Les fiancées du califat : terrorisme féministe pour les foudres de dieux qui ont perdu la tête

Après avoir mené avec effroi mais une mécanique bien huilée la trilogie Compte à Rebours, l’ex-juge Marc Trévidic, Matz et Giuseppe Liotti offrent un spin-off à leur série et à leur juge Antoine Duquesne, relégué ici à être second rôle. En effet, poussant le réalisme jusque dans l’intime, le trio d’auteurs s’immisce dans la vie d’un petit groupe de femmes prêtes à devenir les martyres du Califat. Pour une égalité homme-femme y compris sous l’égide de la Faucheuse plus que d’un dieu.

Recherche de couverture © Liotti

Résumé de l’éditeur : « Nous avons besoin de toutes les forces que nous pouvons trouver, Cheikh. Et puis, les mécréants ne se méfient pas des femmes. N’est-ce pas toi qui m’as dit qu’il fallait utiliser les points faibles de nos ennemis ? »

© Trevidic/Matz/Liotti/Georges chez Rue de Sèvres

On en a vu quelques fois liées de près ou de loin à des activités terroristes, kamikazes, mais dans leur grande généralité les femmes de l’état islamique, d’Al Kaïda et autres groupements à la sinistre réputation sont rarement mises sur le devant de la scène. Tuer des mécréants reste une affaire d’hommes ayant rendu tyrannique leur prétendu sentiment d’infériorité qui est plus une soif de violence et de racisme visant à éradiquer ou apeurer tout qui possède une autre croyance qu’eux.

© Trevidic/Matz/Liotti/Georges chez Rue de Sèvres

Et si dans ce monde de brutes, certaines femmes radicalisées apportaient leur pierre à l’édifice honteux. Tout est toujours une question de leader, de toute façon, d’une personne impressionnante capable de vous pousser dans une bonne ou une mauvaise direction, de faire ressortir le meilleur ou le pire de vous. « S’il te dit de te jeter d’en haut d’une falaise, tu le ferais? », entend-on souvent dire aux enfants en guise de remontrance après une excuse du genre « il m’a dit que je pouvais ». Dans Les fiancées du Califat, point d’enfant mais une stérilité à toute épreuve et la naïveté de croire que l’agressivité, meurtrière, pourra changer les choses et les rapports d’un coin à l’autre du globe.

© Trevidic/Matz/Liotti

Même si, pour le coup, c’est bien à Paris qu’Oum Ghalib, Oum Khadera, Zohour, Dawiya et consorts sont plus ou moins intégrées, se servant de la burqa pour cacher les femmes modernes qu’elles étaient, avec vêtements décontractés, et passer « inaperçu » quand elles vont de réunion secrète en réunion secrète. Pilotées par le mari de l’une d’elle au pays mais aussi versatiles et en proie à leurs émotions, les fiancées du Califat mettent leur sinistre plan en marche. Oh, certaines rêvaient d’une action coup de poing, spectaculaire comme le World Trade Center, c’est plus sous leur profil de Madame-Tout-Le-Monde qu’elles vont empoisonner Paris.

© Trevidic/Matz/Liotti/Georges chez Rue de Sèvres

Rudement bien mené, voilà un thriller qui se passe sans ennemi public numéro 1 dans lequel juge et forces de sécurité pataugent jusqu’au point de non-retour, celui qui pousse à agir à la dernière minute. En effet, dans ce divertissement malaisant (car on ne sait jamais quelle drôle d’idée peut donner la fiction aux combattants du réel, même si on sait que la réalité dépasse souvent la fiction), Matz et Marc Trévidic nous mettent dans l’esprit (mais aussi les conflits) de cette bande de jeunes femmes perturbées, aveuglées par une haine nourrie par on ne sait quoi. Sous la cause commune, les individualités égoïstes risquent bien de mener le petit groupe à sa perte, malgré tous les subterfuges utilisés pour ne pas se faire repérer.

© Trevidic/Matz/Liotti/Georges chez Rue de Sèvres

Giuseppe Liotti est fidèle à la qualité et l’action graphiques mise à l’oeuvre depuis quatre albums. Ces grandes vignettes sont saisissantes, renforçant le suspense, mais les expressions marquant les personnages sont également bluffantes, renforçant les possibilités d’issues, que les héroïnes soient mangées par leur prétention, qu’elles se bouffent entre elles ou fassent un mauvais pas donnant l’alerte à tout le pays. Jusqu’au bout, alors que la narration est extradiégétique mais que l’autre camp (les « bons », les « sauveurs » qui pour le bien français peuvent faire exploser un village et des innocents, il n’y a pas de guerre terroriste sans dégâts collatéraux et vrais martyrs n’ayant rien demandé) intervient très tard dans le récit, on ne sait pas à quoi s’attendre, mis en situation réelle, divertissante, stressante, éprouvant mais ne gâchant rien de ce que cette histoire peut amener en tant que docu-fiction. Tant tout semble si plausible dans notre monde de fou et changeant. Comme en témoigne la superbe couverture de cet album.

© Trevidic/Matz/Liotti/Georges chez Rue de Sèvres

L’info bonus, Giuseppe Liotti a plusieurs cordes à son arc. Il a ainsi réalisé le story-board de La Nuée, un film français fantastique et climatique qui nous fait de l’oeil.

Par ailleurs, toujours chez Rue de Sèvres, le dessinateur est en train de mettre en image la série Cadres noirs de Pierre Lemaître sur scénario de Pascal Bertho et avant les couleurs de Gaétan Georges.

Titre : Les fiancées du Califat

Spin-off de Compte à Rebours

Histoire complète

Scénario : Marc Trévidic et Matz

Dessin : Giuseppe Liotti

Couleurs : Gaëtan Georges

Éditeur : Rue de Sèvres

Nbre de pages : 68

Prix : 15 €

Date de sortie : le 06/01/2021

Extraits :

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