Paris, Ville-Monde et monstre sur une lame tendue entre doux raveurs et mafieux féroces : Psykoparis, une série qui poutre!

Dix ans après son premier tome, qui n’avait jamais vu sa suite jusqu’ici, voilà que Psykoparis, le récit déjanté et tranchant imaginé par Tristan Roulot et Corentin Martinage, qui tirent les ficelles de Goblin’s (dix tomes à ce jour et deux best-of), s’offre directement une intégrale. 120 pages d’un grand ménage, nettoyage dans les rues de la Ville-Lumière plus que jamais obscure et glauque, jusqu’au Stade de France transformé en arène pour les gladiateurs des Temps Modernes qui vont allumer le feu. Pour en prendre plein les mirettes.

Résumé de l’éditeur : Un assassin suivi de son loyal caddie. Un ancien gladiateur à la dérive. Des fêtards en cavale. Quand Maman, la vieille usurière qui tient Paris entre ses griffes, se fait voler son carnet de comptes, c’est toute la ville qui bascule dans le chaos. Qui sera le premier à mettre la main sur le petit cahier bleu ?

© Roulot/Martinage/Le Moal/Mikl/Poupart chez Soleil
© Roulot/Martinage

Vous avez de Paris l’image d’une ville qui klaxonne à force d’embouteillages ? Rassurez-vous, voilà de quoi déboucher plein pot les grandes artères, ou même couper court. À l’arme blanche ou à poudre, Tristan Roulot et Corentin Martinage mélangent les genres pour très vite mettre Paris à feu et à sang, à sac, entre des grands méchants acérés issus de toutes les mafias et quelques doux raveurs, naïfs et pas forcément rodés à devoir sauver leur peau.

Surtout quand lors de l’une de leurs pérégrinations festives et anarchiques, ils embarquent le carnet d’une vieille mémère, qui s’avère être la daronne qui tient Paris par les bourses… tout en souffrant d’Alzheimer. D’où l’importance de savoir où se trouve ce foutu carnet qui lui permet de faire chanter ou crier, expirer. Mais, forcément, il y a du monde à l’affût.

© Roulot/Martinage/Le Moal/Mikl/Poupart chez Soleil
© Roulot/Martinage/Le Moal/Mikl/Poupart chez Soleil

Beaucoup de monde. La couverture ne ment pas, c’est un sacré casting qu’ont réuni ici les deux auteurs, toutes les huiles de Paris, du côté de Dieu ou du Diable, même les agnostiques ou ceux qui croient en leurs poings, ou dans la puissance du cône de signalisation (le très très méchant Prospecteur, qui ne pardonne pas), les politiques (avec Jean d’Ormesson en premier citoyen français) ou les mafieux. Sans parler des collectionneurs, des lutteurs. De quoi se marcher sur les pieds ? Non, dans ce récit choral, qui n’en finit pourtant plus de compter les victimes de sa frénésie meurtrière, on passe d’un plan à l’autre, d’un coin à l’autre de ce Paris populaire ou luxueux, insoupçonné (les catacombes, les souterrains inspirés des grandes inondations) aussi, pour suivre le destin de chaque personnage ou groupe.

© Roulot/Martinage/Le Moal/Mikl/Poupart chez Soleil
Recherches © Martinage
Croquis © Martinage
Croquis © Martinage

Il y en a pour tous les goûts, de quoi identifier le lecteur partout en fonction des affinités même si les clichés sont déjoués, tordus pour faire surgir les surprises et l’inimaginable, sorti du cerveau malade, fieffé et redoutable des auteurs. Pourtant, il faut bien avouer que si l’on ne s’y perd pas, on a l’impression que ce gros blockbuster fait de manière artisanale pouvait aller plus loin que ses deux tomes et demi, que les auteurs auraient pu rendre plus riche et plus creusée cette légion de héros ou antihéros passionnants. On imagine bien qu’une série au long cours  aurait pu être envisagée par le duo magique, ou pourquoi pas un prequel ou des spin-off, pour lever le voile sur quelques secrets et ingrédients absurdes de cette première mouture. Des ébauches de scènes supprimées (comme dans les films, mais n’en est-ce pas un avec les effets spéciaux et le « petit » budget du Neuvième Art ?) publiées sur la page Facebook de la série nous aiguillent dans cette voie.

Mais l’histoire se tient, se lit et se vit avec un bonheur incroyable. C’est du grand spectacle qui fait de Paris une Ville-Monde dans laquelle tout est possible, le pire, le surréalisme surtout. En réalité, si Quentin Tarantino souhaite véritablement mettre fin à sa carrière de cinéaste, comme cela semble se préciser, il peut sans souci investir l’Art séquentiel (ce qui avait déjà été fait pour Django Unchained) et Tristan Roulot et Corentin Martinage sont en pole position. On ne peut que les remercier en tout cas d’avoir été jusqu’au bout de ce récit, là où le temps peut peser sur les épaules et le crayon. En fait, avec un peu de bol, Psykoparis aurait pu dès le début devenir un phénomène de la trempe d’un certain Il faut flinguer Ramirez qu’on aurait pu instituer comme un nouveau « Psykoparis ». Nous ne referons pas l’histoire bibliographique et Psykoparis vaut le détour. Un sacré.

© Roulot/Martinage/Le Moal/Mikl/Poupart chez Soleil

Série : Psykoparis

Intégrale

Scénario : Tristan Roulot

Dessin : Corentin Martinage

Couleurs : Jean-Noël Le Moal, MiKl et Julie Poupart

Éditeur : Soleil

Nbre de pages : 120

Prix : 22,95€

Date de sortie : le 05/05/2021

Extraits : 

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