Le manoir Sheridan et Démonistes : deux univers différents pour passer de l’horreur à l’humour, sans bannir le spectaculaire

Monstres, démons… appelez-les comme vous voulez (ou plutôt pas), pourvu qu’ils fassent peur et hantent vos nuits. La BD en raffole et, sans doute, offre-t-elle plus de possibilités à ses auteurs d’en explorer l’infinie possibilité démoniaque avec un budget somme toute beaucoup plus limité que le cinéma. Au coeur de l’été, pour quelques frissons ou une bonne tranche de rigolade, avec les premiers tomes du Manoir Sheridan de Jacques Lamontagne et Ma Yi (qui se retrouvent quelques années après Yuna) et de Démonistes du romancier Olivier Gay et GeyseR. 

© Lamontagne/Ma Yi

Le manoir Sheridan : on vous avait dit qu’il fallait fermer la porte!

© Lamontagne/Ma Yi
© Lamontagne/Ma Yi chez Glénat

Résumé de l’éditeur : Québec, Canada 1922. En fuite après avoir volé la caisse d’un magasin général, Daniel est englouti avec son traîneau dans les eaux d’un lac gelé. Angus Mac Mahon le sauve de justesse et l’emmène dans sa demeure, le manoir Sheridan, une grande bâtisse isolée et inquiétante. Au fil de sa convalescence, Daniel va découvrir par hasard, dans une aile dont l’accès lui est totalement interdit, la nièce d’Angus, la belle Edana, plongée dans un profond état de catalepsie. Daniel va découvrir qu’il a ouvert la porte d’un monde cauchemardesque qu’il lui faudra affronter en passant un dangereux pacte avec le maître des lieux, pour défendre sa vie et celle de cette mystérieuse créature dont le charme l’a envoûté…

© Lamontagne/Ma Yi chez Glénat

Une mauvaise chute dans une étendue glacée et désertique peut être synonyme d’arrêt de mort. Daniel, qui filait jusque-là à tombeau ouvert, a bien cru sa dernière heure arrivée en brisant la glace et en commençant à couler à pic dans le fleuve engourdi mais mortel. C’était sans compter un colosse russe vivant là, à l’écart du monde, dans un manoir tenu par le sympathique Angus Mac Mahon. Voulant partir au plus vite mais se rendant compte qu’il devrait prendre le temps de la convalescence, Daniel va apprendre à connaître cet homme qui raconte être brisé par la tragédie qui a pris sa fortune et sa famille.

© Lamontagne/Ma Yi
© Lamontagne/Ma Yi

Daniel en survivant à la mort extrêmement froide a tout de même gagné son billet pour un monde d’outre-tombe dans lequel Angus l’envoie pour récupérer ce qui pourrait sauver la vie de sa nièce, Edana, de marbre depuis bien longtemps.

© Lamontagne/Ma Yi
© Lamontagne/Ma Yi

Faisant le grand écart entre un conte façon Barbe Bleue et les univers de Lovecraft ou Burton, Jacques Lamontagne (déjà bien occupé entre Wild West et, on l’espère, la suite de Shelton & Cooper) cède le flambeau (pour éclairer l’obscurité) à Ma Yi, tout en temporisant l’arrivée du fantastique, ou plutôt l’introduction du héros dans ce décor lugubre et dantesque. L’étonnant dessinateur chinois se révèle à l’aise sur les deux tableaux, dans ce paradis blanc qui bascule dans un enfer bien noir. Entre manga et franco-belge plutôt classique, il tire ses héros aux visages tendance gros nez et simplifiés vers la dureté et la rage. De quoi étoffer la psychologie de ces héros dont le passé est finalement moins reluisant qu’on pourrait le penser. Si l’on s’attend assez rapidement au retournement de situation qui fait le sel de cette première partie, on se laisse happer, tout en jetant un oeil derrière soi pour éviter l’infernale créature qui attend peut-être son heure dans un coin, à la lumière des torches dans ce petit bout d’enfer québécois qui laisse le suspense reprendre ses doigts sur une grosse détonation. De main bien humaine, là. Enfin tant qu’elle l’est encore. Un joli album qui nous laisse quand même sur notre faim.

© Lamontagne/Ma Yi

Démoniste : sans coeur de dragon

© Gay/GeyseR/Gibie chez Drakoo

Résumé de l’éditeur : Diplômés de la prestigieuse Académie de Surin, les démonistes sont capables d’invoquer des démons plus originaux et dangereux les uns que les autres. Mais lorsqu’un portail magique apparaît près de la capitale sans que personne ne parvienne à la refermer, l’inquiétude monte dans le royaume. Le roi se résout à faire mander l’un des plus puissants démonistes, en exil depuis des années. Cette faille est-elle liée au drame qui s’est noué dans les salles de classe vingt ans plus tôt ? Et si le destin du monde dépendait d’un amour d’adolescence ?

© Gay/GeyseR/Gibie chez Drakoo

Alors que Kaamelott est enfin sorti au cinéma, voilà un album dans la même veine, alliant Moyen-Âge et heroïc-fantasy, bestiole surarmée et branquignole usurpant le rôle de sauveur du monde. Ici, pas d’ambiguïté: dès le début, la porte des enfers et de leurs démons a été ouverte. SOS Fantômes n’est pas là et le seul espoir de survie des humains réside en Vlad, un guerrier dont personne n’a plus de nouvelles depuis longtemps. Lui serait-il arrivé quelque chose ? Pas moyen de transplaner, il faut marcher ou cavaler jusqu’aux rives de l’étang dont le château est surveillé par un terrible mercenaire. Violence gratuite garantie.

© Gay/GeyseR/Gibie chez Drakoo

Dans le meilleur des mondes, à la dixième planche, celui-ci est hors de danger. Sauf qu’ici, entre bras cassés et monstres mal lunés, répondant à des sortilèges complètement farfelus; Vlad n’est pas sauvé, pris dans un sommeil mystérieux. Le beau au bois dormant avait-il des ennemis? Son bodyguard, une espèce de dragon blanc qui se prend pour Père Castor quand il ne fait pas de l’excès de zèle avec son gros couteau, a peut-être la clé dans ses récits, remontant le temps.

© Gay/GeyseR/Gibie chez Drakoo

En attendant, un kilomètre à pied, ça use les souliers, et les zygomatiques en compagnie de cette bande totalement déjantée et mal assortie, dans laquelle seule une guerrière tire son épingle du jeu de massacre. Passant par la lame et l’action, obligées dans ce genre d’histoire, GeyseR doit aussi se farcir de longues séquences de dialogue, comique de situation et bons mots faisant leur loi, et réussit complètement sa mission, sous des couleurs assez bizarres mais finalement aussi frappadingues que le reste. Au bout de ces 46 premières planches, on ne se retrouve pas beaucoup plus avancé, mais le temps est vite passé. Un bon moment, savoureux mais aussi spectaculaire.

© Gay/GeyseR/Gibie chez Drakoo

Série : Le manoir Sheridan

Tome : 1 – La Porte de Géhenne

Scénario : Jacques Lamontagne

Dessin et couleurs : Ma Yi

Genre : Fantastique, Horreur

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 56

Prix : 14,50€

Date de sortie : le 09/06/2021

Extraits : 

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Série : Démonistes

Tome : 1 – Vlad

Scénario : Olivier Gay

Dessin : GeyseR

Couleurs : Gibie

Genre : Fantastique, Heroic Fantasy, Humour

Éditeur : Drakoo

Nbre de pages : 46

Prix : 14,50€

Date de sortie : le 03/02/2021

Extraits : 

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