
Chérie, j’ai rétréci Lucien… Nouvelle maquette pour le héros (pas) comme les autres d’Alexis Horellou et Delphine Le Lay. Au fil des trois premières aventures de cette graine d’enquêteurs, toute la famille (même si le coeur de cible vise les 9-11 ans) a pu se prendre au jeu et aux frissons de mystérieux phénomènes. Qui se sont toujours révélés bien plus réalistes et contemporains qu’il n’y paraissait. Après les fantômes, les sorcières ou encore les brigands immortels, place à la légende du chien-tueur. De quoi faire les choux gras et mal recoupés d’une certaine presse. Faut-il faire sensation ou sensibilisation?

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Résumé du tome 4 de Lucien et les mystérieux phénomènes par Casterman : Lucien fait son entrée au collège (NDLR. : de 11-12 ans à 14-15 ans) : passionné par l’investigation, il décide de s’inscrire au club de journalisme. En parallèle, une fête foraine s’installe au village. Violette et Lucien ne tardent pas à lier connaissance avec la jeune fille du stand de tir et de son adorable molosse. Dès la nuit tombée, des attaques surviennent dans les poulaillers de la région. Les articles des collègues de Lucien s’enchaînent et paraissent à une cadence infernale, surenchérissant de jour en jour sur la gravité des événements et accusant les forains. Lucien est très dubitatif. Tout cela va trop vite et trop loin ! Personne ne prend vraiment le temps de vérifier l’information ! Faisant bande à part, il va creuser le sujet, démêler le vrai du faux et qui sait… publier son premier article.


C’est devenu une tendance dans les écoles. Peu importent les ambitions futures et professionnelles des écoliers, dès le plus jeune âge, de plus en plus d’établissements ont introduit dans les classes des journaux à destination des élèves, des familles et plus largement des habitants des villages dont la vie est plus ou moins rythmée par ces écoles. De manière hebdomadaire, mensuelle voire annuelle, professeurs et jeunes rédacteurs mettent la main à la pâte pour relater leurs aventures, avec d’autres points de vue et méthodes que celles des journalistes professionnelles. Encore que. Pourvu que la curiosité soit saine.

Et voilà donc notre Lucien – je me permets de dire « notre » tant ce petit héros roux fort sympathique et riche en enseignements a été adopté chez moi – qui vit cette aventure d’un quotidien, sans filet et appris sur le terrain. Très vite, notre petit ami va se rendre compte qu’il n’est pas sur la même longueur d’onde que ses partenaires qui raisonnent à l’emporte-pièce et pas plus loin que leur bout de leur nez, sans forcément recouper les informations. Bon, à leur décharge, même s’il fait ses premiers pas en tant que journaliste en herbe, Lucien a de la bouteille en termes d’apparences auxquelles ne pas se fier.


Or, les thématiques clivantes ne manquent pas. Autant de panneaux dans lesquels on risque de tomber si on ne mène pas de solides investigations. Une attaque féroce et carnassière d’un coupable tout désigné. L’installation pour quelques jours d’une communauté qui, malgré le fait qu’elle donne du bonheur aux pitchounes, reste à part. Puis, le populisme qui ne demande qu’à s’exprimer avec des sujets de discussion de comptoir tout trouvés.

Voilà le topo et le piège tendu aux « collègues » de Lucien qui envoient ce petit nouveau sur les roses. Sur le ton: « qu’il aille faire un tour à la fête foraine pendant que nous nous occupons du fait divers ». La loi et le choix du nombre ne sont pas toujours bons conseillers.

Dans cette nouvelle histoire – 82 planches, de quoi installer l’ambiance, rythmée toujours pas de formidables idées de mises en pages et vitraux d’Alexis Horellou -, les deux auteurs identifient un peu plus le vrai monstre, plus terre à terre, que dans les précédents opus. Cette fois, il trouve sa puissance au plus près de Lucien. Les racines du mal, outre cette histoire de village bientôt amplifiée – sont dans la plume utilisée sans nuance par les rédacteurs du Presse-Papier, les « amis » de Lucien. Qui vont se fier au premier coup de fil, au premier lobbying. S’ils font depuis le début de cette série de l’éducation à faire la part des choses, à aller plus loin que les apparences et à s’ouvrir à l’étrange(r), Delphine Le Lay et Alexis Horellou initient ici l’éducation aux médias, à l’esprit critique. Certains journalistes que je qualifierais de putassiers devraient d’ailleurs lire ce conte, les parents qui ne vont pas au-delà des titres racoleurs et des raccourcis, aussi. Nous avons tous à y gagner. C’est joliment fait, comme toujours avec ce duo, inspiré et inspirant, avec une iconographie malicieuse et percutante.

Petit regret tout de même, si l’album propose un dossier « pour aller plus loin » plus complet que lors des précédents albums, la maquette a été revue. C’est dans un format plus petit que l’on découvre cette nouvelle aventure. C’est dommage, car les compositions d’Alexis Horellou perdent de leur force. On s’y perd et s’y balade moins. Je suis triste de ça, l’expérience est moins intense, moins immersive. Puis, parallèlement, toute la série a trouvé de nouvelles couvertures qui, je trouve, sont moins énigmatiques et artistiques que leurs somptueuses et immersives grandes soeurs.

En attendant, le tome 5 est en préparation, approchant un ogre et l’art brut.
À lire chez Casterman. Voici la preview de ce tome 4 :







