Du poing levé en petite main du Premier ministre, la désintégration en BD du conseiller Matthieu Angotti

À l’heure où la France se divise, se clive et que les électeurs sont bien obligés de choisir leur camp, « entre peste et choléra » commentent beaucoup, sillonnant entre les amalgames et les clichés, certains ne peuvent s’empêcher de confondre l’ensemble de la politique française avec les deux visages du duel final. Pourtant, au-delà des apparences, ou plutôt dans leur ombre, c’est tout le travail de petites mains ne comptant pas leurs heures qui se joue. Quitte à être réduites à néant au moindre remous chahutant le navire républicain.

À lire aussi | BD : Quand politique et médias font bon ménage et accouchent d’un fâcheux mélange des genres

© Angotti/Recht chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : « Le jour de mon entrée au cabinet du Premier ministre, Robin Recht m’a demandé de prendre des notes, le temps que durerait l’aventure. Les voici mises en images, dessinant le quotidien d’un conseiller, avec ses hauts et ses bas, ses espoirs, ses découragements, sa solitude parfois… Ce livre raconte la réforme manquée de la politique d’intégration, comme une lucarne sur les rouages du sommet de l’État, du côté de ses discrets artisans… » Pendant dix-huit mois, Matthieu Angotti a travaillé aux côtés du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, et c’est ce qu’il raconte ici.

© Angotti/Recht chez Delcourt

Désintégration, ça n’aurait pu être qu’un jeu de mot facile sur la thématique casse-gueule et pourtant portée à bout de bras par Mathieu Angotti : l’…intégration. Pourtant, ce titre fort, qui prend le contre-pied des aspirations de Mathieu, est on ne peut plus représentatif de ce qui durant dix-huit mois et 136 pages fera office de schéma destructeur. Bien plus que créateur.

© Angotti/Recht chez Delcourt

En voyant arriver Désintégration, on s’est d’abord dit: « Tiens, voilà un ersatz d’Arthur Vlaminck (le héros malgré lui du formidable Quai d’Orsay de Lanzac et Blain) ». C’est vrai qu’il est difficile pour toute chronique politique en BD de désormais exister aux-côtés de cet encombrant chef d’oeuvre. Pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, dès les premières planches, Désintégration se dégage de l’étreinte de son aîné dont il se révèle ô combien complémentaire. Et là où Quai d’Orsay montrait un héros étouffé par son milieu, le récit d’Angotti et Recht montre un personnage certes dépassé par les événements mais tentant de renouer ou, en tout cas, de ne pas perdre de vue sa vie, celle qui tente de s’émanciper de la sphère politique mais sur laquelle, sans cesse, le surplus de travail déborde. Là où Quai d’Orsay tirait en longueur… le nez de Villepin et trempait les faits réels dans la parodie, Désintégration bâtit son propos sur une un dessin nettement plus sérieux et trouvant sa candeur dans la précision réaliste de ces décors. Dans le fond et les enjeux sociétaux qui sont amenés de manière synthétiques et totalement pertinentes.

© Angotti/Recht chez Delcourt

Inlassablement, Robin Recht découpe ses planches en neuf cases régulières. Et là où ce curieux mécanisme aurait pu lasser, il est en réalité fondateur de toute la puissance du dessinateur. Dans les bureaux, les portraits, les moments critiques, la désintégration est au fond comme à la forme et c’est puissant ! D’autant que ce voyage, heureusement pas sans retour, au coeur de Matignon, de ses secrets et de ses tractations (de ses castrations, aussi), est loin d’être de tout repos. Le sujet est chaud et le combat de taille : lutter pour que ne se confonde plus immigration et intégration.

© Angotti/Recht chez Delcourt

Matthieu Angotti, l’invisible qui appelait le Ministre à se réveiller, se retrouve de l’autre côté des calicos et se rend compte que rien n’est facile dans ce monde de requins où les volte-face les plus insoupçonnables se règlent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. De réunions de crise en mots de ministre bafouant le travail colossal en amont puis en désaveu ultime. Et, entre les sujets brûlants que sont les Roms ou le burkini, la question de se répandre, lancinante et désespérante : que va devenir ce travail basé sur tant d’heures de boulot et tant d’années d’expérience ? Que va devenir cette expertise du terrain ?

© Angotti/Recht chez Delcourt

Désintégration, c’est un constat d’impuissance et de faiblesse là où auraient pu s’établir la suprématie des belles et grandes idées, celles qui changeraient le monde si seulement le microcosme politique n’y était pas imperméable. Caramba encore raté. Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé et d’en finir …lessivé. Et on s’étonnera que tout soit encore qu’un éternel recommencement. Tout en espérant que les rouages ne viendront jamais à bout de ces personnes qui humanisent l’appareil politique et tentent de lui faire accepter des concepts qui, peut-être, ne conviendront pas au marketing politique mais seront assez forts que pour percer la nébulosité du pouvoir. Un jour, peut-être. Mais, quand on voit la simplification et les raccourcis qui peuplent les discours d’une Le Pen ou d’un Macron, ça n’a pas l’air d’être demain la veille.

Titre : Désintégration

Sous-titre : Journal d’un conseiller à Matignon

Récit complet

Texte : Matthieu Angotti

Dessin et couleurs : Robin Recht

Genre : Documentaire, Politique, autobiographique

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 136

Prix : 17,95€

Date de sortie : le 22/03/2017

Extraits :

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s