Les oubliées d’Elsa Bordier et Hugo Decraene : les monstres dans nos campagnes, les Vosges infernales

Un ciel bleu, quelques nuages, une fille, son père, leur chien qui s’en vont sur les chemins de campagne, au-delà du ruisseau. Une image pure du bonheur en famille, insouciant? Détrompez-vous, dans le reflet de la couverture confectionnée par Hugo Decraene, un monstre tentaculaire met ces alliés de circonstances en sursis. Bouh!

© Bordier/Decraene chez Kinaye

Résumé de Les oubliées par les Éditions Kinaye: Partie faire du camping avec sa maman, Lou voit celle-ci se faire enlever par une créature extraterrestre qui tente aussi de s’en prendre à elle. Alerté de la présence du monstre grâce à son médaillon, William intervient et réussit à sauver Lou. Après l’avoir remise sur pieds, il s’apprête à disparaître mais, il ne tarde pas à se trouver un objectif commun avec la jeune fille : localiser la bête. Lou souhaite retrouver sa mère et William est en quête de vengeance depuis plusieurs mois…

© Bordier/Decraene chez Kinaye

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Je vous le disais en vous présentant le transcendant Cry wolf girl, les Éditions Kinaye, magnifiques passeuses de lectures jeunesse qui n’auraient pas traversé l’Atlantique sans elles, ne rechignent plus non plus à proposer des créations originales. Cette fois, Elsa Bordier et Hugo Decraene s’y collent avec une histoire de vacances en van qui, très vite, vont dégénérer pour Lou et sa mère.

© Bordier/Decraene chez Kinaye

Car dans ce petit coin des Vosges, il y a une odeur de surnaturel. Celle des légumes à point alors que nous sommes tout à fait hors saison, en novembre, mais aussi de quelque chose encore plus inquiétant. D’insaisissable et d’inévitable. Les tomates-mozzarella volent, Lou et sa mère n’ont pas le temps de se réfugier dans leur véhicule: le monstre géant a déjà tôt fait de les envoyer valser. Dans le noir, la créature est non-identifiée, à la fois quadrupède et tentaculaire, surmontée d’une espèce de globe de cristal qui semble lui procurer son énergie bestiale. Et attirer un homme qui ne vit plus que pour chasser ses kaijus qui a priori ne sont pas terrestres: William. C’est son obsession, il ne vit plus que pour ça, collectionnant les journaux faisant état d’attaques et d’enlèvements inexpliqués. Cette fois, encore, perclus de maux de tête, ce chevalier moderne arrive trop tard que pour empêcher l’assaillant d’emporter dans les limbes la maman de Lou.

© Bordier/Decraene chez Kinaye

William sait qu’il n’y a plus rien à faire mais le voilà avec des bagages un peu plus lourds: orpheline, Lou ne veut pas baisser les bras, elle veut sauver sa génitrice. Elle n’a plus qu’elle. Et, en attendant, elle n’a plus que William dans cette contrée où les gens, tous devenus jardiniers, sont hostiles.

© Bordier/Decraene chez Kinaye

Dans une ambiance à la Lovecraft mais aussi à la Wicker Man, Elsa Bordier nous entraîne dans une histoire qui titille notre curiosité mais restera (un peu trop?) mystérieuse. L’occasion de mettre face à la menace des héros qui font ce qu’ils peuvent, entre esprit de revanche et refus du funeste sort. Aussi fantastiquement armé soit William, il est complètement à côté de ses pompes, incapable de consoler Lou. Qui, elle, se révèle être une vraie tête de mule, inconséquente. Et si à travers l’horreur et au-delà, il y avait l’opportunité de construire quelque chose de nouveau, de résilient?

© Bordier/Decraene chez Kinaye

J’ai beaucoup aimé l’esprit du trait d’Hugo Decraene, animateur 2D et dont c’est la première BD. Il se révèle efficace pour faire passer nos deux héros par toutes les émotions (surtout les plus rudes) mais aussi dans les transitions entre les séquences spectaculaires et le retour à la normale. Quand d’aucuns diraient qu’il ne sait rien passé. Cela passe notamment par les couleurs, très réussies, y compris dans la clarté de la nuit que visite à plusieurs reprises cet album. L’ambiguïté humaine mais aussi celle des monstres se ressentent dans cette histoire bien fagotée qui laisse la place, par manque d’explications sur l’origine de ces effrayants visiteurs, à une suite. En attendant, après des oeuvres comme Zone Blanche, Immonde et tant d’autres, on se demande ce qui ne tourne pas rond dans les Vosges!

© Bordier/Decraene chez Kinaye

À lire chez Kinaye.

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