
Féru de voyages, musicaux qui plus est, Philippe Charlot nous embarque pour les États-Unis, quelque part entre le Mississippi et Memphis, pour un voyage où rien ne se passe comme prévu. Un acteur réincarnant le damné Robert Johnson va découvrir ceux qui font encore vivre le blues, entre hier et aujourd’hui. Où vont les racines des pionniers?
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Résumé de Delta Blues Café par Grand Angle : À l’occasion de la sortie de son film sur Robert Johnson, du blues dans les veines, Laup, acteur noir de Guyane française, est encensé par la critique. Seule ombre au tableau : le commentaire acerbe du professeur Moore de l’université du Mississippi, un vieil homme blanc spécialiste des musiques afro-américaines du début du xxe siècle. Alors en tournée de promotion, Laup profite d’un passage dans la région pour rencontrer le professeur. L’accueil est glacial. Contre toute attente, le jeune acteur décide de suivre le vieil homme dans sa quête de disques oubliés… et d’un amour perdu. Leur périple les conduit chez l’extravagante Jezie, ange gardien de ce Delta Blues Café où se réunissent les fans de blues, et où tout peut arriver, le meilleur comme le pire…

La tournée de son film est triomphale, les salles sont combles dans chaque ville. Et pourtant… Il a suffi qu’un vieil hurluberlu aigri – certes sommité dans le domaine – quitte la salle sans un mot pour que Laup, star montante du cinéma, dévisse, échappe à la trajectoire de promotion. Au grand dam de son assistante qui n’aura de cesse d’essayer de le récupérer. Peine perdue? Pris dans une histoire qui le dépasse, sur une bande-son qui n’est pas de son âge mais qui a vite fait de l’habiter, Laup va vivre l’expérience de sa vie. Entre les fantômes et les vivants. Entre l’amour des disques, du son qui craque, des guitares et des voix live, et la dématérialisation de la musique. Cette histoire comme un symbole des temps qui courent, qui ensevelissent ou font resurgir des choses. Des secrets de famille et d’amour aussi.

Dans un décor où les racistes d’hier ne sont pas forcément ceux d’aujourd’hui, Philippe Carlot a entraîné dans ses (micro)sillons Miras. La première planche en noir et blanc, avec des acteurs qui crèvent l’écran et le diable, est une dinguerie. Miras, c’est un dessinateur balèze, qui insuffle un réel souffle de vie à ses personnages, trouvant le juste équilibre entre l’expressionnisme et l’hyperréalisme. La couverture de cet album, avec son souci du détail et du symbole, dans et autour de la guitare, en est la preuve parfaite. Tellement immersive. S’il accepte de rentrer dans la guitare, c’est tout un monde qui s’offre au lecteur. Alors, je dois avouer, deux choses m’ont un peu parasité. Les paroles chantées dans les phylactères en français (alors qu’on est en plein coeur de l’Amérique anglophone). Puis, la couleur des planches m’a un peu perturbée, peut-être sont-elles un peu trop fortes, trop saturées. Alors que certains paysages, impressionnistes, sont magnifiques.


Mais une fois que je me suis habitué à cette lumière aveuglante au début, j’ai été captivé par cette aventure absurde et pourtant tellement sensée pour les héros qui la mène (un casse improbable, à la clé), les rebondissements et gags proposés, et l’intensité du mystère qui est larvé là. Pour certains personnages, c’est la dernière fois qu’ils peuvent crever l’abcès et faire éclater une vérité qui peut tout changer. Le déroulé est ludique mais le sous-texte est si fort. À l’heure où tout va plus vite qu’un 78-tours, que la tradition orale même, où l’on se demande quels grands artistes du XXe siècle survivront encore longtemps à l’ère du zapping et des stars qui chassent les autres sur les plateformes numériques, j’ai aimé prendre un peu de temps pour découvrir ce blues original, habité, bien amené et bien joué.

À lire chez Grand Angle.
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