Esperanzah 2022, le combo total pour les 15 ans de Chinese Man Records: « La technologie nous a permis d’être de plus en plus créatif tout en brisant de plus en plus de frontières »

Les groupes du label Chinese Man Records ont profité de l’édition anniversaire des 20 ans d’Esperanzah pour revenir faire la fête en Belgique et pour célébrer leurs 15 années d’existence. À l’occasion de ce passage à l’abbaye de Floreffe, Régis a rencontré Sly de Chinese Man, Supa-Jay de Scratch Bandits Crew, Goodjiu de Baja Frequencia ainsi que Miscellaneous de Chill Bump.

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Bonjour à tous, comment ce nouveau projet qui vous réunit tous sur scène a-t-il vu le jour? Relève t-il d’un élan créatif dû aux lockdowns ou est-il directement lié aux 15 ans du label?

Sly: L’idée est venue bien avant la crise. Nous souhaitions mettre sur pied un projet collectif pour fêter les 15 ans de Chinese Man Records. Le concept s’est directement axé sur une collaboration entre les membres marquants du label. Le projet était initialement de créer un album en travaillant tous ensemble puis de faire de la scène pour célébrer dignement les 15 ans de Chinese Man Records. La Covid et les lockdowns ont fait que The Groove Sessions Vol.5 est bien sorti en 2020 pour notre décennie et demie d’existence mais la grande fête avec le public n’a pu débuter que cette année. On a déjà fait une tournée d’une quinzaine de dates et Esperanzah est la quatrième date de notre tournée estival avec ce projet.

Comment crée-t-on quand on est à 8 pour composer? Ca n’a pas du être facile de laisser de la place à chacun sur cet album de 15 titres.

Supa-Jay: On a tous des bases communes qui sont aux fondements du Hip-Hop mais chaque groupe apporte ses spécificités au collectif. Le mélange de tous les styles signatures que sont le Trip-Hop pour Chinese Man, la Globale Bass pour Baja Frequencia, le Scratch et le Hip-Hop électronique pour Scratch Bandits Crew nous a permis d’explorer de nouveaux horizons. On parle tous une langue commune qu’est le Hip-Hop mais on a des dialectes propres à chaque formation. Cela facilite le travail et ça permet à chacun d’apporter sa touche à l’œuvre collective. On fait partie du même label mais on n’avait jamais vraiment travaillé ensemble. Il existait des remix que certains crews avaient fait à partir d’autres membres du label mais il n’y avait pas de véritable expérience commune. Ce projet était donc naturel et il permettait d’offrir une sorte de fraicheur à Chinese Man Records.

Miscellaneous: L’envie était tellement prégnante que l’on a collaboré très rapidement. Nos 15 jours de workshop-séminaire-réunion d’alcoolique anonyme [explosion de rire collectif] ont fait naitre 15 titres dont nous sommes tous très fiers.

Sly: On a travaillé tous les morceaux comme des cadavres exquis. On formait des binômes en mélangeant les groupes puis on passait les esquisses de duo en duo. Le travail a été très fluide et rapide.

Goodjiu: La manière dont on a collaboré sur cet album fait qu’il y a vraiment l’empreinte de chacun qui s’est gravée dans ce projet. Quand tout le monde avait transmis ce qu’il voulait insuffler dans ce disque, on passa l’ensemble du labeur à Supa-Jay qui devait finaliser le travail.

Supa-Jay: Le défi était complexe car j’avais la charge de terminer notre œuvre sans la dénaturer. Il fallait que je garde l’essence que chacun avait transmise pour créer The Groove Sessions Vol.5.

Tout festivalier qui a déjà entendu ou vu les différentes formations de Chinese Man Records sur scène peut attester que vous avez bien vos styles signatures propres même si vous gravitez tous dans le Hip-Hop. Quelles sont les influences de chacun d’entre vous?

