Ici, à l’AB, la nuit a tout enseveli : Feu! Chatterton a tout rallumé, tout brûlé, dans une ferveur phénoménale

Incandescents cadavres, humanoïdes passionnés, poètes réincarnés, saltimbanques chevaleresques, rockeurs ardents, Feu! Chatterton est apparu à Bruxelles, ce samedi, sur les planches de l’Ancienne Belgique pleine à craquer. La nuit était noire et froide, les cœurs chauds exultaient. À coup de Bic Médium, Feu! Chatterton a (encore) écrit une bien jolie page, enluminée d’or et de beaux mots.

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Feu! Chatterton @Ancienne Belgique (8)

20h30. Fébriles, nous avons rendez-vous. Feu! Chatterton nous attend, ils sont revenus pour enflammer Bruxelles et sa mythique Ancienne Belgique. Le public trépigne, certains sont déjà des habitués, d’autres en sont au premier contact. Ils n’ont plus à nous convaincre (nous étions parmi les premiers à en avoir parlé en Belgique, on est désormais des milliers à ne rater aucun de leurs passages), convertis depuis cette nuit de mai 2015 où, telle une apparition dans la tiédeur de l’Orangerie, ils ont surgi.

Ce soir, ils vont apparaître à nouveau, embraser la plaine pour s’élever, eux et leurs fervents, tout là-haut où planent les oiseaux et les Boeings. Ils ne se feront pas attendre, ils sont déjà assez désirés. Ils ne joueront pas non plus longtemps au chat et à la souris, car des deux côtés de l’estrade, cœurs et âmes sont prêts à vibrer. Sous nos pieds, le sol s’ébranle alors que des silhouettes se dessinent sur la scène. Docile, le public saisit la main du poète pour rencontrer cette exquise Ginger, jamesbondienne, laissant la ville dans les ombres pour un voyage délirant et chimérique. Le spectacle a commencé.

Et de Ginger en Concorde, voilà que nous voguons sur les ailes de ce flamboyant oiseau, à la conquête d’un navire submergé en Méditerranée. Feu! Chatterton semble insubmersible face à ce public belge qui jubile. L’énergie déborde, mais il faut respirer, remplir ses poumons le temps d’un interlude conté par Arthur puis, déjà, repartir. Sauter dans un avion long-courrier s’élever dans la nuit pour s’éveiller à une aube nouvelle. Le voyage continue. En fait, il ne fait que débuter. Si nous connaissons l’itinéraire par cœur depuis un moment, nous nous laissons guider, les yeux fermés.

Feu! Chatterton @Ancienne Belgique (6)

Un volatile se dévoile, les oiseleurs se réveillent. Sans question aucune, nous partons à la poursuite de cet oiseau merveilleux, pigeon de nos cœurs, infatigable oiseau moqueur. Le piaf n’est pas bleu, mais féerique comme celui de Maurice Maeterlinck, renfermant sans doute lui aussi le grand secret des choses et du bonheur.

Ascensionnels, les riffs nous ramènent soudain les pieds sur terre ; un rade point à l’horizon. L’ivresse est là, embrumant déjà les esprits. Ça y est voilà, je suis raide, scande Arthur. Ça y est voilà, je suis raide, je répète. Cette nuit, où vous m’avez eu…

Ils nous ont eus encore une fois, pas de doute ! La folie nous guette ! Pas envie de prendre la poudre d’escampette ce soir, pas envie d’entendre les voix se taire, l’aliénation est si savoureuse. Ivresse et folie nous entraînent pour un tour supplémentaire sur ces montagnes russes, dont chaque tour est plébiscité par un public qui n’a jamais été aussi enthousiaste (si on n’était en configuration debout, on pourrait dire que c’est une standing ovation à chaque instant) tandis que nos romantiques saltimbanques nous offrent ce cadeau que nous n’avions plus entendu depuis longtemps ; 15 minutes de volupté au son de leur sublime Bic Médium. Les corsages sautent, l’amour jaillit, ad vitam aeternam. Arthur souffle ses mots doux à nos oreilles, à droite et à gauche deux augustes guitares se répondent, lascives puis de plus en plus ardentes. Le petite mort nous guette ! Bic Médium, qu’attends-tu de nous ?

Feu! Chatterton @Ancienne Belgique (3)

Et voilà que l’heure tourne, mais il est encore temps pour quelque grand voyage. Nous quittons le linoléum happés par la fenêtre pour s’en aller flâner dans la pinède parfumée, l’amour nous y attend, encore lui. Toujours lui ! La fièvre s’empare d’un public communiant tandis que tout autour, la forêt s’embrase. La sylve consumée par l’amour s’efface dans un tourbillon pour laisser entrapercevoir ces côtes mexicaines où Cortez est venu chercher l’or et trouver sa si belle Malinche. C’est reparti pour un tour d’éréthisme. Et je reste à l’AB, nous crie Arthur. Oh oui ! s’époumone l’audience.

Feu! Chatterton @Ancienne Belgique (11)

Bien sûr que nous restons ! Peut-être pas pour toute la nuit (à notre grand dam), mais nos âmes vont encore veiller pour une dernière ronde à la lueur rougeoyante de nos souvenirs emmêlés. L’ardeur retombe, pour laisser ondoyer les corps lentement au gré de cette douce poésie chantée qui nous rappelle que le passé vient bien plus vite qu’on ne pense. Si ce présent doux-amer nous transcende toujours, nous savons que ces moments rejoindront bientôt les ombres du passé ; l’heure fatidique du dernier train approche.

À l’applaudimètre, ce soir, nos cinq cadavres exquis ont raflé toutes les mises ; l’amour, la ferveur, l’exaltation, des deux côtés de la scène. Ils reviennent, ravis, pour un dernier tour de piste. Ils nous ouvrent les portes de la Corse et de Sari d’Orcino ; le charme opère toujours. Après avoir retourné l’Ancienne Belgique, le quintet déroule toute la douceur qu’on lui connaît. Le paysage défile le long de cette route qui nous ramène peu à peu vers la réalité. Et ainsi, le voyage prend fin, aussi onirique et grisant que les précédents.

Feu! Chatterton @Ancienne Belgique (15)

Ce périple, nous aurions pu le continuer jusqu’aux premières lueurs de l’aube. C’est vrai, il manque des tampons sur notre passeport. Si nous avons vu l’inespérée Syracuse (de Salvador, évidemment), nous n’avons pas arpenté les rues de Harlem, nous ne nous sommes pas heurtés à la Porte Z, aussi, aucune trace d’Anna sur la place. Il faut en laisser pour la prochaine fois.

Ici, la nuit a tout enseveli, il ne reste que des souvenirs d’un énième concert brûlant de Feu! Chatterton. Nous courrons dans les rues Bruxelles, traversons la Grand-Place, belle mais silencieuse. Leurs mélodies rythment encore nos pas au fur et à mesure que nous laissons l’Ancienne Belgique dans le brouillard. Je serai la rouille se souvenant de l’eau, nous serons les cœurs se souvenant de Feu! Chatterton ! Voilà que nous rêvons déjà à la prochaine rencontre. Car nous nous reverrons, c’est certain, à Sari d’Orcino, peut-être, ou alors à Charleroi

Feu! Chatterton @Ancienne Belgique (12)

Feu! Chatterton sera prochainement de retour en Belgique, le 9 mars prochain à l’Eden de Charleroi

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