Swysen et Bazile mettent des couleurs et des voix sur le cinéma noir et blanc et muet de l’intemporel Charlie Chaplin

Aux Éditions Soleil, Jean-Luc Istin est le pitcheur de première lorsqu’il faut créer une nouvelle série, voire une collection (une armée d’elfes, nains, orcs, gobelins et autres mages en témoigne) et chez Glénat, plus proche du thème qui nous occupe aujourd’hui, c’est la collection 9 1/2 qui est présidée par Noël Simsolo. Entre autres. Mais, Dupuis n’est pas en reste puisqu’avec Bernard Swysen, l’éditeur de Spirou vient de lancer coup sur coup deux collections à fort encrage réel. Après la Véritable histoire vraie (plus que jamais en cours puisque Staline arrive bientôt) faisant la part belle (ou laide, c’est selon) aux grands méchants de l’Histoire, c’est au tour des Étoiles de l’Histoire d’entrer en scène. Emmenées par la démarche mal assurée de Chaplin.

© Swysen/Bazile/Cerise chez Dupuis

Résumé de l’éditeur : Londres, le 16 avril 1889, un petit garçon voit le jour. Charles Chaplin va vivre son enfance avec sa mère et son frère Sydney. Une enfance misérable mais heureuse jusqu’au jour où sa mère se fait interner en asile psychiatrique. Avec son frère, ils montent très tôt sur les scènes de music-hall anglais et apprennent les ficelles du métier. Pantomime, danse, chant… tout y passe.C’est à l’âge de 19 ans qu’il est repéré par l’impresario Fred Karno, qui va l’envoyer en tournée aux États-Unis. Il reviendra s’y installer définitivement et en 1914, il créera pour les besoins d’un film un personnage burlesque. Pantalon ample, petit chapeau, moustache noire et canne. Un costume qui va le rendre célèbre à travers le monde en un éclair. Acteur et scénariste de génie, sa filmographie court sur 65 ans au fil de plus de 80 titres !

© Swysen/Bazile/Cerise chez Dupuis

Comme nous le disions il y a peu, avec l’interview de David François, dessinateur d’une autre adaptation de la vie de Charlie Chaplin (mais avec le moins de possible de Charlot), cet immense acteur-réalisateur devenu icone de la première partie du XXe siècle reste méconnu du grand public. Du moins dans ses tripes, dans ses élans personnels au-delà de son personnage (auto-)fictionnel adulé et intemporel.

© Swysen/Bazile/Cerise chez Dupuis

En plus d’une grande exposition à la Philharmonie de Paris, deux nouveautés BD rattrapent donc le coup, coup sur coup, et tentent de s’approcher du mythe pour mieux connaître l’homme. Passer au-delà du chapeau-melon et de la canne. Et de la moustache. Bernard Swysen et Bruno Bazile tentent donc de raser de près celui qui avant d’être une star en Amérique était un pauvre en Angleterre. Fils d’une chanteuse qui avait perdu sa voix. Est-ce pour cela que Charles Spencer a fait carrière dans le muet. Peut-être pas mais sans doute est-ce là, dans ces premières années d’une vie qui reste à gagner que se font les self-made man. Sans un sou mais avec du bagout et de la créativité, un style et une vision de leur époque et de ce qu’elle va devenir.

© Swysen/Bazile/Cerise chez Dupuis

Sur une histoire qui colle à l’Histoire (du Neuvième Art comme celle du quasi-siècle que Charlie Chaplin a surplombé et sur lequel Charlot a trébuché avec délice), Bernard Swysen et Bruno Bazile (détective privé pour reconstituer à tel point de justesse toutes ses époques traversées) ont en plus la chance d’avoir la bénédiction d’un Claude Lelouch très touchant en préface. En septante planche, les deux auteurs casent le plus d’éléments possible. C’est serré, avec beaucoup de cases par page, écrasée souvent de texte. Il manque un peu de la légèreté si caractéristique du personnage. Bruno Bazile la fait ressentir et n’a aucune difficulté à rendre expressif ce monde du cinéma en pleine mutation malgré ce ténor qui refusait de prendre la parole à l’écran. Joyeux mais sachant se faire sérieux, voire colérique. Conjurant le noir et blanc, c’est Cerise qui applique des couleurs  justes, pour faire ressortir les personnages, très dynamiques, sans négliger le décor riche en détails.

© Swysen/Bazile/Cerise chez Dupuis

Pourtant, ça manque aussi de la dureté dont était capable ce comédien devenu homme d’affaires cinématographiques. Le scénario en effleure ses aspérités sans les creuser, là où le premier album de Chaplin en Amérique de Laurent Seksik et David François laisse plus augurer une face sombre. Par contre, dans son assiduité aux faits véridiques, le scénario de Bernard Swysen est rigoureux, précis. Et les anecdotes racontées sont assez incroyables (La ruée vers l’or, par exemple ou la volonté de Charlot de rester un pantomine). On se laisse emporter par l’énergie et la générosité de ce créateur qui a souvent réussi à faire ce qu’il voulait en dépit de ce que souhaitaient les studios, aujourd’hui devenus tyranniques. Pourtant, il y a un goût de trop peu, l’impression d’être face à une évocation trop gentille, qui a eu peur de s’émanciper de la lumière, imposante, de ce géant du Septième Art. Il faut dire que la rivalité est dure : on a tellement été emportés par le premier tome de Chaplin en Amérique.

© Swysen/Bazile/Cerise chez Dupuis

Série : Les étoiles de l’Histoire

Tome : Charlie Chaplin

Scénario  : Bernard Swysen

Dessin : Bruno Bazile

Couleurs : Cerise

Préface : Claude Lelouch

Postface : Elie Barnavi

Genre: Biographie, Cinéma

Éditeur: Dupuis

Nbre de pages: 76 (+ 9 pages de filmographie avec photos)

Prix: 19,95€

Date de sortie: le 04/10/2019

Extraits : 

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