Dans leur jus ou modernes, les héros n’ont pas dit leur dernier mot: Bob Morane et Corto Maltese font leur rentrée, (in)attendue

Les héros ont le cuir dur, ils s’amusent à revenir. C’est encore le cas en cette rentrée 2021 puisque Bob Morane et Corto Maltese font leur retour fracassant, sous les couleurs et les traits donnés par de nouveaux auteurs, certains inattendus.

Bob Morane réussit, avec Clint Eastwood, là où Indiana Jones a fait un four

© Bec/Corbeyran/Grella

Résumé de l’éditeur : 1952. En pleine guérilla entre le Viet-Minh et les forces françaises, Bob Morane et Bill Ballantine sont parachutés en compagnie de soldats d’élite au nord de l’Indochine. Leur mission est d’aider les troupes françaises à combattre les sympathisants d’Ho Chi Minh, ces derniers s’acharnant à vouloir mettre les Français à la porte de leur pays pour en reprendre le contrôle.

© Bec/Corbeyran/Grella/Gérard chez Soleil

Il a fallu que cet album sorte quelques semaines après le décès d’Henri Vernes, à l’âge vénérable de 102 ans, mais son esprit est bien là, il avait approuvé cette reprise. Et on sait que l’homme ne faisait jamais dans la dentelle quand quelque chose ne lui plaisait pas, encore plus quand cela touchait à son bébé, son aventurier. La dernière tentative du Lombard pour moderniser, et même futuriser (plutôt pas mal d’ailleurs mais avec un héros qui n’aurait peut-être pas dû s’appeler Bob Morane) le plus grand héros de tous les temps (ce n’est pas moi qui le dis, mais Indochine), l’avait ainsi fait bondir.

© Bec/Corbeyran/Grella/Gérard chez Soleil

Sous la plume du tandem de mercenaires (tant ils sont touche à tout et ont une bibliographie impressionnante, souvent dans des univers propres mais ne refusant jamais le défi de s’attaquer à des monstres sacrés) Christophe Bec et Éric Corbeyran, revoilà donc le ténébreux globe-trotter (et même plus loin que notre bonne vieille terre) sous les pinceaux de Paolo Grella. Revenu de Libertalia, l’île aux pirates, le dessinateur italien s’inscrit dans la lignée des meilleurs créateurs ayant porté l’évocation Bob à l’incarnation, William Vance en tête. Cela commence par une furieuse scène d’introduction qui ne perd pas de temps et emmène Bob, Bill et les autres (dont Clint Eastwood dans la peau d’un maître de guerre balafré) en enfer. Entre la terre et la s-f.

© Bec/Corbeyran/Grella/Gérard chez Soleil

Les auteurs ont eu la bonne idée de lancer cette nouvelle série sans rebooter le héros. En ne le prenant pas à ses origines, les auteurs montrent le respect qu’ils ont vis-à-vis de l’auteur et invitent à lire et relire son incroyable saga, mais aussi celui dû aux lecteurs qui ne devront pas une nouvelle fois se farcir les prémisses d’un protagoniste qu’il est vrai, pour les moins avertis dont je suis, l’on connaît parfois sans le connaître. Pourtant, pas besoin d’en dire plus, l’Ombre Jaune est bel et bien dans l’ombre et le cauchemar indochinois se répand. Pour le reste, les auteurs laissent leur histoire originale trouver son chemin entre les thématiques favorites de Vernes: guerre, jungle, science-fiction fantastique voire horrifique.

© Bec/Corbeyran/Grella/Gérard chez Soleil

Pour ce premier tome, Les 100 démons de l’Ombre Jaune, la bande à Morane est vite confrontée à une armée de femmes guerrières sortie du trou du cul de la jungle, clonées, faisant des ravages dans la région. En réalité, dans un rayon délimité autour d’un temple dont il ne faut pas s’approcher selon la croyance populaire, elles semblent adopter la stratégie voulant que la meilleure défense c’est l’attaque. Bob et ses amis ont atterri là au mauvais endroit au mauvais moment. Ou aux bons, puisqu’il s’agit de sauver le monde d’une terrible menace.

