Comme si l’été recommençait avec un visage humain et sensible : une première Nuit solidaire avec Coline et Toitoine, Noé Preszow et Les Innocents

Mine de rien, le Namurois a bien participé à relancer la machine de la culture, des concerts et des festivals en plein air. Alors qu’Esperanzah! à Floreffe et le Bluebird à Évelette ont inauguré, sur le tard une saison pas comme les autres (mais c’est beaucoup mieux qu’une année blanche), et testé le Covid safe ticket désormais généralisé pour accéder à de tels événements, d’autres rendez-vous comme La Carrière Festival à Bioul ou le Métal Méan avaient poursuivi le travail et la fête. À la charnière des vacances d’été et de la rentrée scolaire, les Solidarités se sont donc métamorphosées en Nuits Solidaires, un festival réduit mais tout de même multifacette (avec débats et associations, expositions et un peu d’arts de rue) entre l’esplanade de la citadelle de Namur et son superbe théâtre de verdure. C’est là que jeudi, alors que le public prenait timidement possession des lieux, Coline et Toitoine, Noé Preszow et Les Innocents se sont produits. Alice Delchambre, pour son baptême du feu chez les Branchés, y était pour immortaliser ses moments sincères et puissants. Merci de lui réserver un accueil tonitruant.

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Jeudi, 18h, c’est parti pour trois concerts. Pas trop de problème à l’entrée où les festivaliers ont intégré ce Covid Safe Ticket au nom tarabiscoté (et qui consiste en la présentation d’un QR Code assurant une vaccination complète, une guérison du virus ou un test négatif à celui-ci), la « plaine » est encore vide mais les personnes présentes ont le sourire sur le visage (on peut envoyer valser les masques). Dans les gradins du sauvage et chaleureux théâtre de verdure, le coussin d’herbe est encore un peu mouillé mais les Bruxellois Coline et Toitoine déploient une belle énergie, spontanée, pour sécher tout ça. Ce jeune duo électropop, louvoyant vers le tribal par moment, oscille entre anglais et français et a bien développé son univers.

À force de bon son, de jolies vocalises parfois douces parfois puissantes, les deux amis réussissent à vaincre l’arène encore fort peu peuplée et existent partout aux quatre coins de celle-ci. Coline a l’air toute gentille comme ça mais y’a de la hargne, de l’envie d’avoir envie quand pour terminer le set elle annonce une chanson créée dans l’optique d’inviter le public à faire des pogos. Une dizaine de fanfarons, certainement membres du fan-club, ne se font pas prier. Un beau commencement, une introduction très convaincante.

Après l’entracte, où les covers WTF de l’excellent brassband The Nerds ont rythmé le repas ou l’apéro des visiteurs, Noé Preszow (prononcez le Prechov) a fait son entrée sur scène. L’air de rien, Monsieur-Tout-Le-Monde, qui entend laisse ses chansons tellement habitées parler à sa place, cache bien son jeu. Avec son band rock affûté, le Bruxellois a été imparable. Charismatique dès que la musique – guitare devant – commence, Noé a laissé parler la puissance de ses textes vécus et engagés.

Faisant nécessité pour l’humain de ne pas forcément trouver sa place dans le monde qu’on lui impose, l’artiste prolonge la voie Ferré, Renaud, Cabrel ou autres Saez. De sa voix grave, de ses mots armés pour une sincérité désarmante, sa rage a fait chaud au cœur. De l’entrée en matière avec Cette route-là à un sublime guitare-voix sur Les poches vides, sa sensibilité a touché. Et, avant ça, ses singles À Nous et Que tout s’danse ont trouvé de l’écho, généreux.

On ne saurait leur en vouloir d’avoir chanté Quand la nuit tombe alors que le noir s’était déjà fait (la fin de l’été, ça ne pardonne pas, il est déjà loin le solstice), Les Innocents ont fait la plus belle impression. « Bonsoir mon Namuuuuuurrrr », a lancé JP Nataf, approuvé par le sourire complice de J-C Urbain. Et la musique de ces deux êtres en osmose a pris le pouvoir, parcourant quasi quarante ans (dont 13 de pause) de hits et de poésie fédératrices, dansantes. Qu’est-ce que ça joue et ça sonne bien, les deux guitaristes chantants trouvant toujours l’harmonie parfaite, extra-terrestre. 

Faisant le grand écart (surtout ce fil de fer qu’est JP Nataf) entre sensibilité et délires, le duo a fait son two-men show, évoquant le confinement avec dérision, reprenant Vasiliu ou Patrick Coutin. « J’aime regarder les… pies », JP Nataf a osé en décourageant tout le monde de faire du jogging. Et s’ils ont quand même chanté J’ai couru, Les Innocents ont pris leur temps, prétextant faire des coupures pub mais revenant toujours à l’essentiel, intime et universel. Puis, il y a eu ce moment où ils ont demandé aux spectateurs de lancer la chanson suivante comme ils le sentaient. Et ça n’a pas manqué : « Elle me l’avait toudi promi, une belle petite gayole, une belle petite gayole. Elle me l’avait toudi promi, une belle petite gayole pour mettre em’ canari. » Difficile de prendre le relai en wallon mais le band a apprécié. Nous aussi, de bout en bout de ce cette soirée à visage humain. Comme si c’était le début de l’été. Love qui peut !

Et voilà toutes les photos réalisées par Alice Delchambre : 

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