Machiavel symphonique à Villers la Ville, un sommet de rock progressif sublimé par 95 musiciens et choristes dans le magnifique écrin des ruines de l’ancienne Abbaye

Machiavel ! S’il y a bien un groupe légendaire dans l’histoire du rock belge c’est bien ce groupe dinosaure qui au fil des ans et malgré quelques embûches a su garder la tête hors de l’eau, fidéliser son public, et retrouver même une nouvelle jeunesse. Sous une météo agréable et clémente, le band s’est produit vendredi soir dans les ruines de l’Abbaye de Villers La Ville dans une configuration  » symphonique », et disons le tout de suite, la magie fut au rendez-vous.

Depuis les parkings déjà on pouvait apercevoir la grande scène à toit en arc de cercle, qui trône majestueusement face à de multiples rangées de sièges prêts à accueillir le public. Plusieurs catégories de prix étaient proposées aux spectateurs, toutes permettant une vision impeccable de la scène. Il ne restait plus qu’à espérer que le public vienne en nombre et que le son soit de bonne qualité.

Et là encore, ce fut de bonnes surprises car le site s’est rempli doucement mais surement d’un public de fans fidèles et visiblement impatients de retrouver leur groupe favori dans cette configuration symphonique qui alimente toutes les discussions.

Bravo aux organisateurs de Grand Opéra Productions qui dans l’ensemble ont bien géré l’événement avec professionnalisme tout en restant accueillants et bienveillants pour le public, la presse et les photographes. Ce n’est pas toujours le cas, il est donc bon de le souligner .

Machiavel est prévu à 21h, et c’est parfaitement dans les temps que les choristes et les musiciens de l’orchestre symphonique d’Ukraine font leur apparition sur les planches sous les applaudissements de la foule. Tout ce beau monde sera dirigé par la baguette du chef d’orchestre Grégoire Dune, qui sera aussi tout au long du show le lien inévitable entre le groupe et l’orchestre.

Plus de 90 personnes sur scène ça fait du monde, mais chacun trouve sa place et tous sont prêts à accueillir les héros du jour, les musiciens de Machiavel qui prennent eux aussi possession de l’impressionnante scène flanquée devant des ruines encore éclairées par la lumière du jour qui se coloreront au fil du temps avec la tombée de la nuit.

Et c’est parti pour nonante minutes de musique avec le premier titre After The Crop, un choix judicieux pour ouvrir ce concert exceptionnel. Dès les premiers accords on constate que le son est de bonne qualité et ça c’est une très bonne nouvelle car sonoriser tout ce beau monde en extérieur n’est certes pas une mince affaire.

La voix de Kevin s’impose immédiatement comme un des grands atouts du groupe dans la formation actuelle et même si personne n’oublie l’irremplaçable et iconique Mario Guccio, Kevin Cools est désormais totalement adopté comme la nouvelle voix du groupe et son nouveau frontman charismatique.

Et sur ce plan il progresse à chaque prestation le Kevin, et son nouveau look barbe et cheveux longs participe grandement à cette image de lead vocalist qui fait le show.

Le groupe enchaine dans la foulée avec Afterlife, Enlighted, Chronic Love, Magical Mess, avant de se lancer dans une très belle version orchestrale de The Fifth Season issu de l’album Mechanical Moonbeams. L’osmose entre le groupe les choeurs et l’orchestre est totale et on ne ressent aucun rajout par rapport aux compositions originales. Dieu sait pourtant si certains groupes se sont vautrés auparavant dans des prestations live avec orchestre symphonique.

Passer sa musique à l’épreuve du classique, c’est une certaine manière d’entrer dans l’histoire, c’est comme entrer à La Pléaide », déclarait Daniel Yvinec,  le directeur artistique de « Bowie Symphonic« .

Il est vrai que ce type de projet, c’est souvent de la déco, avec l’utilisation d’un orchestre qui se colle sur les compos du groupe histoire de donner une dimension plus lyrique aux compositions de base. Avec Machiavel, rien de tout ça, on sent que le travail de réarrangement des titres a été pensé pour leur donner une nouvelle patine, et un plus bel éclat.

Visiblement Kevin est subjugué par ce challenge orchestral, qui ne le serait pas, et il se lance dans une interprétation sans faille de Six Feet Under, sans doute un des titres les plus heavy metal du répertoire de Machiavel. Une belle manière de prouver qu’avec une voix comme la sienne il peut tout chanter et faire des miracles sur des compos qui envoient du lourd.

Christophe Pons, lui, lâche les chiens et nous envoie quelques solos de guitare incendiaires.

C’est l’heure de Wild as The Wind, celle là elle est magnifique commente Kevin, et en effet la version proposée ce soir dans ce bel écrin est superbe.

Il est l’heure pour Marc Ysaye de sortir de derrière sa batterie Yamaha pour se rendre en bord de scène pour nous interpréter l’inévitable Cheerlessness, Un titre de jeunesse que le groupe ne manque pas d’interpréter quasi à chaque prestation. L’heure pour lui de se mettre un court moment en valeur, et de récolter une jolie salve d’applaudissements .

Et puis vient l’inévitable hommage à Mario, Rope Dancer, son morceau, et  une des nombreuses occasions pour Hervé Borbé de mettre en valeur ses claviers soutenu par les cordes magnifiques de l’orchestre ukrainien.

A l’autre bout de la scène, Roland De Greef, discret comme à son habitude est planté devant son ampli Ampeg et fait vibrer sa basse. Ces deux là sont souvent plus effacés sur scène mais ils sont indispensables au son Machiavel.

Le set continue avec Mr Streetfair et The Great White Dome un titre que Machiavel avait joué au Cirque Royal en 2013 accompagné alors par l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. J’ai dû insister pour qu’on joue celui ci, déclare Kevin. Bonne initiative car la version est magnifique.

La fin de concert approche et pas de final sans le titre phare du groupe, Fly, dont l’intro par les cordes de l’orchestre précède le riff composé par Thierry Plas et joué ce soir par Christophe Pons.

Bien entendu la foule saute et reprend en choeur ce refrain imparable qui à chaque fois déclenche un enthousiasme collectif et communicatif.

Mais Machiavel ne pouvait pas quitter son public sans lui accorder un rappel et ce fut So Long tiré de Welcome To Paradise sorti en 2003.

Un dernier salut, et les cinq hommes regagnent le backstage, suivis par tout l’orchestre et les choristes.

Machiavel a donné ce soir un concert magique dans un cadre exceptionnel, et vu l’enthousiasme du public et les sourires affichés sur les visages, le challenge fut hautement réussi.

Il n’y a plus maintenant qu’à attendre un nouvel album, et cette date annoncée à Forest National en 2025 pour fêter comme il se doit les cinquante ans du groupe.

On s’y voit?

Jean-Pierre Vanderlinden / Photos Fabian Braeckman

 

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