En manque de festivals ? Nicolas Petrimaux vous gâte dans l’Acte 2 du rock’n’roll Il faut flinguer Ramirez

Un petit moustachu qui n’a l’air de rien, qui ne ressemble à rien, ça nourrit bien un gag ou un troisième rôle mais pas une histoire au long cours ! Encore plus en sachant que ce petit machin ridicule est muet – d’ailleurs peut-être est-ce pour ça qu’il a embrassé une carrière de spécialiste des aspirateurs et leur vacarme. Pourtant, c’est avec cet improbable héros que Nicolas Petrimaux a tué le game dans un road-trip halluciné, sexy et enflammé, semant des brigands, les références et le carnage un peu partout. En matière de divertissement, lourdement équipé, l’auteur ne laisse que des miettes à ses concurrents. Inspirez, aspirez, retenez votre souffle. 

Résumé de l’éditeur : Suspecté d’être impliqué dans l’attentat visant la Robotop, Jacques Ramirez est désormais recherché par la police de Falcon City ! Alors qu’un étrange personnage ressurgit dans sa vie, il décide de fuir la ville en compagnie de Chelsea Tyler et Dakota Smith. Mais les hommes du cartel n’ont pas dit leur dernier mot. Ils feront tout, absolument tout, pour retrouver l’homme qui les a trahis. Jacques se retrouve embarqué bien malgré lui dans une chasse à l’homme aussi explosive que pittoresque. L’occasion idéale pour régler certains conflits familiaux et profiter des richesses qu’offre l’État d’Arizona.

« Ne feuillette pas trop cet album, tu risques de te faire SPOILER très fort ». Pas de chichi, via un sticker collé là comme une promesse, ce deuxième acte de la pétaradante aventure dans laquelle Nicolas Petrimaux et ses personnages durs à cuire n’y vont pas par quatre chemins. C’est comme si on était à la maison, le tutoiement est de rigueur, et les conseils à un ami aussi. Pourquoi aller trop vite, au risque de divulgâcher l’intrigue incendiaire de l’auteur, quand on peut faire confiance à la marchandise qui nous est refourguée pour un petit billet.

Il est vrai qu’après le premier épisode, totalement réjouissant, j’avais peur. Parce que de ses planches emmenées à tombeau ouvert d’une entreprise élisant son employée du mois au parking d’un supermarché bientôt dévasté, tout en se payant le luxe de croiser le chemin de deux braqueuses sulfureuses qu’il ne faut pas chercher, dans cette mécanique bien huilée du rythme et de l’action, je me demandais comment Petrimaux allait pouvoir garder le pied au plancher (avec de sacrés bolides), faire mieux… ou pas moins bien. La barre était haut pour un gars qui avait peut-être eu la chance du débutant. C’était son deuxième album au dessin, seulement, après un passage chez les zombies d’Olivier Peru. Le premier au scénario, aussi.

Bon, le gaillard ne venait pas de nulle part: oeuvrant depuis une quinzaine d’années dans les mondes du jeu vidéo, du storyboard mais aussi du cinéma et des effets spéciaux (et ça, il y en a dans Ramirez). Un solide bagage qui me réconfortait de la possibilité d’être déçu.

À raison. Dans ce deuxième album, une fois passé le baptême du feu (oh il y a encore de belles flambées, ici), Nicolab nous en met plein la vue, comme si nous n’avions encore rien vu, il lâche les chevaux dans une course-poursuite à travers le pays qui soulève la poussière et les caillots de sang. Embarqué avec les burnées Chelsea et Dakota (fantômes de Thelma et Louise, clin d’oeil et faux papiers à l’appui), notre antihéros se montre toujours aussi peu bavard, bec dans l’eau et yeux tout écarquillés. Là où ce genre de personnages peut être un sérieux handicap pour un auteur développer sa psychologie, c’est tout le contraire qui se passe. Parce que Ramirez (qui est un peu à cet univers ce que, toutes proportions gardées, Norbert Dragonneau est aux Animaux Fantastiques) est toujours accompagné d' »acteurs » suffisamment en contraste avec lui que pour apprendre de lui. Puis, il y a cet aïeul, figure de mafieux, qui prétend que les chiens ne font pas des chats alors que notre prétendu aspiratueur cache bien ses aptitudes de killer.

Mais pas le temps de s’interroger sur cette amnésie ou cette imposture, il y a le feu au lac (et à la station-essence) et les méchants (enfin ceux qui sont un peu plus que les autres, notamment Ramon Perez, rien à voir avec Shimon) se rapprochent. Pourtant Ramirez, lui, n’a qu’une obsession dans sa fuite, rejoindre un incroyable festival de rock où se produisent deux groupes mythiques qui risquent de se disputer le statut de tête d’affiche. Naturellement, rien ne va se passer comme prévu et il va y avoir des morts. Y compris dans les personnalités déjà emblématiques de la série. La police, emmenée par un ersatz de De Niro, n’y pourra rien: Petrimaux est sans concession. Ça nous fait du mal tout en nous faisant du bien, pas de sentimentalisme dans cette grande baston n’ayant rien à envier aux Avengers, si ce n’est le terre-à-terre, poudre-à-poudre (à canon, bien sûr). Mais rien n’est sacrifié à l’action, et de grandes discussions, savamment caustiques et détonantes, viennent temporiser et construire un édifice qui a de plus en plus de gueule.

Y compris dans ses décors. Ne laissant rien au hasard, l’explosif auteur ne boude pas son plaisir pour remplir chaque case, chaque panorama, de détails cocasses mais aussi réalistes. Parce qu’une ville, une bourgade, sans figurants et sans pub sur les murs, c’est de la fiction. Le trublion crée ainsi des fausses pubs reproduites en grandes dans les intermèdes pour ne rien rater de leur savoureuse parodie, qui font vivre un peu plus cette histoire. Boucher à ses heures de maestria, Nicolas Petrimaux pratique le « y’en a un peu plus, je vous le mets! » et livre un album qui, sans se prendre au sérieux, nous met des paires des baffes monumentales. Un festival! Tapis rouge et oscar, grammy (ben oui, y’a même une BO) et champagne, pour ce western moderne complètement halluciné et rock’n’roll. On en resort les larmes (de rire) aux yeux et le goût de sang et de sable à la bouche.

Série : Il faut flinguer Ramirez

Acte : 2

Scénario, dessin et couleurs : Nicolas Petrimaux

Genre : Action, Humour, Pub, Western, Thriller

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 192

Prix : 22,95€

Date de sortie : le 02/12/2020

Extraits : 

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