MacGuffin et Alan Smithee, agents secrets du Québec: « L’espionnage moderne? Un type en caleçon qui mange des Doritos devant son ordinateur! »

Ce n’est pas parce que c’est confinement, qu’il faut relâcher notre attention et nos envies de sortir des sentiers battus par les éditions ayant pignon sur rue dans le monde de la BD franco-belge. Par le hasard des réseaux sociaux, nous avons découvert un duo d’espions mémorables. Ils agissent au Québec et pourtant l’un est français et l’autre écossaise. Nous en sommes rapidement devenus inconditionnels tant Michel Viau et Ghyslain Duguay se sont bien trouvés. Chacun y fait valoir son talent, l’un par les mots délicieux et les situations savoureuses, l’autre par une réelle efficacité graphique, qui fait bouger tous les plans et encourage le lecteur à être attentif, sous peine de louper des détails croustillants. Un vrai plaisir exigeant et exaltant. 

© Viau/Duguay chez Perro

Bonjour à tous les deux, comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ? Comment avez-vous eu l’idée de faire de la BD ensemble et de former le détonnant duo Duguay-Viau ? MacGuffin et Alan Smithee est-il votre premier projet ensemble ?

Michel : MacGuffin et Alan Smithee est notre premier projet commun. J’ai connu Ghyslain alors que je dirigeais le secteur BD des éditions Les 400 coups. Ghyslain réalisait une série (Lionel et Nooga) publiée dans la collection Rotor. Deux albums sont parus.

Parlez-nous de chacun d’entre vous. Qui êtes-vous ?

Michel : Je suis d’abord connu comme historien de la bande dessinée québécoise. En 1999, j’ai publié BDQ : Répertoire des publications de bande dessinée au Québec, qui, comme son nom l’indique, listait tout ce qui avait été publié en fait d’albums, de revues, de comic books et de fanzines au Québec des origines à 1999. Par la suite, je suis devenu rédacteur en chef de la revue d’humour et BD, Safarir. Depuis 2001, j’ai toujours travaillé dans le domaine de l’édition.

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Ghyslain : Je suis détenteur d’un Baccalauréat en sciences Économiques et travaille pour Hydro-Québec, une entreprise énergétique. Au niveau dessin, je suis un autodidacte passionné.

La BD est-elle un rêve de gosse ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en faire ?

Michel : J’ai toujours aimé la BD. J’en ai toujours lu. Pour moi, c’est une façon naturelle de raconter une histoire. J’ai écrit mon premier scénario de 46 pages à 12 ans.

Ghyslain: Un rêve de gosse? Oui. Mais vu mon talent à l’époque et les possibilités au Québec, fin des années 80, début des années 90, je n’ai jamais envisagé d’en faire une carrière. C’est vers l’âge de 40 ans que j’ai décidé que je devais réaliser un projet. Le résultat fut 3 albums de Lionel et Nooga. Ce projet fut toute une école.

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Dont vous proposez d’ailleurs la publication, gratuite et feuilletonnesque, durant ce confinement, sur votre page Facebook. Quelles ont été vos premières lectures BD ? Celles qui ont fait déclic ?

Michel : Mes premières lectures ont été Martin le Malin (une obscure série hollandaise de J. H. Koeleman), Tintin et Batman. Il faut dire que Tintin (les dessins animés de Belvision) et Batman (le feuilleton avec Adam West) passaient à la télévision lorsque j’étais petit.

Ghyslain: Les traductions des comics américains pour le marché québécois (Spider-Man, Thor, FF ect…). Je lisais aussi Mad Magazine… il y a eu aussi Pilote et surtout les recueils Spirou.

Encore aujourd’hui, vous en lisez (beaucoup) ? Qu’est-ce qui a la cote au Québec, ces derniers mois ? Comme auteurs étrangers mais aussi comme auteurs québécois ?

