Manolo Carot et Rubén Del Rincon font la paire de gants de boxe dans un face-à-face uppercut à la puissance magistrale

Dans le cinéma ou la littérature, quand la parution dans notre langue exige le temps de la traduction ou du doublage, il arrive que le succès et l’aura d’un best-seller précèdent de quelques mois la publication. À l’ère du buzz, c’est d’autant plus vrai mais c’était déjà le cas avec les Harry Potter et pas mal de saga attendues « all around the world ». C’est aussi le cas avec des one-shot qui réussissent à tirer leur épingle du jeu.

© Carot/Del Rincon

En BD, sauf quelques exceptions, c’est, de mon avis, beaucoup moins le cas, et de toute façon souvent concentré autour des hits américains. Ce qui nous offre une virginité confortable au moment de découvrir un ouvrage, paru parfois des années auparavant mais néanmoins inconnu au bataillon. Étant tombé sous le charme des précédents albums de Rubén Del Rincon (et apparemment je ne suis pas le seul puisque les Éditions du Long Bec l’ont pris sous leurs ailes de cigogne), j’avais vu des bribes de son Boxeador, mené en front (perlé de sueur et de sang) commun, sur le ring, avec Manolo Carot (plus connu sous le nom de Man). Et force est de constater, au moment de tenir dans nos mains ce superbe objet (visez la couverture !), que les deux auteurs ont engagé toutes leurs ressources et leur talent pour gagner leurs rounds, leur part du combat.

Résumé de l’éditeur : Deux boxeurs que tout oppose vont s’affronter dans un combat qui changera leurs vies pour toujours. Dans un coin du ring, Rafa, originaire des bas quartiers et amateur de plaisirs nocturnes. Dans l’autre coin, Hector, un jeune homme venant d’un milieu social aisé, mais en conflit permanent avec son père.

© Carot

« Boxeador, tes poings peuvent être en or ou en argent… ou en guimauve ». Un ring, ça n’a l’air de rien mais quand la foule exulte et vous exhorte de jouer votre vie et un peu de votre mort, ça n’a rien d’une position confortable. Car oui, on peut tout perdre sur un ring, entre les coups de cloche et les assauts de l’adversaire, bien plus que ce qu’il y a à gagner. Pourtant, c’est corps et âmes que Rafa et Hector se lancent dans l’arène comme si c’était le dernier jour du reste de leur vie. Rafa et Hector, deux destins ô combien différents pour deux athlètes dans leur genre qui n’auront d’autre choix que de terrasser l’un… ou l’autre.

©Del Rincon

Comme vous, finalement, dans un premier temps. Car, suivant que vous ouvrirez ce fameux album dans un sens ou dans l’autre, vous ne pourrez que vous mettre du côté de l’un de ces deux pugilistes. Les auteurs ont choisi leur camp. Pour Manolo, c’est Hector; pour Rubén Del Rincon, c’est Rafa. On ne sait trop comment chacun a choisi les cordes dans lesquelles il atterrirait et qu’il s’emploierait à faire vibrer, mais cela participe au mystère de cette oeuvre forcément coup-de-poing, dans laquelle les corps se rapprochent, s’accrochent et s’écorchent pour mieux faire un cadavre exquis entremêlé.

© Del Rincon
© Carot

Mais si vous êtes obligé de prendre parti, dans ces décors rouge sang qui ne varient pas d’un bord à l’autre du livre (j’allais dire du film, lapsus révélateur !), que ce soit pour cette teigne qui sait très bien qu’il n’aura pas de coup de pouce du destin ou ce fils à papa en rupture dont la vie se révèle bien moins lisse que son image le laisse paraître, les deux auteurs sont habiles, chacun à leur tour, de renverser la vapeur.

© Carot/Del Rincon

C’est étonnant d’avoir réussi à faire cohabiter ces deux actes en un seul album tant ils s’entrechoquent pour mieux s’imbriquer parfaitement et réunir ces deux facettes, ces deux angles de vue, dans une double-page centrale absolument déboussolante, magistrale, pour remettre bien des choses à leur place et rendre à César, Hector et Rafa ce qui leur revient.

© Carot
© Del Rincon

El Boxeador, avec son format à l’italienne sexy (mais redoutablement hispanique) comme appât, fait du caméra-à-l’épaule, du full-contact pour casser la distance et nous en mettre plein la vue en nous entraînant au coeur de la fournaise et de l’enfer, dans la profonde noirceur des personnages, dans la lumière qu’ils cherchent pourtant à dégager. Comme le combat qui oppose ces deux indéboulonnables meilleurs ennemis – mais que serait-il l’un sans et (sous les coups de) l’autre ? -, les deux auteurs se répondent, kick après kick, crochet après crochet, sans bis repetita mais aussi fratricides que capables de trouver l’osmose, une certaine fraternité dans la douleur. Car l’un n’existe pas sans l’autre. L’auguste et le clown blanc ne lâcheront pas les gants de boxe.

© Del Rincon
© Carot

C’est dingue, malgré toute la précision et les règles que l’exercice impose, Manolo Carot (et son trait manga et plus sérigraphié, volatile dans les couleurs, esthétisé) comme Rubén Del Rincon (qui démontre que le découpage est tout un art, au plus près des héros et de leur sueur, brut de décoffrage) réussissent leur oeuvre la plus personnelle. Magistral uppercut que cette fresque tragique qui fait de l’ombre à la maestria de bien des films de boxe pourtant formidables. Ça tape à l’oeil, au coeur encore plus.

Une autre chroniques sur les Sentiers de l’imaginaire

El Boxeador, comme ses protagonistes, n’a pas eu un chemin tout tracé et il lui a fallu un crowdfunding pour arriver entre les mains des lecteurs espagnols et désormais francophones avec un éditeur qui croit en ses talents. Pour booster le projet, une armada de dessinateurs plus talentueux les uns que les autres avaient donné de leur personne et de leur crayon sur le ring ! On les regroupe ici :

Titre : El Boxeador

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Manolo Carot et Rubén Del Rincon (Page fb)

Traduction : Antonio Werli et Fabrice Linck

Genre: Sport, Drame, Thriller

Éditeur VF: Éditions du Long Bec

Éditeur VO : La Cupula

Nbre de pages: 208 (2X104 pages)

Prix: 32€

Date de sortie: le 02/05/2018

Extraits : 

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