De l’origine des animaux sauvages par Pedro Rodriguez au Livre de la Jungle revisité de manière futuro-apocalyptique par Anne Quenton : Rudyard Kipling en BD

© Rodriguez chez Les Aventuriers d’Ailleurs

Parmi les auteurs anglais les plus lus et donc les plus adaptés, je ne vous présente plus Sir Rudyard Kipling. L’auteur du Livre de la jungle a accédé depuis longtemps à la postérité, ses écrits infiltrants la BD, le cinéma mais aussi des oeuvres immatérielles comme le scoutisme (et beaucoup de meutes louveteaux qui ont fait leur l’histoire de Mowgli et ses frères loups). Si je vous présente ici une nouvelle adaptation BD anthropomorphe et post-apocalyptique de ce Jungle Book, voilà aussi de quoi expliquer à vos enfants comment l’éléphant a été doté d’une trompe, le rhinocéros d’une peau de roc et le chameau d’une bosse.

© Quenton chez Dupuis

Résumé du tome 1 de Jungle Book par Dupuis : Dans un monde où les animaux ont pris le dessus sur les hommes, Moogli est une jeune orpheline recueillie par une famille de loups. Elle va grandir à leurs côtés et partager leurs repas, leurs jeux et leurs rêves de liberté. Car si Raksha et les siens se sont émancipés de leur mode de vie passé, Moogli étouffe sous leur protection. Taquinée pour son absence de pelage et son caractère un peu craintif, elle a du mal à trouver sa place au sein de la fratrie. L’adolescence est pour elle l’occasion de s’affirmer et de chercher à comprendre d’où elle vient. Mais l’ombre de Shere Khan plane et la menace qu’il fait courir sur Moogli et les siens va l’obliger à se confronter aux événements qui ont causé la disparition des hommes. Pourra-t-elle compter sur ses frères loups et sur Baloo, vieux gardien bienveillant mais préférant sa solitude à la vie en meute ?

À lire aussi | Les aventures de Mowgli et compagnie féériques, magistrales et musicales enchantent le Théâtre Royal… ou plutôt la jungle du Parc !

© Quenton chez Dupuis
© Quenton chez Dupuis

Pour son premier album et même sa première série largement distribués (elle aurait auparavant sorti une BD érotique, Jeux de mains), Anne Quenton s’est lancé un sacré défi: adapter dans un autre monde le livre de la jungle, en poussant un peu plus les curseurs initiaux. Ici Baloo, Raksha et autres Shere-Khan sont des anthropomorphes accomplis. Ils ne se contentent plus de communiquer avec le petit d’homme, comme on le ferait avec Yakari, ils ont passé un cap: ils ont des vêtements, se sont dressés sur leurs deux pattes arrière, conduisent des bolides, prennent leur café ou sont même capables de se servir d’armes. D’ailleurs, quand un « pan » retentit dans la nuit et les arbres touffus, c’est là que commence l’histoire revisitée par Anne Quenton.

© Quenton chez Dupuis
© Quenton chez Dupuis

En nous présentant les animaux en version upgradée, déjà, la jeune autrice, formée à Emile Cohl puis Bellecour, plutôt orientée animation (en tant que décoratrice chez Xilam) a le don d’intriguer. Encore plus quand, du terrain de chasse du tigre-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, surgissent deux humains, atomisés deux secondes plus tard, tout en ayant de temps de confier aux loups un tout petit bébé emmailloté. Mowgli! Eh non, Moogli, une fille, encore plus burnée que le personnage originel. Remarquez, il le faut, dans ce monde sans concession, qui recèle encore des merveilles et des horreurs.

