard, Olivier Boiscommun me dise ne pas avoir de projets prévus. Je le lui ai proposé, il a enchaîné.

Danthrakon © Arleston/Boiscommun

Je le lisais sur la Page Facebook de Drakoo, Danthrakon a vite trouvé son public et s’est bien vendu !

Oui, ça a bien tourné. C’est important, pour lancer une maison d’édition, d’attaquer avec quelque chose de costaud.

Le choix fut vite fait de commencer avec ça ?

Oui, j’ai quand même réuni Claude Guth, mon coloriste fétiche; j’ai obligé Olivier Boiscommun à aller dans une voie un peu différente de ce qu’il a l’habitude de faire.

Danthrakon © Arleston/Boiscommun/Guth chez Drakoo

Puis, je n’ai pas pris beaucoup de risques, j’ai tapé dans l’aventure fantasy classique. On me le reproche, d’avoir fait trop classique, sans surprise. Mais c’était un choix pour démarrer l’aventure Drakoo sur les basiques. Comme ça, après, on va aller plus loin.

J’ai été surpris que certains résistent à cet album, que les retours soient mitigés. Car, si les ingrédients sont classiques, le fond lui ne l’est pas. Votre équipe a fait un travail incroyable, il y a une cohésion formidable entre le coloriste et le dessinateur! Ça raconte la force de l’écriture.

© Arleston/Boiscommun/Guth chez Drakoo

Je me suis beaucoup amusé. Puis, l’encre qui coule dans les veines, ça me plaisait. J’y ai mis des symboliques qui me tiennent à coeur.

Cela veut-il dire que d’autres projets qui n’auraient pas forcément trouvé preneurs auparavant, pourraient resurgir ?

C’est moins une question de projets n’ayant pas trouvé d’éditeur que de projets qui sont à l’état embryonnaires. Des cuves avec des foetus à l’intérieur. Et, un jour, quand le besoin s’en fait ressentir, je fouille là-dedans et vois ce que je peux développer. J’en ai une dizaines de prototypes, comme ça, qui traînent.

Spirite © Mara chez drakoo

Ça pourrait aussi être l’inverse ? Je suis directeur éditorial, j’ai une idée que je n’aurai pas le temps de développer, je la glisse dans l’oreille d’un autre ?

Non, je préfère que les autres aient leurs propres idées. Je ne peux pas faire ça. Ce sont mes foetus à moi. Autant je peux faire intervenir des co-scénaristes, autant je reste très dirigiste.

Et le dessinateur d’autrefois ? Il resurgit parfois sur le scénariste d’aujourd’hui ? Les images viennent en tête ?

Pas dessinées par moi, heureusement ! Par contre, le fait d’avoir longtemps dessiné m’aide directement à repérer quand quelque chose ne va pas dans un dessin. J’ai quand même une auto-formation qui me permet ça.

Les maîtres cartographes © Arleston/Glaudel chez Soleil

Être directeur éditorial, c’est être interventionniste ?

Je ne sais pas s’il faut mais je le suis. Dans cinq minutes, j’ai rendez-vous avec Pierre Pevel pour discuter du synopsis du tome 2 des Artilleuses. Je lui ai demandé un synopsis détaillé. Je demande à tous les scénaristes avec qui je travaille, un synopsis précis, permettant de voir où on va. C’est la base sur laquelle on travaille le scénario par scènes, une quinzaine en général par album. À partir de là, on voit si la structure tient, s’il n’y a pas des scènes trop longues, des choses qu’on peut remballer.

Tout ce travail, je le fais en amont avec les scénaristes avant de demander aux dessinateurs le storyboard sur lequel on fait un pré-lettrage, pour voir si ça fonctionne. J’interviens tout le temps. Je veux des albums poussés au max.

Les Artilleuses © Pevel/Willem/Wenisch chez Drakoo

Avec, tout de même, la volonté, d’aller chercher des auteurs qui n’ont jamais fait de Bd. Comme Pierre Pevel.

C’était une de mes grandes idées, j’en suis content: aller chercher des romanciers qui aimaient la BD mais n’osaient pas en faire. Il y a toute une génération de gens qui ont du talent, des idées. Qui manquent de techniques pour faire de la BD, mais je suis là pour la leur apprendre et ils apprennent vite. Pierre Pevel, Gabriel Katz, Olivier Gay, Aurélie Wellenstein… tous sont du sang neuf en BD. Si c’était pour monter une nouvelle maison d’édition avec des scénaristes de talent mais qui sont déjà chez Glénat, Delcourt, Dupuis… ça n’a pas beaucoup de sens.

Le serment de l’acier © Gwenaël/Ferrari/Gonzalbo chez Drakoo

Mon but est de faire émerger une génération Drakoo, un esprit Drakoo comme il y a eu une génération Soleil et un esprit Soleil. Il faut du sens. D’où une colonne vertébrale composée de romanciers même si, à côté de ça, Serge Le Tendre nous fait un album, Terence Trolley, et j’en suis absolument ravi.

Avec des reprises aussi. Parallèle de Philippe Pelaez et Laval NG devient chez vous Alter.

Ça, c’est un peu exceptionnel. Je crois beaucoup en Philippe Pelaez comme scénariste et je veux maintenant qu’il nous fasse de la création originale en fantasy.

Alter © Pelaez/Laval NG chez Drakoo

Combien d’albums sont parus depuis le début ?

Il y a eu les trois de l’automne, Les Artilleuses en mars. Il y en a onze, au total, sur l’année (ndlr. l’interview a eu lieu avant la crise du Covid).

Sérieuse entrée en matière. En plus avec des albums en deux versions, comme Les Artilleuses.

Mais, ça, ce n’est pas du travail en plus.

