La cage aux cons, un huis clos terrible, tour à double-tour hilarant et suffocant

Après nous avoir galvanisés d’un Conan des grands espaces et des temps immémoriaux, Robin Recht change totalement de style, comme il sait le faire, pour retrouver son complice Matthieu Angotti. Ce quadragénaire qui a déjà eu plusieurs vies professionnelles, et notamment une de conseiller du premier ministre français Jean-Marc Ayrault, avait raconté son odyssée dans Désintégration, déjà signé par Robin Recht. Cette fois, c’est dans un huis clos noir balançant entre humour et horreur que le duo nous entraîne. Excellent.

© Angotti/Recht chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : « Le con, c’est la grande classe. Sa baraque, un vrai musée. Tout pour me plaire. Y a juste un problème : le con m’a pris en otage. Et plutôt lui faire la peau que de rejoindre les cadavres qui pourrissent dans sa cave… » C’est l’histoire d’une petite frappe que l’amour de sa vie a foutu à la porte. S’il veut revenir à la maison, ce sera les poches pleines de pognon. Réfugié au bistrot, il repère un type ivre mort. Un vrai con qui se vante d’avoir des millions dans son salon. Il décide de le cambrioler. Mais quand il plonge ses mains dans l’oseille, celles du con se referment sur un flingue. Le voilà séquestré chez un grand bourgeois, beau prince et beau parleur. Fuir ou lui faire la peau ? Telle est sa question.

© Angotti/Recht chez Delcourt

La cage aux cons, voilà un bon titre capable de jouer la provoc mais aussi de placer le décor dans l’imaginaire du lecteur en faisant entrer en collision deux mondes cultes du cinéma français. C’est aussi un nouveau titre trouvé pour Le jardin du bossu, roman de Franz Bartelt paru il y a une quinzaine d’années. Une bonne pioche, que je ne connaissais pas, qui a terriblement inspiré les auteurs pour leur deuxième collaboration. Moins graphique que Désintégration, c’est en cinémascope que se vit ce huis clos, avec majoritairement trois cases par planche, et une ligne claire obscure, voilà que nous est contée la rencontre improbable entre un homme de gauche qui aspire à une vie de puissant et un homme qu’on pourrait croire de droite, le con. Jacques Cageot-Dinguet.

© Angotti/Recht chez Delcourt

Celui-là même que, un énième soir de dispute avec sa femme et de claquage de porte, notre antihéros, gros nez aviné et moustache à la Lemmy, va rencontrer. Ivre mort mais avec une jolie somme à claquer. C’est à ce moment-là que mûrit dans la tête de notre anonyme un plan facile et sans accroc, pour revenir cousu de fil d’or chez sa délicieuse Karine. Sans faire de vague, il va suivre le bourgeois et le cambrioler. Facile et sans accroc. Il a déjà l’esprit élevé, poète, notre héros, alors pourquoi pas se hisser quelques échelons sociaux plus haut ? La chance est inespérée… Un cadeau du ciel qui va précipiter notre malfrat, avec un m minuscule, en enfer. En effet, ce cher Jacques l’a piégé, revolver à la main, il va faire de l’intrus une merveilleuse petite femme d’ouvrage. Ou plutôt l’engager avec le magot sur lequel le voleur a mis la main. Un esclave dont la première tâche est de mettre en bière son prédécesseur. Sous ses allures de con, Jacques est un pervers, un dangereux killer qui a verrouillé toutes les issues de cette drôle de maison. Et notre pauvre héros de n’avoir comme moments d’évasion que le téléachat, seul programme que son hôte l’autorise à regarder lors de ses quartiers libres.

© Angotti/Recht chez Delcourt

Cela dit, outre les poussières à épousseter et l’aspirateur à passer, notre homme de gauche, qui croit toujours être un couguar et échapper aux griffes de son persécuteur, n’est pas si mal loti. S’il suit les règles, Jacques se montre plutôt bienveillant, cultivé et érudit. Y’a pas à dire, ce n’est pas avec Karine, qui apparemment ne s’inquiète pas de sa disparition, que le captif aurait eu ce genre de discussion. Puis, Jacques reçoit pas mal de visite et personne ne semble s’étonner de la présence du moustachu, tout le monde est briefé.

© Angotti/Recht chez Delcourt

Bon, malgré les bons côtés, force est de constater que Jacques est difficilement cernable, capable de partir dans des colères furieuses. Meurtrières ? Alors, l’homme au cinglet va devoir s’échapper. Y arrivera-t-il? Étudiant les psychologies, vacillantes, des personnages, les deux auteurs trouvent là un terrain de jeu terrible, tour à tour hilarant et suffocant. Avec des surprises à la clé et une vraie ambiance fascinante, Matthieu Angotti et Robin Recht s’amusent sans jamais décrédibiliser la dureté de ce qu’ils racontent. La cage aux cons se conclut même avec l’arrivé d’un Lino Ventura plus vrai que papier qui finit de nous enchanter. Un album jouissif.

© Angotti/Recht chez Delcourt

Titre : La cage aux cons

D’après le roman Le jardin du bossu de Franz Bartelt

Scénario : Matthieu Angotti et Robin Recht

Dessin : Robin Recht

Noir et blanc

Genre : Drame psychologique, Huis Clos, Roman noir

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 152

Prix : 18,95€

Date de sortie : le 07/10/2020

Extraits : 

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