La chute de Dante : l’origine… enfin le trou du cul du monde

Étrange et fascinante collection que Porn’Pop, l’écrin pornographique dirigé par Céline Tran (Katsuni) aux Éditions Glénat depuis quelques années et faisant appel à des auteurs, plus ou moins connus, mais ayant une patte et une vraie vision de ce qu’ils peuvent apporter au genre. L’Espagnol Manolo Carot remplit parfaitement son rôle en questionnant l’artiste, ses muses, ses pulsions, ses remous, ses réussites et ses chaos. Quand la chair et l’esprit entrent en collision, dans une harmonie qui a tout d’une confusion.

Résumé des Éditions Glénat pour La chute de Dante de Manolo Carot : Dante est un peintre provincial aux ambitions excédant son talent. Il voudrait atteindre une forme d’art proche du divin mais ne parvient qu’à faire le constat de ses insuffisances. Beatriz, sa femme, le soutien corps et âme, mais sa gentillesse doucereuse fatigue son mari. Le quotidien de l’artiste manque d’émotions brutes, de passion, de remous, de violence, de tout ce qui peut secouer une âme créatrice et lui faire cracher son suc. Étrangère venue de la ville, Judith ensorcelle Dante. Elle redonne un sens à son existence, lui ouvre une voie vers un art digne. Mais le charme a un prix et Dante se retrouve bientôt entraîné dans une spirale destructrice entre bacchanales orgiaques, cultes secrets, démons et folie…

© Carot chez Glénat

Dante, pas le poète italien, le paysan espagnol! Un fou qui pensait vivre de son art à force de persévérer, mais à quel prix? Celui des sacrifices de son épouse, trop bonne quitte à l’étouffer. Mais l’arrivée au village, dans ce trou du cul du monde, d’une compositrice sulfureuse peut rebattre les cartes et amener Dante à la gloire, damnée. De l’impuissance à la puissance, incontrôlable, incontrôlée. Dans l’ire du chibre.

© Carot chez Glénat

L’Espagne, décidément, carrefour des cultures, faisant l’amour sans faux semblant au Neuvième Art dans son ensemble: qu’il soit comics, manga ou franco-belge. Si je m’étais pris une claque, par l’incroyable force de caractère que développait Manolo Carot dans son album à quatre mains El Boxeador (avec Ruben Del Rincon, mais il a aussi signé des albums de Millénium, Venus Pop, Le client avec Zidrou), j’avais un peu perdu sa trace. Parce que la came de ce titan, c’est le porno. Des albums qui ont moins pignon sur rue, beaucoup moins que les images à caractère sexuel dont peuvent abreuver la télévision, passé une certaine heure, et les réseaux sociaux, même certains dédiés autrefois à la prime jeunesse. C’est injuste. Et, à l’heure où je vous écris, Manolo publie donc deux albums, celui-ci et Akelarre (chez Dynamite, qui raconte l’histoire durant l’an mil d’un concours de beauté féminine), dans le plus simple appareil mais pas dénué d’intentions.

© Carot chez Glénat

La chute de Dante, comme les albums que j’ai lus dans cette collection Pon’Pop, qu’ils m’aient plus ou moins, ne fait pas dans la nudité gratuite, l’approche avec esthétique et un vrai propos. Manolo la questionne, autant que l’art, que les limites à (ne pas) franchir. Entre plaisir et carriérisme. Les deux sont-il compatibles, une fois qu’on a vendu un peu de son âme.

© Carot chez Glénat

En prenant son pauvre diable par la queue, entre les mains d’une muse qui cache son jeu de succube, Manolo Carot fait une nouvelle fois éclater son talent (malgré les gros yeux de l’une ou l’autre créature trop hentaï, pas en accord avec le reste de l’esthétique de cet album), celui de son coup de crayon et de ses couleurs irradiées qui font un feu de joie (ou de déroute) mais aussi sa réflexion humaine, cérébral. Et comme on ne se déconnecte pas facilement de ses émotions, encore moins quand il s’agit d’une partie de jambes en l’air, tout cela fait un maelstrom, dangereux. Infernal. Dante l’anonyme pourra-t-il s’en sortir?

© Carot chez Glénat

Alliant un aspect fantastique (avec conviction et réelle horreur), la fable de Carot revisite le pacte avec le diable, qui profite de la naïveté plus que des envies de célébrité, répudie l’ostentation sans cacher sa fascination pour les corps nus, courbés, exaltés, exaltants, et trouve un équilibre inattendu, qui interroge. Plus loin que de se projeter facilement dans les exploits sans fond et sans fin des Appolon et Aphrodite stéréotypés qu’on nous montre trop souvent.

© Carot chez Glénat

À lire (mais à ne pas mettre entre toutes les mains, donc) chez Glénat.

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