Michel : J’en lis encore énormément, dans tous les genres. Mais je garde une affection particulière pour les vielles séries de l’âge d’or franco-belge (Astérix, Lucky Luke, Spirou et Fantasio, Gil Jourdan, Lieutenant Blueberry, Valérian...). Pour moi, Goscinny et Charlier sont, chacun dans leur style, les plus grands scénaristes. Au Québec, il y a peu de séries. Les auteurs se concentrent plus sur ce qu’on appelle les « romans graphiques ». Michel Rabagliati, Zviane, Iris, Jimmy Beaulieu sont des auteurs populaires de ce genre de récits. Pour ce qui est des auteurs européens, ceux qui marchent au Québec, sont les mêmes qu’en France et Belgique!

Ghyslain : Lorsque je peux, je relis des classiques. Et j’apprécie particulièrement les rééditions spéciales. Dernièrement, j’ai relu Comanche chez les éditions Niffle. Je lis aussi de nouveaux trucs. Mais j’ai surtout un attachement pour les séries. Je suis en train de lire Undertaker. Superbe.

Vos premiers dessins, lesquels étaient-ce ?

Ghyslain: Gamin, ce sont des problèmes de santé qui m’ont amené au dessin. Je dessinais dans mes marges de cahier, pour des copains, je m’amusais à reproduire des planches de Greg (Achille Talon), Fournier, Franquin (Spirou). J’ai délaissé un peu le dessin à l’adolescence pour y revenir lors de mes années universitaires. Depuis ce temps, le dessin a toujours été présent dans ma vie. Surtout comme passe-temps. Faut dire que je réalisais des trucs impubliables.

On a souvent l’idée que dans les années 60-70 (et même plus tard), les parents décourageaient leur progéniture de faire de la BD. Ce n’était pas un métier. Et, au Québec, n’était-ce pas encore plus compliqué vu le peu d’auteurs, il y a quelques décennies ?

Michel: Ce n’est pas plus facile aujourd’hui au Québec. Il n’y a pratiquement pas d’éditeurs qui versent des avances suffisantes pour vivre pendant la réalisation d’un album. Glénat-Québec est une rare exception. Généralement, les auteurs sont payés en droits d’auteur comme les romanciers. Et comme le marché québécois est très petit…

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Y’a-t-il un savoir-faire québécois, des caractéristiques propres à une manière de dessiner, de voir les choses ?

Michel: Nous n’avons pas au Québec une longue tradition BD. Il n’y a jamais eu de journaux comme Pilote, Spirou ou Tintin, donc pas d’école ou de style qui se transmet entre auteurs ou d’une génération à l’autre. Par contre, la BD québécoise est beaucoup moins sexiste que la BD européenne où les bimbos avec des épées ou de gros pistolets abondent! C’est un reflet de la société québécoise qui est une société un peu plus égalitaire (ce n’est pas parfait, mais il y a des progrès!)

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Quel a été votre cursus, votre apprentissage de la BD ? Au dessin comme au scénario ?

Michel: Au niveau collégial, j’ai étudié les arts plastiques. À l’université, j’ai suivi des cours en Design graphique et Études littéraires, mais ces études ne m’ont pas été d’une grande utilité pour écrire des scénarios.

Ghyslain: Autodidacte, mes références furent les albums de Franquin, Tilleux, Mort Drucker, Walthéry. Actuellement, j’adore Barbucci, Bodart, Gazzotti.

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Michel, vous êtes historien de la BD, ça vous a mis la pression au moment de vous lancer dans le scénario ?

Michel: Pas vraiment, car j’en ai toujours fait. Dans Safarir, j’écrivais sous un pseudonyme. Mais c’est sûr que d’arriver avec un album de 62 pages a dû surprendre les gens.

MacGuffin et Alan Smithee, comment présenteriez-vous cette série ?

Michel : C’est une comédie d’espionnage.

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On y a décèle du James Bond, du Chapeau Melon et bottes de cuir mais aussi du OSS 117. Quelles influences vous ont conduits à initier cette série ?

