MacGuffin & Alan Smithee: au pays de l’aigle, les pigeons seront-ils les dindons de la farce d’espionnage?

© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir

Continuant de jouer des conflits internationaux larvés dans les secrets les plus décalés, les Québécois Michel Viau et Ghyslain Duguay voyagent entre France, Russie, USA et Amérique Latine, et ça risque de chahuter. Avec en prime un Walthéry en virologue qui passe par là et des espions qui espèrent ne pas se faire pigeonner. Paloma mi amor… vache ! 

© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir

Résumé de l’éditeur: Automne 1967. À travers les États-Unis, des pigeons, champions de courses de longues distances, disparaissent mystérieusement. Dans quel but? Qui peut en vouloir à ces volatiles? Ce qui devait n’être qu’une mission de routine pour l’agent Morisset recouvre un complot autrement dangereux. Et lorsqu’un ennemi mortel de MacGuffin et Alan Smithee se mêle à la partie, Mère-Grand n’a pas d’autres choix que de faire appel à ses agents très spéciaux.

© Viau/Duguay

C’est vrai qu’ils sont habitués à jouer de longues distances, Michel Viau et Ghyslain Duguay. De notre côté du monde, nous avions été parmi les premiers (et nous n’en sommes pas peu fiers) à parler de MacGuffin & Alan Smithee, série d’espionnage au spectre (pas celui de Bond) large mais cantonnée à une publication strictement québécoise. Une série d’action et d’humour qui avait failli être sabordée après deux albums à cause de la banqueroute de l’éditeur originel. C’était sans compter les belges Éditions du Tiroir, qui ont du flair pour perpétuer le Neuvième Art franco-belge et y ajouter de nouvelles têtes talentueuses, venues à la rescousse. De quoi faire traverser les deux auteurs et leur inénarrable tandem – de plus en plus trio, d’ailleurs – l’Atlantique. Et comme un diable est toujours prêt à sortir du tiroir, anciens vilains et nouveaux magnats aux intentions criminels leur donnent toujours du fil à retordre pour passer la puissance 4.

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© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir

C’est bien de voyages de milliers de kilomètres dont il est question, ici. Les voyages forment la jeunesse mais aussi parfois la richesse, pourvu qu’on sache sur quel poney miser… ou plutôt quel pigeon. Est-ce le fait de fréquenter désormais, au sein de la même maison d’édition, la bête de Cheratte, qui a donné à Viau et Duguay l’envie de s’intéresser à la colombophilie? Ou est-ce ce fait divers incroyable (la disparition en masse de palombes lors d’un concours anglais) qui a rattrapé leur fiction? 

© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir

Toujours est-il que si Le vieux bleu est épargné, mais que le Grand Blanc ne veut pas faire dans le détail (en effet, les requins rôdent dans la mer ou sur la terre, au sens propre comme au figuré), Altblau, Lil’Red, San-Barnaba et Pettigrew ont disparu. Ils comptent parmi les plus grands voyageurs-sprinteurs que l’Amérique ait connu en cet automne 1967 mais ils se sont volatilisés. Pas de leur plein gré, ils ont été kidnappés. Vu leur renommée, il est peu probable que ce soit pour les monnayer. Ce ne sont pas quand même pas la poule aux oeufs d’or. Quel sombre complot, ces enlèvements à répétition cachent-ils? Morisset, le petit-fils pistonné de Mère-Grand, le grand patron du S6 (Section spéciale de sécurité et des services secrets supra-nationaux) est dans le dur, MacGuffin et Alan Smithee, petit personnel qui enchaîne les missions les plus folles, sont donc appelés en renfort. Et ce qu’ils vont trouver en Floride ne va pas leur plaire… mais à nous beaucoup.

© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir
© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir

Les conspirations ne seraient-elles pas un éternel recommencement dans notre histoire? En transférant avec efficacité ceux d’aujourd’hui sur ceux d’hier, en pleine Guerre Froide, Viau et Duguay réunissent à nouveau le gratin (très gratiné) de l’espionnage international et des vilains transfrontaliers dans plusieurs salles et plusieurs ambiances. Il y a les soirées de strass et de paillettes (où, en bon columbophile, on a cru reconnaître Peter Falk dans un rôle de composition) et puis les grands espaces ralliés avec quelques beaux bolides (de la Pink Cadillac à Choupette la coccinelle), mais aussi des entrepôts désaffectés, des plateformes tombés aux mains de l’ennemi venu du froid et des océans dans lesquels il va falloir se mouiller et tenter de réchapper. 

© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir

En ayant la bonne idée de séparer nos héros (qui ne sont pas forcément tricotés serré, comme on dit au Québec, et doivent parfois être conciliants les uns avec les autres) et leur appui inattendu en deux groupes, les deux auteurs dynamitent l’intrigue et s’offrent deux fois plus de change de rentabiliser leurs terrains de jeux (air, terre, mer) pour explorer avec talent et espièglerie, sans se prendre au sérieux mais en y mettant les moyens ce qu’on a déjà vu et revu à l’écran. Sur un filon abracadabrantesque, parodique, ils tissent une nouvelle aventure irrésistible, plein de folie et de spectacle. Fun, pop et sexy. 

© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir

Aux côtés d’un Walthéry qui trouve un énième rôle de BD (comme dans Percevan il y a quelques mois), MacGuffin & Alan Smithee trouvent sur leur route un sacré panier de crabe, un gadget désarmant et des situations rocambolesques dont il va leur falloir se sortir plus vifs que morts.

© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir

Sur le pitch savoureux de Michel Viau qui s’amuse à glisser ses péripéties dans la Grande Histoire et explique avec cocasserie l’un des grands faits de l’histoire latino-américaine, Ghyslain Duguay est toujours dans son élément, avec des couleurs qui pètent et des scènes qui vivent toujours plus les unes que les autres et des personnages qui se donnent à 100% dans des numéros physiques de haut vol mais aussi dans la logorrhée. On aime d’ailleurs que ces volumes qui tiendraient certainement sur 44 ou 46 planches s’en offrent 62 pour quelques délires supplémentaires. Je suis toujours aussi fan de ce petit trésor référentiel et imaginatif.

© Viau/Duguay aux Éditions du Tiroir

Et, la bonne nouvelle, c’est que, comme dans James Bond, à la fin du film, MacGuffin et Alan Smithee reviendront !

Pour encourager cette entreprise, un crowdfunding est encore disponible quelques heures, ce dimanche, sur Ulule. De quoi s’offrir cet album, et les autres si vous ne les avez pas encore découverts, ainsi que quelques bonus.

De mon côté, j’espère toujours une réédition physique des récits courts de ces héros, les Intermissions, parus au Québec. Mais, en attendant, ils sont toujours mis à disposition gratuitement sur la page Facebook de la série:


Série : MacGuffin et Alan Smithee

Tome : 4 – Paloma mi amor

Scénario : Michel Viau

Dessin et couleurs : Ghyslain Duguay

Genre : Action, Espionnage, Parodie

Éditeur : Les Éditions du Tiroir

Nbre de pages : 64

Prix : 16€

Date de sortie : le 11/02/2022

Extraits : 

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