Supa-Jay: Ce qui est fondamental pour moi, c’est de garder la platine comme instrument. La Scratch Music est vraiment à la base de toute création pour moi. J’adore le Hip-Hop, le Jazz et toutes les musiques improvisées qui en sont dérivées. Je ne peux pas te citer de noms qui m’ont influencé car ça fait plus de 20 ans que je joue et j’en ai oublié beaucoup. À l’origine, j’aimais forcément le Hip-Hop des années 90 aux années 2000 mais ça s’est très diversifié.

Goodjiu: Avec Azuleski, nous sommes fortement imprégnés d’influences provenant d’Amérique Latine mais nous tentons de nous nourrir de musiques venant de tous les continents. Nous faisons des morceaux basés sur des musiques traditionnelles en provenance des quatre coins du Globe mais nous intensifions toujours les basses.

Miscellaneous: J’ai rappé sur de la fusion Rock, sur de l’afrobeat et sur bien d’autres styles encore. Je me laisse porter et j’ai vraiment des projets très éclectiques. Ils sont tous assez différents les uns des autres. Mon nom de scène est d’ailleurs la marque de cette ouverture à la diversité. Je ne m’interdis rien tant que l’idée ou le concept me plait. Je me laisse souvent séduire et porté par les morceaux que l’on me propose. Comme Supa-Jay, j’adorais le Hip-Hop du début des années 90 mais, avec le temps et l’expérience, je me suis forgé mon propre ADN en brassant de multiples influences.

Sly: Quand tu aimes vraiment la musique, tu en écoutes énormément. Et chaque morceau peut te renvoyer à un autre très différent. Tu t’en nourris de plus en plus et, à force, tu te construis ta propre discographie qui part de grands noms archi connus avant de tendre vers de nouvelles tentations assez uniques et très marquantes.

Miscellaneous: La jeunesse d’aujourd’hui est beaucoup plus ouverte que celles qui l’on précédée. À notre époque, on se centrait souvent sur une culture et un style musical. Actuellement, les nouvelles générations ne se fixent plus ce genre de barrières trop rigides. La nuance entre ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas est devenue très mobile.

Sly: La technologie nous a permis d’être de plus en plus créatif tout en brisant de plus en plus de frontières. Beaucoup de gens pensent que Chinese Man est l’un des précurseurs de ce style de brassage interculturel mais nous n’avons rien inventé. De talentueux groupes peu connus ou oubliés ont fait ça bien avant nous. Nous n’avons rien inventé et avons d’ailleurs eu beaucoup d’influences qui nous ont permis de nous construire notre propre identité.

Chinese Man a habitué son public à des univers visuels exceptionnels pour habiller les sons de leurs prestations. Est-ce que ce travail d’esthétique visuel est toujours bien présent sur cette tournée spéciale qui accompagne la sortie de l’album The Groove Sessions Vol.5 ?

Sly: C’est l’un des traits communs de tous les membres du label. C’est même prépondérant pour bon nombre d’entre nous. Pour cette tournée des 15 ans de Chinese Man Records, il y a encore un immense travail sur les lumières et sur les vidéos qui sont essentielles aux shows proposés. On doit cette esthétique visuel au labeur d’Annabelle et de Fred ainsi qu’à Vincent qui est toujours présent sur scène avec nous. La prestation est un vrai spectacle audiovisuel!

Lors de l’interview de Jean-Yves Laffineur en préambule de cette 20e édition du festival Esperanzah, ce dernier confiait que vous aviez fait une priorité de votre prestation ici à Floreffe. Quel lien entretenez-vous avec Esperanzah et le public des festivals belges en général?

Sly: Esperanzah et la Belgique en général nous réservent toujours un bon accueil. Le public est souvent très chaleureux. Ce soir, à Esperanzah, ca va être notre troisième passage et nous avons toujours vécu de bons moments ici. Nous en gardons toujours de bons souvenirs. De ce fait, quand nous avons le choix (ce n’est pas toujours le cas), nous sommes contents de revenir à Floreffe car nous savons que le spectacle sera un condensé de chouettes instants à vivre. Esperanzah est dans la toplist des festivals pour nous car il y a une vague et une ambiance très particulière qui rythme cet évènement. C’est assez compliqué à décrire ce sentiment mais on se sent toujours bien quand on est ici. Pour nous, ça s’est toujours bien passé ici donc nous apprécions toujours revenir.

