Après l’exceptionnel Dans la tête de Sherlock Holmes, c’est dans la tête Moriarty que nous entraînent Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi: autopsie sous opium d’un titre qui va faire date dans l’univers du manga

“Les hommes ne savent être ni entièrement bons, ni entièrement mauvais” (Machiavel)

Résumé: Le mythe de Sherlock Holmes revisité à travers les yeux de Moriarty! Fin du XIXe siècle, l’Empire britannique a atteint son acmé…Albert Moriarty, fils ainé du comte Moriarty, est révolté par le système social fondé sur la hiérarchie des classes et profondément enraciné dans les esprits. Deux frères rencontrés dans un orphelinat vont lui permettre de se lancer dans un projet d’une ambition folle: apporter la paix au pays tout entier. Eh oui, l’ennemi juré de Sherlock Holmes cachait un secret…!

Sir Conan Doyle a jeté les bases et après plusieurs années son oeuvre perdure et de la plus belle des manières. Nous en apportons régulièrement la preuve !

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Nous sommes en Angleterre à l’époque victorienne, l’Empire britannique est à son apogée et  jouit d’un pouvoir militaire et commerciale quasi-mondial grâce à ses colonies. Les prolétaires et les sous-prolétaires subissent la domination des nantis. Abusant de leur pouvoir et protégé de la justice par leur statut, les riches se laissent aller à leur plus bas instincts, allant du meurtre aux viols ou à tous les trafics leur rapportant encore plus de richesse. C’est dans cet univers impitoyable qu’on découvre la jeunesse et l’ascension du plus grand cerveau criminel, j’ai nommé William James Moriarty. Nous allons comprendre enfin ce qui a poussé ce génie du mal à comploter, fomenter des rébellions et des assassinats et de devenir le pendant négatif de Sherlock Holmes.

Le duo qui nous donne tant de plaisir, ici, n’est autre que Ryosuke Takeuchi au scénario et Hikaru Miyoshi au dessin. Le premier est le scénariste de la série « ST&RS » et « All you need is kill ». Hikaru Miyoshi est connu pour avoir exprimé son art dans la série « Psycho-pass Inspecteur Akane Tsunemori ».

Sur le plan graphique, il n’y a rien n’a redire. Le trait est fin et maîtrise. La trame est bien exploitée. Les visages sont beaux et soignées (je trouve que ça renforce l’aspect dandy, un peu à la Georges Descrières dans « Arsène Lupin ») propre à l’époque. Les expressions sur les visages sont cohérentes avec les actions. La détresse palpable des différents personnages, même secondaires, est bluffante et renforce l’aspect dramatique. Le charisme de Wiliam est bien retranscrit. Son caractère impitoyable est masqué sous des traits angéliques. Hikaru Miyoshi met bien le scénario en valeur grâce à sa rigueur et l’esthétique qu’il déploie durant l’ensemble du manga.

Le scénario est tout simplement envoûtant. On se place enfin dans la tête de l’ennemi de Sherlock Holmes. On peut comprendre comment il en est arrivé à être le plus grand génie du mal. On comprend que les inégalités sociales peuvent vite faire tourner la tête, même aux cerveaux les plus brillants. Brillant c’est le qualificatif qui colle le plus au manga. Le machiavélisme de Moriarty face aux manigances et aux crimes les plus viles de la classe dominante est exceptionnel. L’ensemble des « énigmes ou contrats » qu’on lui confie pour rendre la « justice » permet de varier les défis et nous montre toute l’étendue de ces connaissances et de son savoir faire diabolique.

Notre anti-héros peut ainsi aider les gens dans le besoin et obtenir un ascendant indéfectible sur eux en les impliquant dans ces actes délictueux. Mais grâce a ses manipulations il reste focalisé sur son but final: l’éradication des classes sociales. Le mal pour guérir le mal mais est-ce que la fin justifie les moyens?… Et c’est là que le scénariste est fort; les actes commis par les Moriarty se justifient mais restent quand même punissables. Il ne fait l’apologie de la violence mais explique simplement les faits et comment toute la mécanique se met en place. On ne se lasse pas non plus car il y a beaucoup d’intervenants différents, ce qui enrichit considérablement l’histoire. Le rythme est assez soutenu ce qui provoque une immersion quasi-instantanée (j’ai lu le premier tome et, le lendemain, j’achetais les 4 autres suivants).

Je pense que c’est un des meilleurs mangas policier. L’intrigue est riche grâce à un scénario bien charpenté, au charisme des personnages et à l’esthétisme du dessin. Une oeuvre magistrale. Ce seinen plaira aux inconditionnels de Sir Conan Doyle comme aux profanes. La description de la vie à l’époque est très bien respectée ainsi que les lieux où se passent les actions. Les Editions Kana ont fait un super travail sur la mise en valeur des différents protagonistes grâce à un bon choix de couleurs pour la jaquette ainsi que pour la double page. L’impression est toujours aussi rigoureuse.

Titre: Moriarty

Tome: 1

Scénario: Ryusuke Takeuchi

Dessin: Hikaru Miyoshi

Traduction: Patrick Honnoré

Genre: Seinen/policier

Éditeur: Kana

Nbre de pages: 212

Prix: 6,85€

Date de sortie: 22 juin 2018

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