Valhalla et damnation : pas à gauche d’Albuquerque mais toujours à l’ouest, un motel comme boite de Pandore sublimée par Perna et Bedouel

Malgré les alertes de Bugs Bunny, lancée avec le comique de répétition de rigueur dans ce genre de dessin animé, les « héros » n’en ont donc fait qu’à leur tête et se sont retrouvés à Flatstone, un bled dégénéré qui semble être un ignoble laboratoire étudiant tous les maux du monde : racisme éradicateur, masculinisme, militarisme, corruptionisme, religionisme et autres joyeusetés en -isme. Dans le second tome de leur Valhalla Hotel, Eat the gun (après Bite the bullet), Pat Perna et Fabien Bedouel continuent de faire tout exploser, à s’amuser comme des petits fous dans une mécanique bien huilée et passionnante.

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Résumé de l’éditeur : « J’aurais dû tourner à gauche à Albuquerque ! »On a les citations que l’on mérite. En l’occurrence celle-ci, devenue culte aux USA : le coach Malone l’a empruntée à Bugs Bunny. Nous l’avions laissé à la fin du premier épisode, perplexe au milieu d’un paysage de guerre, dans le camp retranché d’El Loco. Sa célèbre Fiat 500 criblée de balles. Au milieu des épaves fumantes et des cadavres, le Shérif, Betty son adjointe et Zawalski donnent le LA de ce nouvel épisode, encore plus rythmé, loufoque voire aussi supersonique qu’un riff de « Fast » d’Eddie Clarke (le mythique guitariste de Motorhead). La paisible Flatsone se révèle alors être une bourgade schizophrénique. Chaque personnage semble y jouer, plus ou moins volontairement, un double rôle. Bien malin celui qui pourrait deviner, à ce stade, qui est le « gentil » et qui est le « méchant »… Si tant est que cela soit possible d’ailleurs. Lemmy a disparu, la mystérieuse Frau Winkler, gérante du Valhalla Hotel, y est-elle pour quelque chose ? Melinda la fougueuse Jammer (joueuse chargée de marquer les points) de l’équipe de Roller Derby locale, va-t-elle se convertir au tennis de table ? Le colonel et ses affreux rejetons portent-ils des masques de cochon ou est-ce l’inverse ? D’ailleurs, est-ce que, comme le suggère le proverbe Auvergnat, « tout est vraiment bon dans le cochon » ?

© Perna/Bedouel chez Glénat

Rien ne va plus à Flatstone, si tant est que ça ait été un jour (peut-être avant que ces cochons de nazis y trouvent refuge?). Depuis l’arrivée du coach Malone et la disparition de son protégé, Lemmy, tout est en train d’imploser dans ce monde confiné à un désert, un mot’hell et quelques baraquements qui cachent bien leur jeu (un hélicoptère, un tank, une base secrète) et tous ceux qui y vivent semblent avoir perdu la tête.

© Perna/Bedouel chez Glénat

En attendant le FBI, le mystérieux enlèvement de Lemmy, qui a les cheveux dans les yeux et rien pour lui, a réveillé le spectre de bien d’autres faits divers de ce genre. De jeunes gens qui n’ont jamais été retrouvés… Malgré les efforts de l’adjointe Betty et grâce au je-m’-en-foutisme du shérif qui a l’air d’avoir tout vu et tout vaincu mais semble être paralysé par une indicible peur à laquelle l’imposante Teutonne dirigeant le Valhalla ne semble pas être étrangère.

© Perna/Bedouel chez Glénat

Heureusement, il y en a d’autres pour avoir le courage et les corones (nous ne sommes pas loin du Mexique) de frôler la mort pour venir à bout de l’infernale spirale dans laquelle Flatstone semble avoir tourné casaque et même schleu. Certains cachent bien leur jeu mais, avant qu’il ne soit trop tard, ce sont les femmes qui dégainent en premières. N’en déplaisent aux hommes qui n’arrivent pas à tourner sept fois leur langue dans leur bouche pour contenir la suprématie blanche et masculine. Impolitiquement correct, Fabien Bedouel et Patrice Perna s’appuient sur le dessin à couper le souffle et infernal du premier pour jouer de tension et de décalage.

© Perna/Bedouel chez Glénat

L’heure pourrait être grave, horrifiante, elle l’est mais pas que. Car comme dans ces films dont il suffit de changer la musique de la bande-annonce pour donner une autre atmosphère (Shining devenant une romance, par exemple), les deux auteurs jouent de décalage avec une saveur dans le ton et la logorrhée de ses protagonistes (ne parlons pas de héros, il n’est pas certain qu’il y en ait) ultime. Comme si cela ne suffisait pas, dans ce scénario What the fuck et pourtant bien amené, on va de surprise en surprise. Valhalla Hotel aurait pu n’être que fun, mais cette série en trois épisodes (a priori) est résolument passionnante et réussit le challenge impossible d’être bourrine et fine à la fois, de revisiter les genres avec maestria. De revisiter sublimement le cochon (qui pourrait bien être humain) grillé dans un plat signature spectaculaire. Dans ce désert dégénéré, le duo terrible (qu’on a connu beaucoup plus sérieux) a raison gardé. Un peu. Un deuxième tome intenable.

Le prochain projet est, lui, déjà en route: 

Série : Valhalla Hotel

Tome : 2 – Eat the gun

Scénario : Pat Perna et Fabien Bedouel

Dessin et couleurs : Fabien Bedouel

Genre : Thriller

Éditeur : Glénat

Collection : Comix Buro

Nbre de pages : 64

Prix : 14,95€

Date de sortie : le 09/06/2021

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