Leconte et Tonnerre posent la caméra et emmènent Coutelis dans un couvre-feu qui permettait encore les belles rencontres

Une affiche de cinéma tendance 40’s ou 50’s, dans laquelle un Gabin ou une Signoret seraient comme des poissons dans l’eau de la Seine, voilà comment commence la nouvelle histoire, en deux parties, d’Al Coutelis qui fait frayer Septième et Neuvième Art. Pour cause, alors qu’il tarde à retrouver le chemin du Grand Écran, c’est Patrice Leconte qui fait son grand retour à la BD avec Deux passantes dans la nuit, accompagné du scénariste de films Jérôme Tonnerre (avec qui il pourrait signer Les bijoux de la Castafiore, a annoncé Patrice Leconte avant que Nick Rodwell nie en bloc). L’occasion de raconter le destin de deux femmes qui n’auraient jamais dû se croiser… mais se croisent et qui rendent cette nuit occupée différente, intrigante. 

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

Résumé de l’éditeur : Arlette sort de prison, heureuse d’être libre dans Paris occupé. Anna, magicienne, est flanquée à la porte du cabaret dans lequel elle se sentait à l’abri. Les chemins de ces deux femmes se croisent, le hasard sachant si bien organiser les rencontres inattendues. Autant Arlette est insouciante et légère, autant Anna semble se méfier de tout, comme si elle était traquée. Elles sillonneront en une nuit Paris, la ville lumière sans lumières, à la recherche de ce qui pourra leur sauver la vie, deviendront amies par la force des choses, ne pourront éviter les contrôles d’identité, les silhouettes sombres, les menaces diverses, les désillusions, toutes ces choses qui obligent à fuir, encore et toujours, jusqu’au lever du jour.

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

Paris sera toujours Paris mais les angles pour la dessiner, la capter sont infinis. Posant sa caméra et reprenant le chemin des cases après une longue pause, Patrice Leconte (qui avait commencé sa carrière dans les pages de Pilote entre 1970 et 1975 avec des courtes séries et des gags comme Gazul et Cie, La longue nuit de Korneblu et Mr le censeur aux champs) prête son inspiration, combinée à celle de Jérôme Tonerre, à Al Coutelis pour nous entraîner dans la rue pas si noire, dans les pas d’Arlette. Sa tenue légère ne colle pas vraiment au manteau de neige qui a envahi, après les Loups, la Ville Lumière. On se les caille mais Arlette n’y pense pas. Pour cause, ce soir est un grand soir, elle renoue avec sa liberté après des mois de prison. Problème, elle risque d’avoir froid encore longtemps, son promis n’est pas venu et elle n’a pas de point de chute.

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

Alors, elle se laisse entraîner par son instinct entre les rues qu’elle reconnaît et celles dont elle n’a plus idée. C’est ainsi qu’elle se retrouve au paradis, un troquet majoritairement fréquenté par la (désobli)gent masculine, puis Arlette et Anna, sur l’estrade, en petite tenue (pas pour les mêmes raisons que la première), habillée de magie. Elle fascine… jusqu’au moment où la fête alcoolisée, illégale sur les bords, tourne au vinaigre. Entre méfiance et insouciance, les deux femmes font cavale commune alors que les rues se vident et que le couvre-feu s’installe. Paris les happe, toutes deux cherchent quelque chose, mais attention aux personnages sur lesquelles elles vont tomber, entre coups de bol, méprise et dangers.

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

Dans une ambiance graphique et aux couleurs tranchées qui imposent une identité que le cinéma pourrait difficilement se permettre dans un film en chair et en os, Al Coutelis joue sa partition aux limites du story-board parfois, laissant faire l’énergie des deux héroïnes et des drôles de gens qu’elles trouveront sur leur chemin. C’est étonnant mais ça se lit et ça se mange, ça renforce ce voyage dans un Paris à redécouvrir. Pour le reste, c’est au compte-gouttes que les deux scénaristes placent les mots et les dialogues pour garder l’essence contemplative d’une ville qui a cessé d’être bruyante. Là encore, cette grande part laissée au muet serait difficilement envisageable sur écran, sans doute le spectateur s’ennuierait-il. Ici, en BD, dans la possibilité de s’attarder sur les cases et leurs ambiances, ça fonctionne du tonnerre. Pourtant, dans ce jeu de pistes, il est encore difficile de dire sur quoi aboutira le second tome. Et les éléments mis en notre possession n’ont pas franchement carrure à nous passionner. C’est un peu mou et décousu, ça manque de liant entre les deux femmes. Mais peut-être que le second tome, qu’on verrait logiquement s’intituler Anna, nous fera mentir.

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

Titre : Deux passantes dans la nuit

Tome : 1/2 – Arlette

Scénario : Patrice Leconte et Jérôme Tonnerre

Dessin et couleurs : Alexandre Coutelis

Genre : Drame, Histoire

Éditeur : Grand Angle

Nbre de pages : 72

Prix : 16,90€

Date de sortie : le 26/08/2020

Extraits : 

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