Sans queue ni tête et pourtant cérébral et profond : David rend un double hommage à Nick Carter et André Breton

Avec une bibliographie qui commence à être longue comme deux bras et un style tout personnel, nous avions laissé David B. sur un Alix, nous le retrouvons dans l’univers fou des surréalistes. Qu’ils s’appellent André Breton ou… Nick Carter, ce « roi des détectives » apparu en 1886 sous la plume de John R. Coryell. Lui et ses ennemis d’anthologie compteront parmi les grandes références feuilletonesques pour Soupault, Desnos et autres Aragon. Il était tout logique que ce bon vieux Nick leur renvoie l’ascenseur.

© David B. chez Soleil

Résumé de l’éditeur : André Breton, le fondateur du mouvement, est bien démuni : il n’a plus de femme dans sa vie, ses compagnons surréalistes sont partis ou ont été exclus et surtout, il lui semble qu’il a perdu ce qui faisait l’âme du surréalisme. Il engage donc son ami, le détective Nick Carter, pour enquêter et retrouver cette chose indicible qui lui aurait été volée. Nick Carter va parcourir le temps et l’espace dans un entrelacement de décors fantastiques, de personnages tortueux, de femmes fatales, de situations périlleuses, de crimes et de machines extraordinaires pour remettre la main sur ce qu’André Breton appelait « l’or du temps ».

© David B. chez Soleil

Non, mais quel délire qui nous fait tomber de haut (mal ?) pour mieux plonger dans les limbes artistiques et surréalistes. À vrai dire, cet album à l’italienne, n’est pas vraiment une bande dessinée comme on a l’habitude d’en lire. En cinquante tableaux qui sont autant de chapitres (dont les titres sont incrustés et volatiles) légendés, David B. entraîne Nick Carter à la rencontre d’un André Breton désarçonné par ce qui semble être la fin d’une ère, un retour à la réalité qui chasse le surréalisme au galop.

© David B. chez Soleil

Où est passé l’or du temps. C’est cet autre mystère de la foi, qui est grand, que David B. traque en livrant un double-hommage, noir et horrifique, à ces deux maîtres à penser que sont Nick et André, et à tous leurs ennemis. Véritable travail de fresque redoutable, fourmillant de détails sous des avant-plans fantastiques et nous entraînant de décors en décors, cette oeuvre classe et luxueuse (toilée dans le dos mais aussi sur la couverture pour en entourer le dessin-phare) n’est pas pour autant à portée du premier venu. Je crains de l’avoir été parfois, moi qui ne suis pas initié aux rites Carteriens et surréalistes, au point de ne pas comprendre toutes les subtilités de cette oeuvre intense et vénéneuse que propose David B, de toutes ses forces et de son esprit. Entre le domaine des mortels et celui des immortels. Entre le bien et le mal, ou peut-être est-ce quelque chose qui mêle les deux ? C’est remarquable mais je dois avouer que ça m’est parfois tombé des mains, par manque de connaissance des deux univers qui se télescopent ici avec fracas et ivresse. Sans queue ni tête… mais tellement cérébral. On le lira cent fois qu’on ne l’épuisera pas celui-là.

© David B. chez Soleil

Titre : Nick Carter et André Breton

Sous-titre : Une enquête surréaliste

Scénario et dessin : David B.

Genre: Fantastique, Polar, Psychologique

Éditions: Soleil

Collection : Noctambule

Nbre de pages: 54

Prix: 20,90€

Date de sortie : le 20/11/2019

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