Feu! Chatterton, ces incandescents cadavres qui ont embrasé le Botanique!

Le samedi 17 octobre, l’Orangerie du Botanique (Bruxelles) accueillait un groupe singulier à l’aura intemporelle, notre coup de cœur depuis bientôt un an, j’ai nommé Feu! Chatterton bien sûr. Le quintet français a offert à un public passionné un concert épique et surtout unique! Nous les avions vus une première fois, leur première fois en Belgique, aux Nuits Botaniques, nous les avions revus aux Ardentes cet été, et puisque jamais 2 sans 3, nous ne pouvions pas les rater pour ce nouveau concert à Bruxelles, à l’Orangerie cette fois. Nous les avons interviewés et avons profité d’un concert intense! Et après ce concert enivrant nous pouvons affirmer sans peine, que ça ne sera pas la dernière!

Feu! Chatterton-Branchés Culture (1)

Tim Dup, entre fraîcheur et maturité

20h, le soleil s’est couché depuis un moment déjà sur Bruxelles et le Botanique se remplit peu à peu de mélomanes désireux de se plonger dans l’univers ardent de Feu! Chatterton. Mais avant ça, sur la scène de l’Orangerie ce ne sont pas les fameux dandys qui prennent place mais un jeune garçon, la vingtaine à peine, qui s’installe derrière un synthétiseur. Ainsi seul sur scène, il en impose immédiatement par les émotions qu’il véhicule par sa seule voix, tantôt chétive, tantôt puissante. Il s’appelle Tim Dup et s’il entame timidement son set, c’est magistralement qu’il quittera la scène, sous les applaudissements d’un public apparemment conquis par son univers déjà bien en place malgré son jeune âge. Une bien belle mise en bouche pour une suite tant attendue.

Tim Dup - Orangerie 2015

Que dis-tu de prendre le large

21h, le public s’impatiente et enfin… Les voilà qui font leur entrée avec une classe inégalable. Arthur, le chanteur, ce dandy moderne si charismatique, prend place derrière son micro. Dans son costume sombre très vintage, on le croirait tout droit sorti d’un film en noir et blanc. Tous les cinq paraissent surpris d’un tel accueil du public, si chaleureux. Mais, sans l’ombre d’un doute, cette ovation est méritée et aucune des personnes présentes ce soir-là ne dira le contraire! Pour commencer ce périple, Feu! Chatterton nous invite sur le magnifique Pont Marie, nous invitant à prendre le large avec eux. Et, portés par cette musique exaltante et cette voix envoûtante, nous posons un premier pied dans cet univers poétique, débordant d’ombre et de lumière, qui est le leur. Le voyage s’annonce d’ores et déjà incroyable.

Feu! Chatterton 2015 - Botanique (1)

«Feu! Chatterton, incandescents cadavres pour vous servir…»

Immédiatement, c’est un lien unique qui se créé entre le groupe et son public, très éclectique parmi lequel se retrouve une majorité de quadragénaires mais également deux enfants accompagnant leur père, grand fan, et même un jeune couple français ayant fait le déplacement pour le concert. «Nous sommes Feu! Chatterton, au cas où vous ne seriez pas au courant, incandescents cadavres», risque Arthur, toujours aussi surpris d’un tel engouement. Et le voyage se poursuit au cœur de la folie, cette fois. S’ils sont «fous à lier, marteau comme ici les requins», alors, nous le sommes également. Une vague de ferveur s’empare peu à peu du public, électrisé par cette chanson, en oubliant presque où il se trouve. Le temps n’a plus de prise.

Feu! Chatterton 2015 - Botanique (4)

Nos cœurs s’embrasent…

Le voyage se poursuit et bientôt nous nous retrouvons sur les côtes de la Méditerranée, il pleut et nous voyons sombrer face à nous le Costa Concordia. Notre auguste Arthur déclame le texte déchirant du Côte Concorde. C’est un véritable cri du coeur et cette question nous est jetée au visage avec toujours plus d’émotion: «du ciel tombe des cordes faut-il y grimper ou s’y prendre?» Comment réagir face à une telle oeuvre littéraire et musicale, déjà percutante en version studio, mais qui prend tout son sens en live? Nous quittons la côte pour mieux nous enfoncer dans la pinède sombre et menaçante, théâtre de petites et de grandes morts, de premières fois louches, maladroites et décevantes. C’est la salvatrice Mort dans la Pinède qui se joue devant nous!

