Oradour – L’innocence assassinée : un village choisi par opportunisme par les nazis, pour être rasé, martyrisé, être un exemple de la folie (in)humaine

À l’heure où l’on commémore les 80 ans du Débarquement de Normandie, D-Day, et alors que les héros de ce fait de guerre capitale se raréfient et auront bientôt tous disparu; forcément, la bande dessinée ne manque pas de ressources pour entretenir le souvenir de la deuxième guerre mondiale, dans sa globalité ou dans certains épisodes ultra-connus ou oubliés. Via des rééditions, des intégrales ou de nouveaux projets. C’est ainsi que les éditions Anspach ont exaucé le vœu de Robert Hébras, l’un des survivants de l’apocalypse qui a foudroyé un village qui n’avait rien demandé, au coeur de la Haute-Vienne (Nouvelle Aquitanie), non loin de Limoges: Oradour-sur-Glane. Choisi presque par hasard, par opportunisme et représailles, pour être anéanti.

© Miniac/Marivain chez Anspach

Résumé d’Oradour – L’innocence assassinée par les Éditions Anspach : 10 juin 1944. Remontant vers le front de Normandie, la division SS Das Reich détruit Oradour-sur-Glane, un paisible bourg de la Haute-Vienne, et y assassine 643 civils innocents. Seule une poignée d’entre eux parvient à s’enfuir du village encerclé par les nazis. Parmi ces survivants, le jeune Robert Hébras. Ce crime de guerre marque à jamais sa vie, comme celle des autres victimes, de leurs familles et de leurs proches.

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© Miniac/Marivain chez Anspach

10 juin 1944. Quatre jours après, le débarquement et les hordes de soldats au sang frais, qu’ils ne manqueront pas de verser, portent déjà leurs fruits. Les Allemands sont harcelés et les esprits de l’envahisseur désormais repoussé s’échauffent. À 500 km au sud des plages du Débarquement, les résistants retrouvent des forces pour des actions coups de poing qui sont autant d’embûches sur le chemin des soldats allemands. Là des ponts qui pètent; ici, une embuscade. « C’est de bonne guerre ». Mais le sturmbannführer Adolf Diekmann entend marquer les esprits et cherche un terrain propice pour mener une opération bien particulière. Raser un village, sans laisser aucune chance à ses habitants, peu importe qu’ils soient vieillards, femmes ou enfants. Tout le monde passé par le feu ou par les flammes.

© Miniac/Marivain chez Anspach

Pour bâtir leur impressionnante et saisissante reconstruction, les auteurs Jean-François Miniac et Bruno Marivain (le studio Cerise officie aux couleurs crépusculaires) ont pu se baser sur le témoignage de premier main de Robert Hébras. L’éditeur nous le présente: « Au fil des ans, M. Hébras s’est mué en témoin de l’Histoire : ainsi, en 2013, sa rencontre avec les présidents allemand et français, dans les ruines mêmes du village, marque la mémoire collective. L’ultime survivant de cette tragédie aspire ainsi à ce que cette dernière soit portée par la bande dessinée, afin de sensibiliser davantage encore à la récurrente menace de néfastes idéologies comme celle du révisionnisme. C’est dans cet esprit de constante pédagogie que Robert Hébras a initié cet ouvrage choral, animé par la plus scrupuleuse véracité historique, puis l’a accompagné avec bienveillance, au fil de sa création. Disparu en février 2023, Robert aura vu la moitié des planches. »

© Miniac/Marivain chez Anspach

Si l’histoire est connue, d’autant plus que le petit village martyr d’Oradour est resté dans l’état de sa damnation allemande et se visite avec la boule au ventre et l’effroi, l’incompréhension dans le regard, les auteurs ont la bonne idée de nous y faire arriver pas à pas, à tâtons. Avec différents personnages, utilisés comme des pauvres pions sur un échiquier infernal où ils ne font pas le poids, Miniac et Marivain brouillent les pistes. Le week-end commence, certains ont quitté le village, d’autres y arrivent à pied après le train et quelques détours. Le coeur est léger, pourtant les repères sont vite brouillés. Les Allemands sont en nombres, agressifs, autoritaires. Ils parlent dans leur langue, personne ne comprend rien, le lecteur non plus. De quoi susciter encore plus le malaise. Le village est petit mais les auteurs en font le tour en faisant appel à différents personnages à différents stades, préservés ou piégés dans la souricière. Puis avec les flashbacks pour comprendre ce qui a mené à ce charnier, y compris dans un lieu saint (comme quoi, le Dieu protecteur est un concept bien relatif). Pas ce qui l’explique, car c’est inexplicable.

© Miniac/Marivain chez Anspach

Dans cet acte de barbarie inhumaine et incompréhensible, les auteurs nous proposent un suivi en temps réel aux côtés de ceux qui survivront mais aussi de ceux qui tomberont, parfois d’une balle dans le dos, signe de la lâcheté de l’assaillant posté partout pour ne laisser aucune chance à… ces citoyens. Comme vous et moi. Un album incontournable et transcendant sur l’incandescence indécence des armées qui obéissent aveuglément et pensent pouvoir décider de la vie et de la mort de citoyens qui ne demandaient qu’un bref moment d’insouciance. Le dessin est admirable, l’ensemble ne glisse jamais vers le tire-larme, pour déboussoler, et désarmer.

À lire chez Anspach.

Preview: 

© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach
© Miniac/Marivain chez Anspach

Un commentaire

  1. J’ai découvert cette bédé à la suite d’un article enthousiaste dans Le Soir et plus encore cette terrible tragédie d’Oradour. Je partage votre appréciation sur cet album, votre analyse tout en finesse de leur récit tendant. Bravo pour remémorer si minutieusement cette page d’histoire en BD ! Et aujourd’hui de surcroît, alors que la guerre est à nouveau aux portes de notre vieux continent…

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