Humans or Robots after all? La BD laisse la question en suspens mais propose différentes pistes #5 Love love love

© Toussaint/Garrido chez Dupuis

Bien sûr, il y a les zombies, les super-héros et quelques autres créatures qui restent des valeurs sûres de la culture populaire, mais les robots aussi tiennent le haut du pavé. Tout en traînant, malgré des exemples transcendants et positifs, une sale réputation. Face à quelqu’un qui nous en demande trop, n’aurions-nous pas tendance à répondre: « Hé ho, je ne suis pas un robot, hein! ». Un robot, ne serait-ce que ça? Tout dans les biscotos bien huilés, rien dans l’âme? Les robots fascinent, en tout cas. Visez le retour en grâce de Goldorak par une équipe de Frenchies, et vous aurez une idée du phénomène: les êtres mécaniques ne sont pas des vieilleries. Encore faut-il savoir renouveler, réinventer, réenchanter ou réensorceler le thème. La BD a su le faire, ces derniers mois, naviguant entre steampunk et futur proche, entre les camps des alliés et des ennemis, la programmation et les émotions. Pêle-mêle, pour les adultes ou pour le tout public, voilà une petite sélection de lectures sympathiques, remuantes aussi. Avec des boulons mais aussi bien plus de chair qu’on ne se l’imagine. Le robot est un animal social, a presque dit l’autre. Nous voilà presque au bout du voyage qui nous a menés de Malcolm Max aux Coeurs de ferraille en passant par R.U.R. et Rev. Place à Love love love. Et ce n’est pas si facile, dans un monde de brutes et d’égoïstes de faire respecter la maxime des Beatles.

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Résumé de l’éditeur : Le Royaume d’Aquitaine. Un territoire où les IA sont interdites, mais où Elle a décidé de se cacher chez ses parents, en compagnie de Karel, son amoureux mécha. Alors que Lola, la petite fille d’Elle, fait connaissance de son inattendu beau-père, leurs potes Medhi et Dave tentent de rejoindre le couple de fuyards, qu’ils espèrent aider. Un renfort pas inutile, puisque de nombreux poursuivants les traquent, dont Wal Acto, un terrible chasseur de primes robotisé, ainsi que la police qui soupçonne Elle d’une série de meurtres de méchas… Le jeune couple parviendra-t-il à Madrid, où Elle espère repousser la date d’obsolescence programmée de Karel ?

© Toussaint/Garrido chez Dupuis

Nous restons chez Dupuis avec la conclusion d’un triptyque que Kid Toussaint et Andres Garrido ont rudement bien négocié. Rude, parce qu’on ne s’attendait pas forcément à ça en commençant cette histoire d’amour flamboyante et à toute épreuve. Croyait-on, car depuis le premier tome les choses se sont gâtées, l’heure de la révolution a sonné pour les robots, face à des humains hostiles, galvanisés par les discours de haine de politiciens qui rêvent de devenir les maîtres d’un monde dont ils contrôlent les émotions et les affects par une propagande de toutes les minutes érigeant les uns contre les autres.

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Elle, l’humaine, et Karel, le mécha, sont donc pris au milieu du champ de bataille avec un objectif: revenir là, dans l’usine espagnole, où l’histoire de Karel a commencé. Car le temps presse, les cherish bots comme lui sont irrémédiablement condamnés à ne pas survivre à leur 27e année, alors que leur obsolescence programmée leur permettrait d’atteindre l’âge canonique de 107 ans. Il y a un truc qui cloche et la jauge de vie de Karel ne cesse de baisser, Elle n’arrive plus à le rebooster de son amour. Incandescent.

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Du rêve bleu, rose aussi, à la poussière, à la ruine et à la rouille, voilà où nous entraînent les deux auteurs dans cette cours-contre-la-montre et à l’échappatoire. Car si toutes les bonnes âmes rencontrées au fil des tomes précédents semblent aimantées dans la course des deux amoureux, les ennemis que ce soit pour X ou Y raison (parce qu’ils sont savants fous, chasseurs de primes, nymphomanes (!), etc.) sont aussi au rendez-vous. Dans cette histoire au grand coeur, qui fait briller l’amour entre deux êtres, pur et non-calculé – et peu importe si quelques-uns disent qu’il est contre-nature, Kid Toussaint amène de nombreuses thématiques l’air de rien, passant de l’universel à des problématiques qu’on connaît trop bien (hégémonie des réseaux sociaux plutôt que des déraisons sociales, la volonté de la paix tout en faisant la guerre…) avec un casting touffu mais dans lequel on ne se perd jamais.

© Toussaint/Garrido chez Dupuis

Attention, si on aurait pu mettre le premier tome dans les mains de jeunes ados, il m’a semblé ici que le ton s’était fait plus adulte au fur et à mesure des planches, avec des séquences très trash qui contrebalancent totalement la naïveté à laquelle on aurait pu identifier Andres Garrido au premier abord. Non, c’est un dessinateur consistant, capable de retenue mais aussi de feux d’artifice, de moments suspendus et d’autres qui mordent la poussière, de poésie et de punchlines cinglantes. Certaines séquences pêchent un peu mais l’ensemble est convaincant et très créatif. Le tout au service de messages qui nous font du bien à lire et à voir, même si le chemin fut semé d’embûches et de cadavres.

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À lire chez Dupuis.

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