Les Artilleuses © Pevel/Willem/Wenisch chez Drakoo

Mais ça envoie le signal : on y croit !

Ah oui, ça, pour y croire ! C’est l’énorme avantage d’avoir Bamboo derrière. Olivier Sulpice m’a tout de suite dit, avant même que je lui pose la question, que nous partions pour travailler sur du long terme. Et si ça se passe pas bien, les premiers albums ? Il m’a dit s’en ficher. On peut perdre de l’argent pendant 2-3, voire 4 ans, on en gagnera à la cinquième et à la sixième. C’est une sacrée qualité de pouvoir envisager quelque chose sur le temps long et un sacré luxe !

Quand vous me demandiez si j’aurais pu monter ma propre maison d’édition, la réponse est non: je n’aurais jamais eu les moyens financiers pour tenir quatre ou cinq ans. Ici, derrière, nous avons un groupe solide avec quelqu’un qui ne cherche pas à verser des dividendes à ses actionnaires. D’ailleurs, c’est lui, l’actionnaire. Nous ferons forcément des albums qui ne trouveront pas leur public mais nous essayerons de tout faire proprement.

Le grimoire d’Elfie © Arleston/Alwett/Mini Ludvin

C’est important le temps à une époque où les gens réagissent à chaud. Lors de l’annonce de la reprise de Fluide Glacial par Bamboo, beaucoup n’ont pas été tendres. Alors que des auteurs déjà chez Bamboo avaient un tout autre raisonnement. Mais, vous, finalement, n’arrivez-vous pas chez Bamboo sans y avoir jamais publié un album ?

Si, tout à fait. Mais, cela faisait longtemps que nous nous tournions autour. Puis, il y avait un truc essentiel à mes yeux: à un moment, j’ai réalisé que cela faisait vingt ans qu’il était implanté dans le monde de la BD et que je n’avais jamais entendu aucun copain se plaindre de quoi que ce soit. C’est le seul éditeur qui n’avait pas de casseroles. Avant de m’associer – contrats juridiques, etc. -, je voulais savoir avec qui j’allais. Pour moi, l’humain est primordial, c’est pour lui que je fais ce boulot. C’est pour ça que ça s’est très bien passé avec Mourad Boudjellal pendant vingt ans. Guy Delcourt a une personnalité beaucoup plus difficile à appréhender, moins impliqué dans le rapport humain. Ce qui me manquait et que je retrouve avec Olivier Sulpice.

En parcourant votre bibliographie, je voyais que vous aviez déjà eu un rôle de coordination éditoriale auparavant. Des albums collectifs autour de chansons.

On avait fait Lavilliers, Gainsbourg, Eddy Mitchell. C’est venu du fait que Mourad avait un ami en commun avec Bernard Lavilliers. Nous nous sommes retrouvés au resto avec lui et Mourad lui a proposé un album de ses chansons. Je m’en suis occupé, j’ai rassemblé le staff, organisé des bouffes entre Bernard et les auteurs. Tout s’est mis en place.

Il y avait déjà des affinités avec cette musique ?

Oui, Lavilliers, clairement. J’ai accepté Lavilliers parce que j’étais déjà fan et que j’ai découvert un mec adorable. J’ai ensuite fait Gainsbourg, sans le contact évidemment. Puis, Eddy Mitchell, sans être très friand de sa musique, j’aimais le bonhomme, son côté cinéma, son incarnation de La dernière séance. Un type sympa, là aussi. Après, j’ai fait Bruel, pas ma came du tout, mais le personnage était très intéressant. Mais il y avait un deal avec Mourad. Je lui avais dit: « Écoute, je vais te faire gagner de l’argent avec le Bruel…

Les chansons de Patrick Bruel en BD © Tarquin

… mais je vais t’en faire perdre ensuite : il y a un mec que je veux absolument faire parce que j’en suis fan, c’est Hubert-Félix Thiéfaine. Mourad a marché. Thiéfaine a effectivement été un bide, c’est un petit milieu. Par contre, tous les auteurs présents dans ce recueil étaient des fans hardcore ! Thiéfaine, soit les gens l’ignorent, soit ils sont fans absolus. J’ai été très surpris d’en trouver autant parmi les auteurs.

Les chansons d’Hubert-Félix Thiéfaine en BD © Bajram chez Soleil

Le dernier album paru (ndlr. l’interview a eu lieu en mars, depuis, le programme de Drakoo s’est enrichi de Terence Trolley et Alter) : les Artilleuses d’Étienne Willem et Pierre Pevel.

C’est un spin-off de sa série de romans tout en étant une création originale, c’est un des gros albums que nous lançons cette année. Un bon pari, la mise en place est belle et l’album le mérite. Avec Étienne, nous nous connaissons depuis vingt ans et le jour où j’ai fait partie d’un jury qui lui a donné un prix pour son premier album. Vieille bruyère et bas de soie. Je ne le connaissais pas du tout mais je m’étais battu pour lui, dans le jury, parce qu’il avait un talent fou. Une discussion acharnée qui avait duré une heure. Depuis, je suivais ce qu’il faisait, nous étions restés potes. Les choses se sont faites naturellement.

Un dernier mot sur Lanfeust ?

On va reprendre. J’y travaille ce printemps. Nous procéderons par one-shot, vingt ans après. Ça s’intitulera Lanfeust – Les chroniques. Nous ne relancerons pas de grande série. Une série, un cycle, c’est à chaque fois dix ans de vie pour Didier Tarquin. Il arrive au moment où il a envie de pouvoir faire d’autres choses. Comme U.C.C. Dolorès. Et il fait bien.

Trolls de Troy © Arleston/Mourier/Guth chez Soleil

Merci beaucoup Christophe, et que le feu sacré de Drakoo soit mythique ! Terminons avec un large aperçu de cette maison d’édition:

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