Feu! Chatterton 2015 - Botanique (42)

Amour fou 

Laissant la forêt derrière nous, nous rejoignons une nationale pour y faire la rencontre d’une douce orpheline, prénommée Ophélie. À peine le temps de sortir de cette atmosphère rétro que déjà, nous nous déhanchons sur le diabolique Boeing, ravis de constater le parfait équilibre entre anciens et nouveaux morceaux.

Feu! Chatterton 2015 - Botanique (49)

Ad vitam aeternam, ad vitam

Tout y passe le fantastique À l’aube, le magistral Long du Léthé toutes ces pérégrinations musicales, littéraires et même théâtrales semblent nous mener vers un point culminant; la chanson sans doute la plus impactante parmi ces poètes modernes. Le fameux stylographe Bic Médium bleu fait son apparition pour scarifier dans nos mémoires troublées le souvenir de ce concert. «Bic Médium, qu’attends-tu de moi?» s’époumone Arthur dans un élan de folie impressionnant. C’est sur cette oeuvre de plus de quinze minutes que l’on se rend vraiment compte de l’étendue de leur talent. Le texte, l’interprétation tout est parfait. En particulier les guitares qui semblent se répondre le plus naturellement possible. Le temps se suspend, Feu! Chatterton est partout. Sur la scène, certes, mais également dans la salle, il fait danser cette quinquagénaire frivole à côté de moi, il fait chanter ce jeune français à ma gauche, en miroir à ce chanteur qui semble être son héros, il créé cette communion biscornue qui nous encorde tous.

Escale ensuite sur les côtes du Golfe du Mexique où nous attend la Malinche, la seule et unique. Pour notre plus grand bonheur, cette version live s’éternise portée par des guitares une nouvelle fois superbes. Oh oui!

Feu! Chatterton 2015 - Botanique (66)

Rien n’était plus beau qu’aujourd’hui

La fin se fait de plus en plus pressante, pourtant l’énergie dans la salle est telle que le temps semble perdre sa prise sur nous, sur eux. C’est l’effet Feu! Chatterton… Arrive alors le temps de quitter la scène, mais les aurevoirs ne sont pas encore pour tout de suite, nous ne pouvons les laisser partir de la sorte. Ils ont encore de nombreuses histoires à nous raconter… Comme celle de la sublime Porte Z qui s’écoute presque les yeux fermés pour apprécier cette sublime et magistrale harmonie de voix, de batterie et de beats magistral, de guitare et de synthé. L’ensemble est à tomber.

Feu! Chatterton 2015 - Botanique (76)

Il est déjà venu le moment de quitter la scène, pour la seconde fois, mais pas encore la dernière. Acclamations. Cris. Applaudissements. Le public ne veut qu’une seule chose, Feu! Chatterton. Et les cinq gars, honorés, ne peuvent rien faire d’autre que de revenir pour un dernier tour de piste. Cette fois, nous nous dirigeons vers Harlem, une autre pépite de ce premier album, Ici le Jour (a tout enseveli). Cette fois c’est la der des ders, ils ne reviendront pas et les adieux sont retentissants de cette ferveur qui s’est immiscée en chacun de nous au fil de cette heure-plus-que-trente de concert. Ils quittent la scène, comme ils sont venus, avec simplicité, classe et reconnaissance. La fin «tombe comme un rideau métallique». Les lumières se rallument et le retour à la réalité est ardu : dans dix minutes notre train quittera la gare. C’est donc au pas de course que nous laissons cette Orangerie derrière nous. Remontant la Rue Royale en courant, je sens les derniers effluves de Feu! Chatterton et sa mélancolie palpable s’éloigner de moi de plus en plus, mais les souvenirs, eux,  resteront gravés…

Feu! Chatterton 2015 - Botanique (82)

Par Alizée Seny

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