Stephen Desberg et Luigi Critone, en élégante relève, changent les horizons du Scorpion, plus que jamais archéologue et menacé par le dard des autres

© Desberg/Critone chez Dargaud

Depuis deux tomes, et ce n’est pas fini, Enrico Marini a cédé le relais (sans tirer un trait sur le personnage qui l’a consacré), la torche flambante de l’Histoire, à un héritier, Luigi Critone pour continuer l’aventure du Scorpion. Le scénariste originel, Stephen Desberg, n’est pas arrivé à la fin de la course de ce personnage emblématique qu’il a pourtant un temps pensé tuer avec Marini. Ils se sont ravisés et c’est désormais sur un autre continent que se jouent le destin et les quêtes d’Armando. Dans des milieux plus que jamais vénéneux.

Résumé de l’éditeur pour le tome 13 : À Kraków, Ivrahim Golam, surnommé le cosaque juif, cherche à préserver l’identité d’un homme dont le nom doit disparaître à jamais. À Istanbul, Armando Catalano, alias le Scorpion, a retrouvé la trace de Méjaï, la gitane. Il veut savoir ce qu’est devenu leur enfant. Mais la gitane est experte dans le maniement des poisons et elle n’hésite pas à s’en servir contre le Scorpion, qui perd connaissance. Quand il reprend conscience, il apprend qu’il est accusé d’assassinat. Livré à la cour du sultan, il est sauvé par un eunuque qui le conduit jusqu’à sa maîtresse. Une femme mystérieuse, surnommée la Sabbatéenne, dont le visage est orné de signes sombres et secrets. Celle-ci lui demande de déchiffrer le nom d’un homme, gravé sur des stèles égyptiennes. En contrepartie, elle l’aidera à retrouver la trace de Méjaï. Au Caire, les routes de Méjaï et du Scorpion se croisent de nouveau. Mais si elle lui révèle la vérité à propos de leur enfant, elle lui interdit de chercher à le voir. Elle menace même de tuer le Scorpion s’il s’en approche…

© Desberg/Critone chez Dargaud
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Résumé de l’éditeur pour le tome 14 : Au Caire, le Scorpion a retrouvé Méjaï. Mais elle lui a interdit de se mêler de sa vie et de celle de leur enfant… qui semble avoir disparu. À bord d’une felouque descendant les eaux du Nil, le Scorpion compte bien découvrir la vérité, mais il a besoin d’argent. Ainsi se remet-il au service de la Sabbatéenne, une femme plus dangereuse encore, capable de percer les mystères du passé. La Sabbatéenne s’est lancée sur les traces du plus mystérieux des pharaons, Akhenaton, l’inventeur du dieu unique. Elle est persuadée qu’en trouvant sa tombe, elle pourra faire le lien avec son grand prêtre Tamose, le Moïse de la Bible, et l’exode vers la Palestine, aujourd’hui revendiquée par les juifs, les musulmans et les chrétiens d’Occident. Mais la quête tourne mal. Des hommes armés les attaquent. Le trésor de la tombe d’Akhenaton attire toutes les convoitises, et particulièrement celles du puissant Al Kabir, le maître de Méjaï qui possède la clé de ses secrets.

© Desberg/Critone chez Dargaud
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C’est vrai, à la fin du treizième tome, celui du passage de flambeau, j’étais un peu circonspect et je voulais attendre le tome suivant pour me faire une idée plus globale de ce nouveau départ qui n’oublie rien du passé tumultueux du Scorpion (sa quête d’identité, des péripéties qui vous changent un homme) mais s’installe aux portes de l’Afrique, en Turquie, puis en Égypte, non sans un détour par la Pologne. Si Armando est toujours pris dans des turbulences intimes et émotionnelles – le fils de personne cherche désormais l’enfant qu’il aurait eu avec Méjaï, loin d’être collaborante -, le voilà mené au piège, au mauvais endroit au mauvais moment (non sans l’aide de Méjaï, comme je le disais, prête à tout pour qu’il la laisse tranquille) et rescapé de justesse d’une peine de mort certaine.

