Habemus Bastard : depuis Soda, la soutane n’est plus si bonne comme couverture ni comme gilet pare-balles, même dans le Jura et entre les mafias

© Schwartzmann/Vallée/De Cock chez Dargaud

Si vous passez un jour par Saint-Claude, dans le Jura, et que vous entrez dans son église, Notre-Dame de l’Assomption, accessible malgré les échafaudages installés depuis perpète, ne vous étonnez pas d’y trouver un drôle de prêtre. Pour leur première collaboration, Jacky Schwartzmann et Sylvain Vallée (Il était une fois en France, Katanga, Tananarive) vous briefent, sous une soutane qui aura du mal à servir longtemps de gilet pare-balles. Vous n’allez pas en croire vos yeux et vos oreilles.

Résumé d’Habemus Bastard par Dargaud : Un homme de main n’a pas droit à l’erreur. Lucien le sait, son patron ne lui pardonnera pas. Il aurait pu faire n’importe quoi pour sauver sa peau : prendre un avion pour l’étranger et tenter de se faire oublier, s’engager dans la Légion ou même changer de tête. Mais il a trouvé mieux : une soutane.

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© Schwartzmann/Vallée/De Cock chez Dargaud
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Double emploi pour les curés! Si le cinéma est habitué à nous servir des prêtres exorcistes, la BD aime utiliser les prêtres dans des contre-emplois savoureux, quitte à sortir les guns. Après David Solomon (alias Soda), voilà donc Lucien ou plutôt est-ce Philippe, dans Habemus Bastard. Oui, c’est cet homme dont le cou enserré par le col d’une soutane le démange. Un peu plus bas, la croix est bien là. La neige tombe mais c’est une tache écarlate sur les doigts et sur la manche retroussée qui attire l’attention. Du sang, du vin de messe? Le héros fait la moue mais on ne voit pas son visage. « Cut » sur cette couverture. Et ce sera encore le cas sur la couverture du tome 2.

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Mais revenons à Saint-Claude, là où débarque Lucien-Père Philippe, sans avoir vraiment pris le temps de préparer sa venue, et sa couverture. Le meurtre de l’homme dont il a pris la place ne s’est pas non plus très bien passé, faut dire. Saint-Claude, donc, son église en rénovation (on sait quand ça commence pas quand…), son café, son local de catéchisme, son marché, son entreprise de construction et son presbytère pas franchement luxueux. Les montagnes derrière sont majestueuses. Pour le reste, le nouveau « curé » se demande où il est tombé. Mes bien chères soeurs, mes bien chers frères, il va casser les codes. Se réserver les hosties et la vinasse pour l’apéro en solo, devant ses ouailles, et leur expédier son sermon en cinq minutes. Forcément, les bigotes sont révoltées, d’autres adoptent cette messe new look. Il paraît qu’il s’en trouve même qui y prennent du plaisir. Les enfants ne sont pas en reste, du fils dealeur de la bonne du curé à l’enfante de choeur un peu retorse aux yeux de laquelle Lucien ne fait pas illusion. 

© Schwartzmann/Vallée/De Cock chez Dargaud
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Faut dire que cet homme armé jusqu’aux dents est fébrile. Il planque des flingues un peu partout, a peur du moindre bruit (et les marteaux-piqueurs ne sont pas en reste dans le coin). Croisement entre Clint Eastwood et Benicio Del Toro, Lucien est imprévisible. Et ce qui va lui tomber dessus l’est aussi. Ce premier tome (sur deux) est en train d’huiler l’engrenage. Saint-Claude est un vase clos, un huis clos dans lequel les auteurs ont placé des points d’acupuncture qui risquent de faire mal et d’exploser. Mais, en plus, en dehors de cette sainte ville, le monde continue de tourner. Et les têtes de tomber. Lucien qui est déjà recherché par des hommes pas très recommandables. Voilà que le Père Philippe, au-dessus de tout soupçon, est lui aussi recherché par d’autres truands. Trop pour un seul homme?

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Avec 80 planches, un premier chapitre généreux, qui permettent à Jacky Schwartzmann et Sylvain Vallée de mettre les choses en place tout en prenant de l’espace et du temps pour bien planter le décor et ce personnage qui se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère. Il neige dehors, il bout à l’intérieur, et Elvire De Cock livre comme à son habitude une belle partition aux couleurs, renforçant les contrastes, l’humour comme la violence et la dramaturgie. Les premières scènes sont d’une telle intensité!

© Schwartzmann/Vallée/De Cock chez Dargaud
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Comme la couverture le laisse présager, le lecteur se retrouve face à un personnage-mystère, on ne sait rien de lui. Et tout ce qu’on imagine de lui contribue à apprécier le rôle de serviteur de dieu (« le plus cruel des génocidaires », pense-t-il) complètement à côté de ses préoccupations habituelles. Avec une galerie de protagonistes patibulaires, bons comme le pain ou entre les deux (avec des allures de héros de vieux films français comme on n’en fait plus), le duo d’auteurs initie les bases d’un récit qui pourra partir dans tous les sens, pour notre plus grand bonheur espère-t-on.

© Schwartzmann/Vallée/De Cock chez Dargaud
© Schwartzmann/Vallée

En tout cas, jusqu’ici, Habemus Bastard prend le contre-emploi de Soda en vivant en temps réel les émotions d’un héros coincé 24h/24 dans sa soutane. Et qui ne peut pas vraiment y échapper, même si ce n’est pas sa vraie nature. Lui, c’est une bête de sang-froid et ce nouveau rôle, qu’il s’est pourtant choisi, a tendance à le faire bouillir, le faire péter un sacré câble. Dans ce registre, Sylvain Vallée se révèle une nouvelle fois sacrément doué et tout-terrain. La franche rigolade est bien là mais la tension aussi car l’étau se resserre. Et alors que Lucien lâche prise pour la première fois, sa carrière de prêtre s’apprête, on le sent, à prendre un tournant déterminant. Il a mis quelques claques mais n’a encore tiré aucune balle. Ça ne va pas durer. Habemus pan pan.

Un extrait du tome 2. Lucien n’avait pas encore tiré jusqu’ici, ça ne va pas tarder © Schwartzmann/Vallée

À lire chez Dargaud.

Preview:

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