L’oeuvre damnée d’Antonio Cossu sort enfin du Tiroir: rendez-vous au Marilyn’s blues entre corbeaux et démons

Vénéré par ses pairs, cela faisait des années qu’Antonio Cossu avait disparu du catalogue des éditeurs ayant pignon sur rue. Pourtant, le bonhomme, auparavant professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai, a encore des choses à dire. Pour son retour en grâce avec un récit semblant damné, il a choisi de raconter ses jeunes années (ou peut-être celles de son ombre, son double maléfique?), les teintant d’éléments fantastiques et noirs d’encre. Un album rescapé qui est la seconde parution des Éditions du Tiroir (après Eden d’André Taymans) qui, décidément, font forte impression.

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© Cossu aux Éditions du Tiroir

Résumé de l’éditeur : L’histoire est sombre. Anton, le protagoniste, est tiraillé entre Lisa, sa conscience, bonne ou mauvaise, son éditeur auprès duquel ses planches ne trouvent pas grâce et le Vinho Verde qu’il consomme sans modération au « Marilyn’s Blues» avec son pote « le général » à qui il confie ses états d’âme. Si le talent d’Antonio Cossu n’est plus à démontrer, le personnage d’Anton est un dessinateur qui refuse de croire en sa médiocrité. Mise en abîme certes, autobiographie c’est moins sûr.

© Cossu aux Éditions du Tiroir

Véritable arlésienne que cet album auquel les Éditions du Tiroir ouvrent enfin les portes des librairies. Et quel album ! Il se murmure, si l’on en croit l’ami et « général » Foerster (qui signe une préface à laquelle il est difficile de succéder en tant que chroniqueur tant il dit tout ce que symbolise ce livre hors-norme), qu’Antonio Cossu y avait presque renoncé. À tel point que Marilyn’s Blues – le vrai nom du café dans lequel notre duo se réfugiait – est le résultat de trente ans d’errances éditoriales et de perfectionnement. Si bien que cette autobiographie (avec une part d’autofiction comme seul notre esprit peut y donner corps) avant l’heure arrive au moment où le genre ne s’est sans doute jamais autant développé aux autres. Sans y ressembler. Car comme son trait torturé, Cossu possède un mode de fonctionnement propre.

© Cossu aux Éditions du Tiroir

Allez, croquez dans les gâteaux qui étaient irrésistibles pour Alice et plongez aux pays des horreurs de Cossu, survolé par des corbeaux qui ne vont pas nous lâcher.

© Cossu aux Éditions du Tiroir

Marilyn’s Blues, au bord du gouffre comme de la rédemption, dans les affres et les aphtes de l’inconscient comme du subconscient, nous met aux prises avec l’insaisissable. Les démons intérieurs, l’ineffable culpabilisation qui va se matérialiser de diverses façons. À commencer sur le papier, couché et pourtant dantesque, dans le destin de Muutan, alter-ego bébé et damné de Cossu. Tous les deux ont perdu leur soeur jumelle à la naissance. Celle-là qui est à chaque coin de case, à chaque pensée, et pourtant invisibles. Dans ce métro-boulot-godet, Anton tente de surnager dans une existence qui tente de le submerger un peu plus chaque jour. Tiraillé entre les extrêmes. Entre s’accomplir et être à jamais pris dans l’étau de ses turpitudes, entre laisser aller son crayon et le juguler selon ce que veulent les éditeurs qui se cacheront toujours derrière le goût du lecteur pour faire pression. La preuve avec cet album… enfin sorti du purgatoire.

© Cossu aux Éditions du Tiroir

Ce premier tome, beau bébé de 65 pages, si l’on en croit Foerster, ne serait que le début d’une saga feuilletonesque. Entre moi et surmoi, jusqu’à ce que le réel coïncide avec la fiction et le cauchemar, Antonio Cossu ne met pas de couleur, il met des aplats et des ombres, interloquants pour habiller un dessin qui semble tout le temps hésiter entre enfance et maturité, sans chercher la stylisation, juste en parlant au naturel. Et au surnaturel. Cossu l’est. Qu’est-ce qu’il nous avait manqué.

Série : Marilyn’s Blues

Tome: 1

Scénario et dessin : Antonio Cossu

Noir et blanc

Genre: Autobiographie, Autofiction, Drame

Éditions: Éditions du tiroir

Nbre de pages: 66

Prix: 16€

Date de sortie : le 12/12/2019

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