Henri Loevenbruck, c’est une sacrée pointure dans le monde du livre de ces 20 dernières années. Alignant les succès critique et public, l’auteur français s’est montré à l’aise dans divers genres, du roman historique au thriller, de l’aventure au drame en passant par la fantasy pour un public plus jeune. Maître du suspense… il n’avait pourtant pas prévu un jour, dans la réalité, de se retrouver face à un double sournois. En 2020, un auteur sans scrupule semble avoir publié, en auto-édition, La quête d’Aéla. Un roman de fantasy qui copie, plagie, de la première majuscule au point final l’une des oeuvres phares de Loevenbruck: La Moïra. L’ouvrage illégitime serait passé sous les radars pendant trois ans. Et le lascar n’en serait pas à son coup d’essai (voir fin de l’article).

EDIT: ce lundi 18/12/23, j’ai constaté que le site dubosquelle-edition.fr était hors-ligne. La page Linkedin de Pascal Dubosquelle-Makenzie (le deuxième nom est une coquetterie se référant à un héros d’… Henri Loevenbruck), elle, était déjà désactivée quand j’ai écrit cet article.
Ah, le monde fascinant de l’auto-édition. On y croise de tout, des rêveurs, des opportunistes, des illettrés, des appliqués. Car quand votre manuscrit reste vain auprès des grands comme petits éditeurs ou que vous savez que le sujet de votre livre est trop précis, trop niché mais qu’il peut quand même toucher des lecteurs (les followers d’une page Facebook à succès, par exemple), l’autoédition peut paraître la solution. Sans filet, en déliant les cordons de sa bourse et du bouche-à-oreille, mais avec le plaisir d’avoir son livre en main, beau (pourvu qu’on s’y prenne bien) et acheté par les connaissances, et plus si affinités. On se fait rarement un nom et un prénom, cela dit. Quand le coeur y est et la qualité, aussi, ça peut fonctionner. Ou alors, parfois, pour de mauvaises raisons. Un ancien rameur de haut niveau reconverti en écrivain vient de l’apprendre à ses dépens. En 2020, Pascal Dubosquelle publiait aux éditions éponymes (Dubosquelle) « son » deuxième roman: La quête d’Aéla – une nouvelle légende celte. Sûr de son fait, il octroyait ainsi une interview pour La voix du nord. Personne ne doutait de rien. Jusqu’à ce 13 décembre 2023.

« Histoire de dingue. Un type vient de publier un plagiat (mot pour mot) de mon roman La Moïra en auto-edition. Le mec n’a pas copié l’histoire, il a fait un copié-collé du Pdf, changé le titre et la couverture, et hop, il le vend sous son nom Et en plus il le vend plus cher (ndlr. 20€). Bon inutile de dire qu’il vient de recevoir un courrier du service juridique de mon éditeur…. Mais j’ai bien rigolé quand même. Y’a des frapadingues quand même. » Informé par un de ses lecteurs qui l’a acheté en séance de dédicaces (! – l’audace du bonhomme), c’est ainsi qu’Henri Loevenbruck, sur Mastodon (le réseau social qu’il a investi depuis qu’il a quitté les « réseaux sociaux propriétaires ») a apprécié l’exercice de non-style de ce grossier personnage. Il faut dire que le roman auto-édité n’a sans doute pas eu le succès escompté, raison pour laquelle il est passé entre les mailles du filet. Sinon, nul doute qu’un lecteur averti (qui en vaut mille ou dix milles à l’heure d’Internet) aurait remarqué à quel point le résumé présent sur la quatrième de couverture du copion ne prenait même pas soin de cacher sa magouille. Même, l’héroïne du roman original – devenu une série BD depuis – a gardé le même prénom dans La quête orchestrée par Dubosquelle (qui, remarquons-le au passage, n’a pas mis son nom sur la couverture).


Henri Loevenbruck peut aussi compter sur ses pairs pour ébruiter l’affaire sur plateformes qu’il a quittées. Un autre ponte du roman à intrigue en France (mais aussi de Largo Winch), Éric Giacometti, a ainsi publié. « Les cons ça ose tout, c’est à cela qu’on les reconnait, disait Michel Audiard. Cette citation illustre à merveille ce qui suit. Oubliez l’IA, plagiez le best-seller d’un auteur reconnu, à la virgule près. Changez le titre, mais en gardant le nom de l’héroïne (autant être crétin jusqu’au bout), bidouillez une autre couverture et éditez le à compte d’auteur sous votre nom. Et empochez 20 euros par livre ! C’est ce qui est arrivé à l’ami et confrère Henri Loevenbruck (en photo), fondateur de la Ligue de l’Imaginaire, avec LA MOIRA (J’ai Lu.) Il a été piraté par un certain Mr D. Ce dernier se paye même le luxe de dédicacer son escroquerie intellectuelle en librairie et d’avoir un article dans la presse quotidienne du nord de la France. J’ai Lu a déposé plainte. N’hésitez pas à partager. »
Notons, par ailleurs, que, toujours sur Mastodon, un certain Ploum démasque et désape (avant le goudron et les plumes) un peu plus Dubosquelle. Ses deux autres romans Les Mériadec et Le livre des secrets ne seraient rien d’autre que des plagiats, respectivement, de Ces messieurs de Saint-Malo de Bernard Simiot et de L’ombre de Thot de Michael Peinkofer. Je vous laisse jouer au jeu des sept non-différences.




J’ai essayé de contacter les deux parties pour avoir des éclaircissements, je vous tiens au courant.
