Tous en bateau #2 : Karajan, Barbara, le ministre et la Joconde sont sur un bateau en direction de la statue de la liberté, qui tombe à l’eau?

© Bourhis/Bourgeron/Tanquerelle/Merlet chez Casterman

On aurait pu y intégrer La mort de Spirou, c’est vrai, voilà un nouveau topic sur le thème de la mer et des frêles ou fortes embarcations qui y naviguent, en proie au vent, aux intempéries mais aussi aux remous inégalables des hommes. Quatre étapes dans ce voyage, voici la deuxième, entourée de stars de différents horizons. Dont André Malraux et la Joconde, et la croisière va nous amuser!

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Résumé de l’éditeur : Embarquez pour une traversée mouvementée avec Mona Lisa… Le ministre d’Etat chargé à la Culture convainc le président De Gaulle d’exposer La Joconde à New York en signe d’amitié. Le projet est risqué car il faut escorter le trésor du Louvre pendant la traversée à bord du France, le nouveau fleuron des chantiers navals français. Une équipe de sécurité accompagne le Ministre, mais celui-ci, en pleine crise paranoïaque due à sa consommation excessive de stupéfiants, rend l’affaire délicate…

En réussissant une fameuse négociation pour emmener La Joconde au pays des Kennedy, le ministre d’État André Malraux se sentait pousser des ailes, à deux doigts de crier « je suis le maître du monde » sur le pont de ce bateau qu’on n’appellerait bientôt plus jamais France. Mal lui en aurait pris car le voyage ne s’est pas passé comme prévu. Et c’est ce que nous racontent Hervé Bourhis, Franck Bourgeron et Isabelle Merlet en s’engouffrant dans les interstices de l’Histoire pour voir le diable dans les détails.

Nul doute qu’il y avait moins de quoi se fendre la gueule avec les faits réels mais comme les discours aux médias furent peu généreux de la part de Malraux, l’imagination pouvait travestir la réalité. Dans cette pièce qui va crescendo autour de la solide crise (du mal de mer? d’ego? des médocs? sans doute un peu de tout ça) de leur héros passé à la postérité, le quatuor réinvente la vie électrique à bord du France, lors d’une traversée de l’Atlantique, au début des années 60. Et il convoque du beau monde: Malraux himself, le chef-d’oeuvre de Vinci mais aussi Herbert Von Karajan, Barbara, un importateur-exportateur fan de Malraux, l’héritière d’un empire  de l’acier qui rejoint la révolution cubaine, et j’en passe.

© Bourhis/Bourgeron/Tanquerelle/Merlet chez Casterman
© Bourhis/Bourgeron/Tanquerelle/Merlet chez Casterman

Du beau monde qui va faire imploser le ministre, en perte de popularité et d’audience à mesure qu’une autre vedette apparaît. De quoi le forcer à raconter des histoires toujours plus grandioses, fake news dont il est le héros. Mais quand La Joconde disparaît, c’est lui qui joue le rôle de sa vie en prenant l’enquête à bras-le-corps et en résistant aux délires causés par le traitement de choc qu’il suit. Plongée dans les tréfonds de la jungle intime à l’appui.

© Bourhis/Bourgeron/Tanquerelle/Merlet chez Casterman

Au milieu des légendes, Bourhis, Bourgeron et Tanquerelle s’amusent comme des petits fous dans cette pièce de théâtre sans temps mort et basculant dans l’absurde vaudeville. On sent que les deux premiers sont des dessinateurs dans l’âme et donnent à Tanquerelle matière à se surpasser de bâbord à tribord. Et malgré la multitude de dialogues entre les protagonistes, rien ne parasite l’action, la bougeotte de cet album irrésistiblement vivant, tantôt chaloupé, tantôt tempétueux. Mais avec le ton juste que toutes les parodies ne trouvent pas, c’est un euphémisme.

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