© Bec/Corbeyran/Grella/Gérard chez Soleil

Il n’y a pas à dire, ce qu’ont tenté Lucas et Spielberg dans le dernier Indiana Jones en date fonctionne bien mieux dans un Bob Morane, mais n’en disons pas plus, l’histoire n’est de toute façon pas la même. Les auteurs réussissent une belle entrée en matière, sans âge, à la fois actuelle et dans le bain des meilleurs récits du justicier. Paolo Grella, sous les couleurs de Sébastien Gérard tantôt incendiaires tantôt bleues-vertes d’un autre monde, prouve un peu plus sa patte puissante et violente.

Corto Maltese, post-11 septembre

Résumé de l’éditeur : Sur les eaux de la mer de Chine, le profil d’un pirate bien connu se dessine dans l’ombre d’une cabine de pilotage… Corto Maltese est de retour, à l’abordage d’un yacht de luxe. Des rues bondées de Tokyo jusqu’aux sommets des Andes, le gentilhomme de fortune poursuit un trésor mythique, disputé par une société secrète nationaliste et des narcos sans scrupule… Mais plus que jamais, ce sont les sentiments qui vont mener le célèbre marin romantique.

© Quemehen/Vivès chez Casterman

Je dois bien avouer que Corto Maltese (et plus largement Hugo Pratt) est l’une des grandes lacunes que je souhaite combler un jour, quand j’aurai le temps. Cela ne m’a pas empêché, vierge que j’étais de références (et de gardiennage du temple), de me lancer dans cette réappropriation moderne (avec le spectre d’un 11 septembre qui vient d’avoir lieu) du marin aventurier par Martin Quenehen et Bastien Vivès. Le duo formé autour du très réussi Quatorze Juillet, en vogue, a préféré un format roman graphique noir et blanc, 164 pages qui permettent de développer et de proposer des séquences sans texte mais de toute beauté, pour mettre le « pirate » face à un mouvement terroriste contestataire tatoué du chrysanthème, d’un continent à l’autre.

© Quemehen/Vivès chez Casterman

C’est ainsi que sous influence japonaise, Corto se retrouve sur la trace difficile à suivre d’un hypothétique trésor péruvien, une tête d’or et devient la drôle de cible de toute une série d’organisations gouvernementales ayant la gâchette facile. Corto, lui, entre de vieilles connaissances (Raspoutine, clochard céleste) et de nouveaux alliés ou ennemis, trace sa route et affronte son destin sans laisser l’inquiétude le ravager. Dans la maîtrise de ses émotions.

© Quemehen/Vivès chez Casterman

Si je connais très peu Corto, sa silhouette, son magnétisme et son énigmatisme graphiques, je les connais tout de même. Iconique personnage. Et je dois bien admettre qu’il m’a fallu un temps d’adaptation pour trouver en le personnage de Bastien Vivès le plus grand marin de tous les temps. Mais une fois qu’on y est, à la lisière du drame d’auteur, de la quête initiatique et de l’aventure, j’ai beaucoup apprécié cette aventure indépendante du héros prattien dans laquelle les deux auteurs, on les connaît, n’ont pas cherché à calquer leur style sur leur illustre prédécesseur.

© Quemehen/Vivès chez Casterman

Ça passe ou ça casse, les puristes le diront certainement mieux que moi pour ce qui est de l’aspect rétrospectif, mais j’ai passé un excellent moment mystérieux et riche en rebondissements, sans qu’ils soient grotesques, que du contraire, amenant la profondeur et la réflexion autour de la figure du baroudeur. Bémol, la couverture de la version classique totalement indigne alors que celle de la version collector (ci-dessus) est fameuse.

© Quemehen/Vivès chez Casterman

 

Série : Bob Morane

Tome : 1 – Les 100 démons de l’Ombre Jaune

D’après l’univers d’Henri Vernes

Scénario : Christophe Bec et Éric Corbeyran

Dessin : Paolo Grella

Couleurs : Sébastien Gérard

Genre : Aventure, Guerre, Science-fiction

Éditeur : Soleil

Nbre de pages : 56

Prix : 14,95€

Date de sortie : le 01/09/2021

Extraits : 

 


Série : Corto Maltese

Hors-série : Océan noir

D’après l’univers d’Hugo Pratt

Scénario : Martin Quenehen

Dessin : Bastien Vivès

Noir et blanc

Genre : Aventure

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 168

Prix : 22€

Date de sortie : le 01/09/2021

Extraits : 

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