Il manque un membre du groupe Chinese Man sur cette tournée. Après Scaglia en 2018, Matteo vient de sortir son second album intitulé Matteo & Bro cette année. Que pensez-vous de son projet solo?

Miscellaneous: C’est nul… On ne peut plus le sentir! [effusion de rire]

Sly: Non mais, plus sérieusement, c’est le hasard de nos calendriers respectifs. Ca faisait longtemps qu’il travaillait sur ce deuxième opus en solo et, quand on a démarré cette tournée spéciale des 15 ans, il avait déjà mis en route son projet. Je conseille vraiment ses deux albums à tout le monde. Ils sont vraiment excellents. Matteo nous manque beaucoup sur cette tournée mais nous sommes souvent en contact. Nous avons tous des projets personnels et avons toujours été clairs sur le fait que chacun devrait toujours rester libre de continuer à développer ses propres projets. Nous nous retrouvons toujours assez vite donc il reviendra plus tôt que l’on ne le pense.

Comme vous le disiez au début de cette interview, vous êtes tous sur le label Chinese Man Records mais il n’y avait jamais eu de véritable collaboration entre les diverses formations. Ce disque et cette tournée anniversaire vous ont-ils permis de développer de nouvelles collaborations?

Miscellaneous: Avec Youthstar, nous nous connaissions déjà très bien mais, grâce à la pré tournée, nous nous sommes encore rapprochés. Nous avions déjà sorti en 2021 l’album Out Past Curfew et, maintenant, un nouvel EP va arriver. Nous ne sommes pas près de nous arrêter là. C’est ce projet collectif des 15 ans de Chinese Man Records qui est à l’origine de ça. La Covid, l’album collectif et cette tournée nous ont offert des choses inattendues. Nous sommes parfois comme une vraie bande de potes qui veut faire la fête et délirer ensemble. De ce fait, il y a beaucoup d’idées et de nouveaux projets qui naissent entre les divers groupes. The Groove Sessions Vol.5  sera à la base de nombreux futurs projets qui se développe actuellement.

Sly: Supa-Jay et High Ku ont aussi développé un projet ensemble pendant la même période que Youthstar et Miscellaneous. Chaque projet donne de nouvelles idées. C’est un flux constant. Il est compliqué de concrétiser chaque concept ou de répliquer certains projets sous les mêmes formats que ceux de la tournée actuelle car nous avons aussi tous nos carrières solo mais je suis certain qu’il va encore y avoir plein d’échanges et de nouvelles collaborations entre les formations de Chinese Man Records.

Supa-Jay: Nous avons vraiment un ADN commun et adorons travailler avec des MC. La scène, la musique et notre rapport à la vidéo font que nous avons beaucoup d’envies de collaborations. Le projet actuel nous permet de voir les choses en grand. Ça nous rend encore plus créatifs mais nous devons faire attention à rester réalistes. Nous devons aussi penser aux futurs de nos projets respectifs mais il est clair que nous avons envie de retravailler ensemble par la suite. Ici, nous allons passer une année entière à défendre ce projet dont nous sommes très fiers. Il nous nourrit artistiquement et c’est déjà super important.

Goodjiu: Pour Baja Frequencia, il y a déjà un gros changement sur l’envergure des concerts avec la tournée actuelle. La manière dont nous tournons ici est une grosse découverte pour nous. C’est le rêve de toute une vie. Travailler dans cette ambiance et avec une telle logistique, c’est extrêmement enrichissant. Je crois que ça influencera énormément mes prochains projets.

Merci à tous et bons concerts!

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