Michel : C’est l’époque, les années 1960, qui a motivé la création des personnages. Le monde occidental était alors en pleine Guerre froide et les récits d’espionnages abondaient, tant à la télé (Mission Impossible, Destination Danger, Man from U.N.C.L.E., Chapeau melon et bottes de cuir) qu’au cinéma (Bond, Flint, Matt Helm), qu’en BD (Bruno Brazil, Modesty Blaise) et en romans (Bond, OSS-117, Nick Carter)… Pour moi, il semblait évident qu’un récit d’aventures, se déroulant en 1967, se devait de mettre en scène des espions.

Tarantino n’a jamais fait de film d’espionnage, avec cette série ne trouvez-vous pas un chaînon manquant ? C’est une de vos influences ? Il y a du Tarantino, ici, non ? Dans la figure de Smithee mais aussi dans une tenue très Kill Bill de MacGuffin ?

MV : MacGufin et Alan Smithee reste quand même moins violent que Tarantino. Le niveau de langage n’est pas le même non plus. En fait, Ghyslain a fait un clin d’œil à Bruce Lee. Le même clin d’œil que Tarantino a fait…

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De fait ! 

Ghyslain: Il y a un côté insolent chez le personnage de Mac qui pourrait plaire à Tarantino. Du coté de Smithee, son allure vestimentaire rappelle les personnages de Reservoir Dogs.

On sent aussi une influence française, Melville, Lino Ventura, etc ?

Michel: Tout à fait. Les polars français de cette époque, principalement ceux dialogués par Michel Audiard, sont une influence.

La BD est-elle une manière de faire du cinéma pour vous, justement ?

Michel: Non. Pour moi, la BD est une fin en soi. Je ne rêve pas de cinéma.

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Smithee, c’est le nom choisi par tous les réalisateurs qui renient un jour leur œuvre pour diverses raisons. Mais c’est quoi le meilleur film d’Alan Smithee ?

MV : Ha! Ha! Un bon navet tout cradingue!

Mais avec un langage qui est propre à la BD. Il y a une grande richesse dans vos cases. Vous jouez beaucoup sur les plans. Les informations utiles à l’avant-plan, les gags visuels, dynamiques et sur plusieurs cases en arrière-plan. Qui de vous deux en est le responsable ? Comment naissent ces nombreux gags hilarants ? Proche de l’Oubapo, non ?

Michel: Les idées de gags viennent de nos discussions. Parfois, elles sont dans le scénario, parfois Ghyslain en ajoute. Le scénario n’est pas complètement écrit lorsque Ghyslain commence à dessiner. Il y a un synopsis qui sert de guide, mais j’ai seulement une dizaine de pages d’avance. Il arrive que le dessin inspire un gag que j’intègre plus loin dans le scénario.

Ghyslain: Michel a une grande qualité: il est ouvert aux propositions et j’apprécie son franc-parler. Il faut parfois me recadrer lorsque j’en fais trop. Pour cette série, nous sommes en constante discussion.

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Y’a-t-il parfois des scènes que vous supprimez ? Au niveau du scénario ? Et au niveau du dessin ?

Michel: Oui. Beaucoup. Mais je les garde en mémoire et, si possible, je les utilise plus tard. Par exemple, dans le premier épisode, je voulais une poursuite en moto dans les couloirs du métro de Montréal. Ça n’a pas été possible pour ce récit, mais j’ai mis cette poursuite dans le deuxième album.

Ghyslain: Lorsque Michel me fournit le scénario, l’action est déjà pas mal établie… Mais Michel fait toujours une révision des planches que je lui envoie. Parfois, il faut ajouter/peaufiner un gag ou encore éclaircir une situation. Michel est assez pointilleux… et c’est tant mieux.

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Pour mener à bien ce genre d’exercice, il y a une alchimie à trouver entre le clin d’oeil et l’originalité. Sans faire dans le copier-coller. Comment avez-vous assaisonné cet univers vintage ?

