D’où personne ne revient est un excellent thriller. Une histoire complexe avec des personnages denses et une intrigue qui vous tient éveillé même quand vous tombez de sommeil. Lu en moins de 36h, j’ai adoré. On retrouve le plaisir de l’écriture de Clarence Pitz, avec tous les petits détails qui rendent le récit vrai : les petites frites croustillantes de la fin du sachet, la couleur du curry et son odeur presque lourde, les grains de sable qui se détachent des semelles des chaussures et parsèment un bureau… L’autrice est anthropologue et grande amatrice de thriller et cela se sent dans son écriture. Elle est curieuse de l’humain, d’ici et d’ailleurs, et nous le raconte avec une précision au service de son intrigue. Et quel bonheur de renouer avec la Clarence Pitz de La parole du Chacal qui m’avait tant séduit. Mais ne vous y trompez pas, c’est aussi la noirceur et le pire de l’humanité qui ressortent dans ses romans… Et celui-ci a un attrait particulier puisqu’il relate des événements se déroulant sur l’ile de la Sentinelle (qui existe) coupée du monde (comme dans la réalité) avec une population hostile (et qui a réellement commis des meurtres) envers tout étranger qui essaie d’accoster. La population de l’île et le territoire qu’elle occupe font d’ailleurs l’objet d’un statut spécifique en Inde. Et l’autrice intègre, dans son intrigue, de nombreux faits réels. Ce qui la rend encore plus passionnant !
Résumé de l’éditeur :
Le monde est grand. Nous devons accepter que certains territoires nous soient interdits.
L’île de la Sentinelle. La mort attend quiconque ose s’aventurer sur cette langue de terre bordée par les eaux turquoise du golfe du Bengale. Marie Seghers en sait quelque chose : les habitants de l’île viennent d’assassiner, à coups de flèche, son frère, son fiancé et leur guide. Elle-même ne doit sa survie qu’à l’intervention miraculeuse de l’armée indienne.
Mais que faisait cette riche héritière belge sur ce lieu interdit ?
L’inspecteur Narayan, fervent défenseur des droits des peuples protégés, est bien décidé à faire de Marie un exemple et à l’envoyer croupir en prison.
De son côté, Parvadhî, avocate indienne chargée de la défense de la jeune Belge, découvre un lien mystérieux entre cette affaire et celle, très ancienne, du » tueur à la torche « . Un homme qui assassinait des enfants intouchables, et qui vient justement d’être libéré…
Après avoir dirigé le Casier judiciaire de Bruxelles pendant sept ans, Clarence Pitz change radicalement de carrière pour devenir professeure d’anthropologie et d’histoire de l’art. Grande amatrice de polars et autre littérature noire, elle se lance dans l’écriture avec des romans qui mêlent culture, anthropologie et suspense. Ses quatre premiers romans – La Parole du Chacal, Ineffaçables, Meurs mon ange et Les enfants du serpent – , parus chez IFS « Phenix Noir » en Belgique, sont repris en poche chez Folio Policier. Clarence Pitz écrit également des romans pour la jeunesse, publiés aux éditions Auzou.
Au-delà d’une intrigue totalement captivante, complexe, à plusieurs étages, ce qui rend cette histoire encore plus spéciale et intéressante, c’est le cadre dans lequel elle se déroule. Bien que les personnages de Marie, Louis, Jaya, Rohan, Takulu et les autres soient fictifs, il n’en demeure pas moins que cette histoire est très ancrée dans le réel. Et qu’approcher de cette île se solde la plupart du temps par la mort.
Et c’est entre l’Inde et la Belgique que l’histoire s’installe. Marie est née en Inde mais vit en Belgique depuis l’enfance. Elle est issue d’une famille très riche et souffre de terribles migraines – des algies de la face. Et toute la richesse de la villa de ses parents à Bruxelles, au Zoute ou les grands hôtels qu’elle fréquente ne la rend pas heureuse. Car la douleur est tellement puissante et destructrice, que Marie la surnomme la bête… Sa vie n’est pas à la hauteur de ses attentes car la maladie l’empêche de faire de grandes études ou d’avoir un vrai boulot. Après un nouvel échec à Cambridge, elle décide de partir à la rencontre de son pays de naissance et de son oncle dont elle n’a aucun souvenir.
Et l’intelligence de l’autrice choisit de placer cet oncle au sein de la communauté d’Auroville (déjà rencontrée dans Rouge Karma de Jean-Christophe Grangé) dont le climat très particulier ne fait qu’ajouter en perte de repères. Une communauté fondée par une femme que tous appellent La Mère. Une communauté où personne n’est propriétaire de sa maison mais elle reviendra au groupe à la mort de son occupant, une communauté où chacun travaille au service de l’ensemble et est nourrit et logé en échange…
Et c’est bien ça qui est captivant. Car dès qu’on ouvre les pages de D’où personne ne revient, on oublie le monde réel, on quitte ses certitudes, son confort, sa vie habituelle et on commence un voyage totalement désarçonnant, fait de rencontres, de meurtres, d’enfants kidnappés et brûlés, de corruption, d’ethnies peu connues et de peuples renfermés sur eux-mêmes. Mais aussi des couleurs et de la chaleur moite de l’Inde, des rues bruyantes et encombrées, de la pollution de Pondichery. C’est une expérience immersive que de lire du Clarence Pitz et j’adore ça.
De la même autrice, chroniqué sur Branchés Culture :
Une réédition augmentée et réussie pour La parole du Chacal, toujours aussi moite et trouble !
Clarence Pitz nous offre un huis clos à ciel ouvert, époustouflant, en pays Dogon
Autrice : Clarence Pitz
Titre : D’où personne ne revient
Editions : Belfond Noir
Sorti le 26 mars 2026
400 pages
Prix : 21,50 €