© Quenton chez Dupuis
© Quenton chez Dupuis

Quelque part entre Henri Reculé (dans sa veine Jack Wolfgang, même s’il avait déjà adapté Le dernier livre de la jungle) et Arthur de Pins (Zombillenium), Anne Quenton dévoile un style accrocheur et très dynamique, avec de belles lumières et des idées graphiques prometteuses. Dans le scénario, si l’on comprend que les rapports de force entre humains (en voie de disparition) et animaux se sont inversés, ces derniers ne s’étant pas toujours promenés comme des bipèdes, le ton un peu Mad Max de cette revisite oblige, et ce n’est pas plus mal, l’autrice à prendre de nouvelles voies, tout en raccrochant les wagons de l’histoire originale. Avec, sur la fin de ce premier tome, amenée par des découvertes glauques, un climax et un grand affrontement dont tous ne ressortent pas indemnes. Alors que la place de Moogli est plus que jamais en sursis. J’attends de voir la suite mais ça m’a emballé! Anne Quenton réussit une belle et incisive entrée en matière.

© Quenton chez Dupuis
© Quenton chez Dupuis

Preview : 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Des plis, des bosses, des taches, une trompe: avec Kipling, le monde des animaux a changé

© Rodriguez chez Les Aventuriers d’Ailleurs

Résumé de Les observations animalières de Rudyard Kipling par Les Aventuriers d’ailleurs : Comment le léopard a-t-il obtenu ses taches ? D’où vient la trompe de l’éléphant ? Et qu’en est-il de la peau rugueuse du rhinocéros ? Et de la bosse du chameau ? L’écrivain-explorateur de la fin du XIXe siècle, auteur du Livre de la jungle, explique de façon imaginaire et poétique quatre phénomènes mystérieux de la faune sauvage.

© Rodriguez chez Les Aventuriers d’Ailleurs

Les observations animalières de Rudyard Kipling, ce sont en réalité ses Histoires comme ça. Différents scénaristes se les approprient (Blake A. Hoena, Martin Powell, Louise Simonson et Sean Tulien) autour d’un seul dessinateur : Pedro Rodriguez. On l’a déjà croisé quelques fois sur ce site, tous azimuts, car il fait partie des meubles des Éditions Les Aventuriers de l’étrange (aujourd’hui devenu Les Aventuriers d’ailleurs à la faveur d’un adossement au groupe Bamboo).

© Rodriguez chez Les Aventuriers d’Ailleurs

Spécialisé (mais pas que) dans l’adaptation de contes de Grimm, Stevenson, Poe, Maupassant, etc., passant du jeune public au public averti, Pedro Rodriguez avait ainsi, il y a dix ans, réalisé des adaptations des textes de Kipling expliquant comment des animaux exotiques, courant les jungles, les savanes ou les déserts, avaient pris l’aspect que nous leur connaissons aujourd’hui. Fut un temps où le rhinocéros avait la peau douce; le chameau avait le dos plat; l’éléphant, un gros pif loin de pendouiller à ses pattes tandis que le léopard était un gros chat sans ses taches reconnaissables.

© Rodriguez chez Les Aventuriers d’Ailleurs

Avec 4 contes fantaisistes de Kipling, loin d’égaler Ésope ou La Fontaine, Rodriguez revisite de manière très cartoonesque le bestiaire de la jungle et de la savane. C’est gentil, c’est drôle, ça ne manque pas d’humour. Mais je ne peux m’empêcher de penser que ce format franco-belge (c’est en fait une intégrale, reprenant des récits jusque-là inédits en français, deux ayant été publiés en leur temps par Emmanuel Proust Éditions) et cette forte pagination (144 pages) ont été mal choisis. En fait, j’ai l’impression qu’il y a un problème de cible. Le dessin et le ton employé par Rodriguez destinent vraiment ces histoires à des jeunes enfants mais l’emballage pourrait faire penser à un public plus âgé, qui ne se laissera pas aussi facilement prendre pour des gamins, avec toute la naïveté enjouée que cela demande. À lire en duo parent-enfant pour bien profiter de ces légendes loufoques et originales autour de ces espèces qu’on rêve de voir une fois dans sa vie. Avant leur extinction?

© Rodriguez chez Les Aventuriers d’Ailleurs
© Rodriguez chez Les Aventuriers d’Ailleurs

À lire chez Dupuis.

À lire chez Les Aventuriers d’ailleurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.