Humans or Robots after all? La BD laisse la question en suspens mais propose différentes pistes #4 Les coeurs de ferraille

© Béka/Munuera/Sedyas chez Dupuis

Bien sûr, il y a les zombies, les super-héros et quelques autres créatures qui restent des valeurs sûres de la culture populaire, mais les robots aussi tiennent le haut du pavé. Tout en trainant, malgré des exemples transcendants et positifs, une sale réputation. Face à quelqu’un qui nous en demande trop, n’aurions-nous pas tendance à répondre: « Hé ho, je ne suis pas un robot, hein! ». Un robot, ne serait-ce que ça? Tout dans les biscottos bien huilés, rien dans l’âme? Les robots fascinent, en tout cas. Visez le retour en grâce de Goldorak par une équipe de Frenchies, et vous aurez une idée du phénomène: les êtres mécaniques ne sont pas des vieilleries. Encore faut-il savoir renouveler, réinventer, réenchanter ou réensorceler le thème. La BD a su le faire, ces derniers mois, naviguant entre steampunk et futur proche, entre les camps des alliés et des ennemis, la programmation et les émotions. Pêle-mêle, pour les adultes ou pour le tout public, voilà une petite sélection de lectures sympathiques, remuantes aussi. Je vais vous parler de Malcolm Max, de RUR, de Rev, des Coeurs de ferraille, de Love Love Love ainsi que de Yojimbot. Avec des boulons mais aussi bien plus de chair qu’on ne se l’imagine. Le robot est un animal social, a presque dit l’autre. Après Malcolm Max, R.U.R. et Rev, place à l’album le plus jeunesse, le plus tout public: Les coeurs de ferraille.

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Résumé de l’éditeur : Dans un monde rétrofuturiste où les humains vivent entourés de serviteurs robots, la jeune Iséa préfère se réfugier dans Cyrano de Bergerac, film conseillé par Tal, sa seule amie, qu’elle ne rencontre que par écran interposé. Mais le jour où Debry, sa robot-nounou adorée, est renvoyée par sa mère, le fragile équilibre de l’adolescente s’effondre. Coûte que coûte, Iséa décide de retrouver la seule personne qui lui ait jamais donné de l’amour, fût-elle un robot… Accompagnée par un camarade d’école, Tilio, elle va partir vers l’étrange ville de Tulpa…

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Sans doute plus adapté au grand et tout public que ce que je vous ai présenté auparavant, ce premier tome des Coeurs de Ferraille est un autre sacré coup de coeur. Après Les Tuniques Bleues, dont il reste quelques traces (dans l’ambiance, quand un antique fourgon, à la place d’une caravane, fonce à travers le désert, par exemple), BéKa et Jose Luis Munuera semblent s’être trouvés et partis pour une longue et belle collaboration, scellée dans ce premier tome de 68 planches (s’il vous plaît!) inaugurant une série de contes familiaux et modernes.

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Oui, bon, des séries comme ça, il commence à y en avoir à la pelle. Sauf qu’ici, là encore, Les coeurs de Ferraille ne ressemble à rien de connu et se fonde dans l’anachronisme et le paradoxe. Si les enfants suivent les cours dans des classes très vintage, règles de bois et tableau noir à l’appui, ils ont dans les mains un tout petit projecteur. Qui permet par exemple à Iséa de visionner inlassablement le film Cyrano de Bergerac (et pourquoi pas, quand il en aura fini avec Dickens, voir un jour Munuera adapter le classique d’Edmond Rostand? ça donne envie!) ! Ou de faire des visioconférences, non sans utiliser des filtres qui vous font passer pour qui vous n’êtes pas. Dans les apparats et dans le décor, nous aurions pourtant juré être quelque part au début du siècle passé, une technologie très rudimentaire (par rapport à ce qu’on connaît de nos jours, car ce sont déjà des prouesses, ne nous y méprenons pas) passe dans le paysage (bateau-mouche, biplan, train à vapeur), le travail a lieu manuellement dans les champs. Vraiment, on s’attend à un climat pré-abolition de l’esclavage et de la traite négrière. Et il s’installe, sauf que les « coups de fouet », ici, seraient plutôt destinés aux esclaves mécaniques. Ils sont vêtus comme des humains, mais les robots sont bel et bien des esclaves modernes, de haute facture, avec du vocabulaire et une faculté à se glisser dans des rôles très différents.

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Nounou par exemple! C’est ce qu’est Debry, et peut-être bien plus encore, pour Iséa. Il y a entre ces deux-là bien plus qu’une relation de maître à servant. D’autant plus que la mère d’Iséa, c’est une poigne de fer dans un gant… de fer. Jamais là et peu avenante. La question se pose parfois: qui sont les vrais parents entre ceux qui nous ont faits, de manière mécanique, et ceux qui nous élèvent, nous nourrissent d’amour, de fierté, d’attention? Le thème cher des BéKa se retrouve ici dans un emballage très audacieux et original, qui a vite fait de porter Iséa, mais aussi Tilio, qui n’est pas vraiment son ami au grand désarroi de celui-ci, à travers les campagnes, les bayous, les champs de ruines aussi. Car, résolument, ici, on n’aime pas non plus que les robots sortent du rang. On les laisse s’habiller comme des humains mais, surtout, qu’ils restent dociles! Mais, encore une fois, est-ce une vie, même sous la ferraille? Faut-il toujours que l’homme se trouve un ennemi, un plus faible, même quand il n’est plus parmi ses semblables?

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Pas forcément question de respecter les lois fondamentales d’Asimov, les BéKa et Jose Luis Munuera, qui ont co-écrit le scénario, mais aussi Sedyas qui a trouvé des couleurs et un grain parfait pour porter cette histoire entre les époques, se laissent porter par leur univers et les caractères affirmés de leurs personnages. Pas de formatage, ici, chacun semble avoir son existence propre, son tempérament, pour diriger l’action dans les pages. Il n’y a pas de forcing entre les auteurs et leur créature, tout coule de source et évite dès lors les clichés pour mieux créer un univers qui s’avère touffu et intime. Jose Luis Munuera, lui, fascine une nouvelle fois, peut-être encore plus que par le passé, en trouvant le juste ton de dessin en dépassant le semi-réalisme quand cela s’avère utile. Les enchaînements sont magnifiques, de la douceur à l’horreur, de l’avant-plan à l’arrière-plan, on sent un vrai amour et un vrai plaisir à aborder cet univers déconcertant au premier abord mais qui a tellement de force visuelle et textuelle que tout se tient. Avec beaucoup d’émotion et un sens du partage inné.

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À lire chez Dupuis.

Preview avant quelques petites indiscrétions sur les projets de cet auteur qu’on adore!

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Et voilà ce que l’Espagnol a partagé ces derniers temps, ce qui augure du bon!

 

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