Michel: Je n’ai revu aucune des vieilles séries télé qui m’ont inspiré. Je n’en garde que des impressions et c’est celles-ci que j’utilise. J’essaie de construire un récit qui correspond à ces réminiscences.

Ghyslain: De mon côté, oui. Pour le dessin, j’ai réécouté (NDLR. revu comme on dit avec moins de délice dans nos contrées) 2-3 séries des années 60. Particulièrement Chapeau Melon durant la période Diana Rigg. Man From U.N.C.L.E et Get Smart de Mel Brooks. Et les vieux Bond, Matt Helm. Mais pour le dernier album (Summer of love), je me suis plutôt tourné vers des films comme Easy-Rider, Bullit et In the heat of the night.

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Vintage, car vous remontez le temps jusqu’il y a plus de cinquante ans. Pourquoi avoir choisi les années 60 ? L’espionnage moderne, ça vous tentait peu ?

Michel: L’espionnage moderne pour moi, c’est un type en caleçon qui mange des Doritos devant son ordinateur! Dans les années 1960, il n’y avait pas toute la technologie qu’il y a aujourd’hui. Il fallait chercher une cabine téléphonique… Mais, dans le cas de MacGuffin et Alan Smithee, c’est le cadre du premier album qui a déterminé l’époque : l’Expo 67.

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MacGuffin et Alan Smithee, c’est donc une affaire de style, vestimentaire mais aussi dans les véhicules que notre duo va conduire et/ou détruire ?

Michel: Je sais que Ghyslain aime dessiner des véhicules de cette époque alors j’essaie d’en mettre le plus possible et de différents modèles.

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Ironiquement, je ne sais pas conduire (je suis trop lunatique pour prendre un volant), alors parfois Ghyslain me reprend et me dit que c’est impossible de faire telle ou telle chose…

Ghyslain: Au niveau vestimentaire, une des caractéristiques de Mac, c’est qu’elle n’a jamais le même vêtement d’une scène à l’autre. J’essaie d’être le plus fidèle possible et aussi de surprendre.

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Au-delà de ça, c’est une ambiance à saisir, celle de l’Expo 67. On en parle encore à Montréal. Comment avez-vous reconstitué ce décor grandeur nature ?

Michel: Je suis né dans les années 1960. J’ai donc connu ces années. Toutefois, j’ai fait beaucoup de recherches (livres, journaux d’époque, internet). J’avais un plan de l’Expo et j’établissais l’action en fonction de celui-ci. Je sais exactement où sont les personnages à chaque moment du récit. Lorsque je trouvais un document visuel intéressant, je le conservais pour Ghyslain.

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Pourquoi ce moment ?

Michel: L’Expo 67 a eu une influence considérable au Québec et a marqué l’imaginaire populaire. C’était l’ouverture sur le monde, une sorte d’entrée dans la modernité, après les décennies du régime conservateur et rétrograde de Maurice Duplessis. 2017, marquait d’ailleurs le 50e anniversaire de cette exposition universelle.

Vous l’aviez visitée en son temps, cette expo ?

Michel: J’étais trop jeune. Mais l’exposition a continué pendant quelques étés. J’y suis allé en 1968.

Ghyslain: Trop jeune…

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C’est d’autant plus surprenant que les deux tomes déjà parus des aventures de vos héros s’implantent tous les deux dans cette expo. Là où on aurait pu imaginer que le deuxième nous entraînerait ailleurs, non ? C’est pourtant bien joué, sans redite, et en nous permettant de visiter ce temps béni de l’amitié internationale, ou pas, d’une autre manière. Ces deux albums ont-ils été écrits comme une suite dès le départ ?

Michel: Dès le départ je prévoyais une suite. D’ailleurs l’antagoniste du deuxième album est caché quelque part dans les pages du premier! Si! Si! Cherchez-le! Mais comme nous ne savions pas si l’éditeur allait poursuivre la série, nous n’avons pas insisté sur le fait qu’il y aurait un second épisode. Nous voulions que le premier album soit complet en lui-même.

