Le petit Dickie illustré… toujours irrévérencieux : Monsieur-tout-le-monde est un irrésistible salaud en mode « ferme, drogue et rock’n’roll

© Pieter De Poortere chez Glénat

Bon, c’est pas bientôt fini cette avalanche de bons sentiments et de beaux voeux pour l’année prochaine? Et que tout se passe bien. Et qu’elle soit meilleure et tchik et tchak, ahah… Mea culpa, nous avons aussi participé au mouvement de bonnes ondes. Mais, pour le rire, parce que l’humour noir est aussi le propre de l’Homme, nous vous souhaitons qu’elle soit pire que tout. Parce qu’au moins ça donne matière à Pieter De Poortere pour entraîner son inénarrable caméléon de petit fermier, Dickie (Boerke en version originale) dans des planches amorales mais terriblement gag et irrévérencieuses.

Résumé de l’éditeur : Prêts pour un baptême d’humour noir ? Ne connaissez-vous pas Dickie, ce personnage débonnaire à tête de Playmobil qui se balade partout en sabotant tout ce qu’il touche ? Peut-être l’avez-vous vu au détour d’un épisode de sa série animée sur Adult Swim ? Ou bien au cours d’une de vos visites au musée de la Bande Dessinée à Bruxelles où on le retrouve exposé ? Son auteur, Pieter De Poortere, n’épargne personne : il promène son Dickie dans l’imaginaire collectif, de la conquête du Far West aux Télétubbies, et met en relief les aspects les plus douteux de la personnalité humaine. Dans toute sa bonté naïve, Dickie prend sur lui les péchés de l’humanité, il les incarne et devient le plus immoral des êtres humains. Sortira-t-on pour autant purifié de la lecture de ses aventures ? Pas certain…

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Alors que les grands anciens ne prennent pas une ride, ou en tout cas, continuent de squatter les têtes de gondoles, avec des originaux ou des reprises tous azimuts, il n’est pas si évident d’installer un nouveau personnage, de faire date avec lui dans le monde de la BD au XXIe siècle. Pourtant, depuis vingt ans, Dickie, le petit fermier à la tonsure prononcée et à la moustache marquée, avec sa salopette remarquable. Monsieur-tout-le-monde… mais en diable, as du déguisement (parfois litigieux), toujours dans les mauvais coups.

© Pieter De Poortere chez Glénat

Au gré de ses mille vies décadentes et capables du pire, Dickie s’est confectionné une belle collection de huit albums (+ un hors-série, Dickie Kid) et un beau lot de publications dans la presse. Vingt ans de gags qui trouvent de plus en plus voie au chapitre animé (avec une série, nominée cette année pour les Ensor, récompenses cinématographiques et télévisées flamandes) et qui expliquent bien des catastrophes de notre monde moderne (ou même antiques et préhistoriques). L’arrivée du nazisme, l’incendie de Notre-Dame, le naufrage du Titanic ou de l’Arche de Noé, quelques guerres de religions, la Clinton-Gate (enfin, ça, c’était plutôt son alter ego féminine, Vickie) et j’en passe, et des meilleurs.

Revisitant l’Histoire mais aussi les contes et légendes, la Bible ou les mythologies, Pieter De Poortere ne répond à aucune règle consensuelle et préfère choquer, être trash autant que surréaliste. Sur sa page Facebook, il semble avoir mille idées à la seconde : dernièrement, il a imaginé ce que donneraient certaines pochettes de disques cultes dans le monde de son bouseux, ou des combats improbables en mode Street Fighter.

Cela, il le fait toujours en laissant toujours le doute sur les intentions de son petit bonhomme, est-ce un grand maladroit naïf ou un génie du mal ? La question n’est pas là, toujours est-il que cela fait vingt ans que ce héros cocasse, aimant le comique de répétition et de falsification des événements, mais aussi les petits jeux (façon où est Dickie ou des sept différences), pour prendre notre société moderne en grippe et lui faire ravaler son orgueil. Ici, tout le monde en prend pour son grade, quitte sous le couvert de rire à réfléchir à nos comportements déviants : consommation effrénée, égoïsme, obsessions… Sans mot mais sans filtre, Pieter De Poortere à un style de tueur, direct, gratuit sans jamais vraiment l’être, tant il nous fait payer la facture. Et si l’esprit flamand passe parfois mal dans la compréhension de l’une ou l’autre planche, l’universalité du rire cynique, irrésistible, est à l’oeuvre dans les 164 planches du deuxième tome des oeuvres complètes de Dickie, allant de 2011 à 2021, sous le titre du Petit Dickie illustré.

© Pieter De Poortere chez Glénat
© Pieter De Poortere chez Glénat

Mais, dans la manière dont cet album est marketé et vendu, j’ai l’impression que cette appellation d’oeuvres complètes prête à confusion et est abusive. J’ai l’impression qu’elles sont le complément des albums déjà parus. Je ne les ai pas tous lus mais je n’en retrouve pas les gags et les thématiques (l’espace, le temps des chevaliers…). C’est donc loin d’être exhaustif mais ces gags n’ayant pas trouvé leur place dans la « série-mère » sont loin d’être faiblards et voilà de quoi commencer l’année avec la banane irrévérencieuse même si le pire n’est pas derrière nous.

© Pieter De Poortere chez Glénat

Série : Dickie

Sous-série : Le petit Dickie illustré

Les oeuvres complètes (2011 – 2021)

Scénario, dessin et couleurs : Pieter De Poortere

Genre : Gag, Humour noir, Parodie

Éditeur : Glénat

Collection : 1000 Feuilles

Nbre de pages : 164

Prix : 25€

Date de sortie : le 01/12/2021

Extraits : 

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