Épinette noire et petit point rouge dans l’immensité du grand froid canadien chère aux Inuks

© Wilmet chez Super Loto

Épinette noire, c’est une huile essentielle. Plus loin et plus vaste, c’est aussi et surtout ce conifère, épicéa, qui peuple le Canada. Ces arbres qui font que, dans ce grand nord, les paysages se ressemblent et qu’il serait préférable de ne pas s’y perdre. Dans une tempête inattendue, pourtant, Violette, l’héroïne d’Aurélie Wilmet va devoir s’y poser en urgence. Et tenter de survivre en terrain hostile.

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Résumé d’Épinette noire par Super Loto ÉditionsKuujjuaq, 18 décembre 1947. Violette, pilote assurant la liaison aéropostale entre l’Ontario et le Nunavik, dans le Grand Nord canadien, s’apprête à partir pour son dernier voyage de la saison. Le temps est clair et rien ne laisse présager le blizzard, qui s’abat bientôt sur la toundra et provoque le crash de son avion. Prisonnière de la tempête, blessée, oscillant entre raison et folie, Violette lutte pour survivre dans un étrange entre deux mondes. Mais tandis qu’une équipe de sauvetage se lance à sa recherche, une mystérieuse créature, ours blanc au visage taché de brun, semble avoir pris soin d’elle… À moins que tout cela ne soit une illusion. Ou un délire. Rêve né d’une agonie. Fascinée par les légendes nordiques, récits premiers et cultures anciennes, Aurélie Wilmet nous emmène dans ce nouvel ouvrage en territoire Inuk, au début du XXe siècle, à la découverte des Inuits du Nunavik et d’un monde encore inexploré.

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Noël est passé depuis longtemps, allez-vous me dire. Oui, mais le prochain arrivera assez vite et puis, n’en déplaise au calendrier choisi par l’autrice pour organiser ce dernier voyage de la saison, Épinette noire n’est pas un conte de Noël. Et c’est à l’abri de l’humanité, au contact avec ce qu’il reste de sauvage que l’autrice nous fait nous écraser dans son objet non identifié et ne volant plus.

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Entre rêves (? – représentés en bleu et blanc) et réalité, les deux se confondant au fur et à mesure que l’histoire avance et que les vivres manquent, l’autrice nous raconte Violette, ses poings de bascule. Car il ne faudrait pas croire que son métier de pilote d’avion est le caprice d’une femme riche et voulant combler son temps par loisir. Non, dans ce monde d’hommes et d’Indiens, les deux ne se fréquentant pas et se trouvant des mots pour se détester, Violette a déjà dû mener bien des combats. Pour ne pas être une femme au foyer. Pour pouvoir sortir de chez elle et se lier avec la tribu – les Inuks – qui vivait dans ces terres hostiles bien avant qu’on y construise des cabanons et une base aérienne. Pourquoi faudrait-il mettre des frontières, des barrières entre nous et les autres quand on peut créer un récit collectif que chacun pourra nourrir et enrichir de ses arts, de ses armes, de ses connaissances et de sa façon de voir les choses?

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Violette a déjà donc repoussé plus d’une fois les limites du monde qui se dit civilisé, conquérant et qui se croit maître des éléments. Alors qu’il suffit d’un grain de sable pour que notre petitesse et notre finitude se rappellent à nous. C’est le prétexte de bon nombre de films de survie, mais c’est un tout autre chemin qu’Aurélie Wilmet a choisi d’emprunter en laissant des traces dans la neige. Bientôt recouverte par une autre averse. Et Violette au milieu, entre inconscience et pleine conscience, réalité et fantastique. Sous le totem de l’ours.

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Dans ce voyage sensoriel et mystique, mythique, appelant un monde qu’on dit en train de disparaître mais qui, en attendant, est toujours bien là, Aurélie Wilmet nous emporte corps et âme. Elle le fait avec un trait et des couleurs universels, pas trop poussés, en gardant une âme d’enfant et les traces des coups de pinceau, ce qui permet l’authenticité, une certaine urgence et l’intensité. Dans des décors dantesques, on sent le souffle, la froideur, l’humidité, la détresse de l’héroïne. Mais aussi la connexion qu’elle a entre les deux mondes. Celui des Inuits qui l’ont acceptée et ne la laisseront pas tomber, au péril de leur vie, et celui inconnu qu’elle découvre un peu plus chaque jour, pour autant que le dieu de là-bas lui prête vie. Seule sans être seule, Violette est un personnage respectueux. Son dernier voyage, peut-être ne va-t-elle pas y survivre, mais elle en aura fait une sacrée expérience, repoussant ses limites spirituelles et physiques, et apprenant à être spectatrice d’un monde tellement beau en blanc. À peine voit-on encore cette petite tache rouge qu’était son avion.

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Pas d’action, pas de suspense, mais des incertitudes et une contemplation saisissante.

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À lire chez Super Loto Éditions.

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