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La première chose qu’on voit d’un album, c’est sa couverture. Comment avez-vous imaginé celles des deux premiers albums ? Y’a-t-il eu beaucoup de tests, de recherches ?

Michel: Nous avons faits quelques tests. Il était important pour nous de montrer les deux personnages principaux à égalité. Puis, comme la série est nouvelle, il fallait également que le lecteur comprenne tout de suite de quoi il s’agissait. Nous nous sommes donc un peu inspiré des affiches des films de James Bond des années 1960-70.

C’est quoi une bonne couverture en fait ?

Michel: Une bonne couverture, elle attire l’attention du lecteur et lui donne envie de lire le livre, tout simplement!

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Quelle est la genèse de ce projet ?

Michel: J’avais envie de raconter une histoire qui se déroulerait sur le site de l’Expo 67 avec ses pavillons à l’architecture futuriste. D’ailleurs Robert Altman a utilisé ces pavillons pour son film de science-fiction Quintet avec Paul Newman.

Une bonne histoire d’espionnage parodique, c’est quoi ?

Michel: Les mêmes ingrédients qu’une bonne histoire d’espionnage : du suspense, de l’action, des poursuites et des décors qui font rêver, mais avec de la verve, des clins d’œil, des gags et des gaffes.

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Sans oublier les gadgets ! Qu’y trouve-t-on dans ces albums ? Vous vous êtes mis dans la peau d’un inventeur farfelu pour les créer ?

Michel: Quand un de nos espions a besoin d’un instrument, j’essaie de penser quelle forme inusitée il pourrait avoir. Plus c’est improbable, meilleur c’est!

Ghyslain: On a aussi développé l’idée que Smithee était inconfortable avec les gadgets, ça ajoute aux possibilités de gags.

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Comment le duo MacGuffin/Alan Smithee s’est-il créé dans toute sa splendeur et ses divergences ?

Michel: À partir d’un dessin de Ghyslain. Il avait fait une sorte d’hommage à À bout de souffle de Godard. Je rêvais à mon histoire à l’Expo. Je lui ai demandé s’il faisait quelque chose de ces personnages et lui ai proposé de faire un récit d’aventures à l’Expo. Les personnages sont nés ainsi.

Un duo, ça s’imposait pour faire vivre vos histoires ?

Michel: Un duo permet d’avoir des échanges, d’avoir une sorte de ping-pong verbal. Sinon, on se retrouve avec un personnage qui parle tout seul ou avec son cheval…

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D’autant plus que MacGuffin n’est pas une jamesbondgirl, une faire-valoir de Smithee. Les deux héros sont sur un même pied d’égalité, non ?

Michel: Tout à fait. Ce sont deux agents égaux, aussi braves et efficaces l’un que l’autre, mais avec des méthodes différentes. Ils sont complémentaires et contrasté. Il est posé, elle est fougueuse; elle est moderne, il est traditionnel; il écoute de l’opéra, elle de la pop, etc. Je ne voulais pas jouer avec les clichés habituels de l’homme efficace et de la femme maladroite ou avec le contraire que l’on voit aussi souvent, la femme brillante et l’homme musclé, mais sans cerveau.

Ghyslain: Par rapport aux caractéristiques des personnages, j’ai totalement embarqué… On s’entend parfaitement sur la trajectoire des personnages.

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Et physiquement, vous êtes-vous servis de modèles ? Créer cet univers a-t-il demandé beaucoup de recherches et documentation ?

Ghyslain: Le dessin dont parlait Michel, c’est une inspiration de la photo où l’on voit Jean Seberg et Belmondo marcher dans les rues de Paris. Cette époque m’a toujours plu. J’avais remplacé les 2 personnages par des caricatures de Bardot et Ventura. C’était une Bardot, le regard éveillé, prête à foncer. Et un Ventura, bourru, un peu renfrogné. Je suis bien content que ça l’ait inspiré.