© Critone
© Critone

Plus que jamais engagé pour ses qualités d’archéologue, Armando doit retrouver les traces, avec ses nouveaux alliés, d’un énigmatique homme du passé. Si son nom est encore indéchiffrable, au confluent des religions et de leurs combats pour émerger plus que les autres, il semble que cet illustre inconnu catalyse bien des efforts, violents, venus de toutes parts. Et un Juif albinos venu de l’Est semble être l’adversaire le plus coriace et malsain. Qui fait pisser le sang à qui se trouve en travers de son chemin. En terrain miné, le Scorpion va devoir se méfier de tout le monde car la matière à laquelle il touche relève du sacré mais aussi de la convoitise. De pilleurs de tombes, notamment, bien décidés à ne pas donner le filon au héros ou alors à le téléguider pour mettre la main sur le trésor. Mais un trésor pas comme les autres qui, matériellement, ne vaut rien mais spirituellement pourrait changer la face du monde.

Dessin de couverture intégral © Desberg/Critone chez Dargaud
Dessin de couverture intégral © Desberg/Critone chez Dargaud

Libéré de l’arc narratif des douze premiers tomes, Stephen Desberg change donc l’horizon du Scorpion en se rapprochant de ses qualités « professionnelles » première, sans en faire un Indiana Jones pour autant. Sous le tricorne, le bocal est toujours agité et Armando est toujours chahuté par le passé et l’avenir. De quoi entraver sa mission? Quand on débarque en Égypte, il y a toute une série de clichés auxquels on s’attend. Les dieux, les pharaons (même si, ici, Akhénaton joue son rôle, maudit), et tchik et tchak. Ici, il n’en est rien, et si Desberg parle de religions, c’est bien de celles qui ont résisté aux mythologies pour toujours être de notre XXIe siècle. Celles pour ou contre lesquelles les hommes se sont battus et ont laissé bien des cadavres dans le placard (dans un autre genre, Stephen Desberg en a beaucoup parlé ces derniers temps dans ses albums abordant la Seconde Guerre Mondiale). On sent que le terrain est fertile, fascinant mais aussi dangereux pour un héros comme Le Scorpion, malheureusement, plusieurs fois dans le treizième tome, la tension faiblit et on se retrouve dans des sables mouvants. En réalité, j’ai eu l’impression que deux tomes pour aborder cette histoire, c’était trop au vu des éléments amenés. Un goût de trop peu que pour la lecture soit rythmée durant une nonantaine de planches, alors que la deuxième partie, le 14e tome, retrouve de l’allant et du coffre!

© Desberg/Critone chez Dargaud
© Desberg/Critone chez Dargaud

Cela dit les « pauses » ont le mérite de servir le contemplatif. Il fallait marquer le coup de cette reprise mais aussi du changement de décor, et Luigi Critone assume les deux avec intensité et virtuosité. Les deux couvertures peuvent laisser craindre un dessin trop statique, il n’en est rien. Luigi est bien à sa place dans cet univers, sans copier Marini mais avec une belle filiation pour assurer la pérennité de la série. Dans des grottes ou en plein, dans le jour ou la nuit, les terres ou au bord du fleuve, Critone prend le large pour situer ses hommes dans la grandeur de l’espace qui les entoure. Si petits et pourtant capables de mener la marche du monde et des entités qui, dit-on, l’ont créé. Notons que les femmes (qui ont toujours été présentes dans cette série, au-delà de l’atout sexy) ont plus que jamais leur rôle à jouer, ici. Dans les couleurs, leur chaleur et leur froideur quand ils font, l’Italien réussit un travail faste, expressif dans les visages et les combats des personnages, impressionniste dans leur environnement. Avec de la rage et du brio. Et voilà déjà le bateau qui repart vers d’autres aventures.

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D’autres aventures, il en sera aussi question pour Enrico Marini qui nous avait dit, au moment de lâcher son héros à d’autres mains expertes (on en a la confirmation), se réserver le droit de revenir dans cet univers bouillonnant via l’un ou l’autre one-shot. L’heure n’est pas si lointaine puisque, il y a quelques semaines sur ses réseaux sociaux, l’auteur de Noir burlesque ou des Aigles de Rome (dont on attend aussi les suites) avait révélé avoir une idée sur laquelle il planche quand ses autres projets le lui permettent. On a le temps de toute façon, l’avenir de la série-mère est assuré.

© Desberg/Critone chez Dargaud

Série: Le Scorpion

Tome: 13 – Tamose l’Égyptien & 14 – Le tombeau d’un dieu

Scénario: Stephen Desberg

Dessin et couleurs: Luigi Critone

Genre: Aventure, Cape et épée

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 48

Prix: 13€

Date de sortie: les 25/11/2020 et 27/05/2022

Extraits :

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