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Pour l’univers, comme je disais plus tôt, beaucoup de recherches au niveau des véhicules, des vêtements et les couleurs à donner à l’album. Michel fait aussi beaucoup de recherches et est de bons conseils.

La notion d’identité secrète est importante, là aussi. Et un autre gag à comique de répétition naît : la recherche du prénom de MacGuffin. À chaque mission réussie, Smithee peut l’interroger pour le découvrir. Et vous, vous le connaissez ?

Michel: J’avais en réserve deux noms que je pensais utiliser un jour « MacGuffin » et « Alan Smithee », deux clins d’œil au cinéma. MacGuffin étant un patronyme, j’ai décidé d’en affubler le personnage féminin et de faire un jeu avec son prénom qui est inconnu de tous, sauf de moi. Même Ghyslain l’ignore.

Ghyslain: C’est Hénédine. 😉 (C’est vrai, je ne le sais pas.)

Autre aspect marquant de votre art, Ghyslain, vous aimez jouer avec le feu, non ? Avec un rendu très spécial, assez proche du rough ? C’est fort. Comment avez-vous élaboré cette façon de faire, de trancher ?

Ghyslain: Hum. Honnêtement, je ne sais pas vraiment comment définir mon dessin. Je travaille à ce que mes planches soient agréables à lire.

On dit souvent que le seul inconvénient de la BD, c’est qui lui manque du son. Pourtant, ce que vous nous donnez à voir est très sonore, non ? Que ce soit par les onomatopées stylisées, mais aussi en faisant appel à la mémoire musicale des lecteurs via quelques scènes sur des chansons (les Stones, les Beatles, etc.). En écrivant, vous pensez au son que revêtira votre BD ?

Michel: En écrivant, j’entends les « voix » des personnages. Ce sont ces voix qui dictent les dialogues. Par exemple, Morisset ne parle pas comme Smithee.

Et, justement, quelle bande-son/setlist conseilleriez-vous au lecteur pour lire ces deux albums ?

Michel: De la musique pop de l’époque ou des bandes sonores d’Ennio Morricone.

Ghyslain: L’album Comic Strip de Gainsbourg. 🙂

Au niveau son, si on devine bien ça et là des spécificités québécoises, vous n’avez pas joué sur l’accent et les expressions propres à votre belle culture, pourquoi ?

Michel: Tout simplement parce que nos deux personnages principaux ne sont pas Québécois. MacGuffin est écossaise et Alan Smithee français. Aussi, bien que je parle « joual », j’écris en français. Si j’étais Marseillais et que j’écrivais un western, je ne ferais pas dire « Peuchère! » et « Bonne mère! » à mes cowboys.

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Par contre, il y a des citations latines que prononce Smithee, ça fait Astérix, un peu ? Pourquoi cette idée dépaysante ?

Michel: Pour montrer le côté intellectuel et classique de Smithee. Encore une fois, pour faire un contraste avec MacGuffin.

Vous l’avez dit, Smithee est français et MacGuffin, écossaise ; mais le méchant est russe et les espions de toutes les nationalités imaginables. Ça coulait de source de placer vos aventures sur l’échelon international ?

Michel: Oui. Cela va avec le genre. Si les deux premiers albums se déroulent à Montréal, c’est simplement qu’ils forment un diptyque (bien que les épisodes soient indépendants).

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Vous autoriserez-vous à aller ailleurs ? À parcourir le vaste monde et tous ses dangers ?

MV : Dans le troisième tome, qui est terminé, nous envoyons nos espions un peu plus au Sud : au Mexique et aux États-Unis.

Avez-vous beaucoup de scénarios/d’idées en réserve ?

Michel: Les années 1960 étaient assez mouvementées. J’ai déjà des pistes de scénarios, des thèmes, que je veux aborder dans les prochains tomes.

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En guise de récréation, vous faites aussi des intermissions ? Vous nous expliquez le concept ? Elles sont uniquement disponibles sur Internet ? Les publierez-vous un jour sur papier ? (Si oui, ça m’intéresse vraiment, je suis devenu fan de Smithee et MacGuffin)

Michel: Ce sont effectivement des récréations pour faire patienter les lecteurs entre deux albums. Elles viennent d’une suggestion de Ghyslain : « Que font nos héros entre deux missions? » Ce sont donc de courtes histoires, plus ludiques, moins sérieuses que les longs récits. Pour le moment, nous les mettons en ligne gratuitement et nous les publions sous forme de petits fanzines à tirages très limités (30 ex.). Un troisième est en préparation (il est déjà en ligne). Peut-être qu’un jour lorsque nous aurons assez de pages, elle seront reprises dans un album…

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Smithee et MacGuffin ont-ils traversé les océans pour arriver en Europe ?

Michel: Nous aimerions beaucoup, évidemment! Nous espérons trouver un partenaire européen qui serait intéressé d’éditer ou coéditer la série.

Parlez nous un peu de votre éditeur, Perro BD ?

Michel: Bryan Perro est un auteur de romans jeunesse. Il a remporté un immense succès au Québec et ailleurs dans le monde avec la série Amos Daragon.

Il s’est lancé dans l’édition il y a quelques années, mais nous avons appris en janvier qu’il arrêtait ses activités. Nous sommes donc orphelins d’éditeur! La série MacGuffin et Alan Smithee est donc disponible!

Parallèlement à MacGuffin et Alan Smithee, Michel, vous avez sorti chez Glénat, L’affaire Delorme. Vous nous en dites un peu plus ?

Michel: C’est un album de 150 pages, en n&b, qui retrace une cause judiciaire très célèbre au Québec. Dans les années 1920, alors que l’Église catholique était toute puissante, un prêtre a été accusé d’avoir tué son frère pour s’accaparer la fortune familiale. Il a fallu quatre procès pour en arriver à un verdict.

Pour cet album, vous vous êtes associé à Grégoire Mabit, un dessinateur qu’on connaissait très peu jusque là. Vous nous le présentez ?

MV : L’affaire Delorme est le premier album professionnel de Grégoire. C’est un jeune dessinateur d’origine française qui est établi au Québec depuis une dizaine d’années. En illustrant ce scénario, il a découvert une partie de l’histoire de sa nouvelle patrie! Ça ne devait pas toujours être évident pour lui, mais la collaboration s’est très bien déroulée. Il a un autre projet en cours, mais nous avons l’intention de nous attaquer à une autre affaire criminelle après.

La suite, pour vous deux, quelle est-elle ? Quels sont vos projets en commun ou individuellement ?

Michel: La série MacGuffin et Alan Smithee est actuellement en pause. Espérons que ce soit temporaire, car nous nous amusons bien avec ces personnages et ce n’est pas les idées qui manquent. En attendant, nous travaillons sur un projet qui sera vraisemblablement publié par Glénat Québec en 2021.

© Viau/Duguay

De mon côté, j’ai un album qui devait paraître en mai (la sortie sera sûrement retardée à cause de la pandémie de Covid-19). Il s’agit de la biographie d’un gangster québécois, Richard Blass. Le dessin est de Jocelyn Bonnier. J’ai aussi un projet en cours sur le naufrage de l’Empress of Ireland, la pire tragédie maritime canadienne. Ces deux albums doivent paraître chez Glénat Québec.

Richard Blass © Viau/Bonnier
© Viau/Lachance

Merci à tous les deux. Et on vous souhaite le meilleur à vous et vos héros. Parce que deux tomes réservés aux lecteurs principalement québécois, c’est résolument trop court.

Série : MacGuffin et Alan Smithee

Tomes : 1 – Mission Expo 67 et 2 – Opération Grande Zohra

Scénario : Michel Viau

Dessin et couleurs : Ghyslain Duguay

Éditeur : Perro

Nbre de pages : 68

Prix : 22,95$

Date de sortie : le 15/10/2017 et le 24/07/2019

Extraits : 

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