Quatre soirs, douze concerts, un espace gratuit pour débattre ou revivre : les Nuits solidaires ne pouvaient pas ne pas être au rendez-vous

Après une année blanche et des derniers mois ne sachant toujours pas sur quel pied danser, certains festivals ont pris leur courage à deux mains sans savoir de quoi demain sera fait, au gré des règles changeant jusqu’à quatre ou cinq fois pour le secteur (ce qui en a rendu fou plus d’un, face à ce casse-tête), en quelques semaines. Bluebird et Esperanzah! (en version réduite) ont pu ouvrir le bal et voilà que notre été aura tout de même eu un petit goût de fête et de retour à la normale culturelle. Grâce au Covid Safe Ticket (garantissant que le festivalier a été vacciné totalement, est guéri du Covid ou a fait l’objet d’un test PCR ou antigénique négatif), voilà que le tour est venu des Solidarités, du 26 août au 27 août. Avec un jour de plus mais des journées plus réduites, rebaptisé Nuits solidaires, l’événement de la citadelle de Namur sera hybride, mi-gratuit mi payant, et entend bien joindre l’utile à l’agréable et aux nécessaires, ne pas renier ses valeurs. On vous fait le topo de l’événement organisé par Solidaris.

C’est elle qui assure la visibilité d’un tel événement, même en mode Covid, j’ai rétréci l’affiche, celle-ci peut se targuer de proposer quatre soirées filant tous azimuts entre découvertes et artistes connus et reconnus. Le jeudi 26 août, dès 18h, Coline et Toitoine mélangeront indie folk et l’electro-pop en ouverture de la seule scène, cette année, le Théâtre de Verdure. Suivra Noé Preszow, ce Bruxellois à la voix brute et aux doigts d’or pour mettre des mots sur nos émotions et nos colères. Son premier album (enfin le deuxième en fait, le premier autoproduit, « Avant toute chose », et déjà plein de belles promesses a été retiré de la circulation, comme trop souvent le cas malheureusement, après signature sur le label Tôt ou Tard, rien que ça!), À nous, est une réussite dont le naturel et l’engagement sont spectaculaires, à l’écriture royale, crue et poétique à la fois. Furieux mais calme, et terriblement d’actualité, d’une sensibilité désarmante et pourtant dansante. Après quoi, Les Innocents repasseront aux Solidarités, quelques années après leur première venue, avec une légion de hits (Colore, Jodie, Un homme extraordinaire, L’autre Finistère, Un monde parfait), et l’humanité émouvante du duo JP Nataf et J-C Urbain sort gagnante à tous les coups. Sans fioriture.

Le vendredi 27 août, Doria D se matérialisera sur scène après avoir été révélée par les réseaux sociaux (TikTok notamment) et par les radios. Son Dépendance est un gros carton. Son inhabité Jeune et con repris de Saez, aussi, mais on y a moins adhéré. Cette date sera donc l’occasion de se faire une opinion plus nourrie sur son répertoire et d’encourager, quoi qu’il en soit, une jeune artiste de notre cru. Duo brabançon, Delta promène son français et ses chansons parfois un rien répétitives mais accrocheuses et habitées, depuis quelques années déjà. Les radios les adorent, suivies par une solide base de fan. Delta est une valeur sûre de la scène belge. À 21h45, c’est la douceur mais aussi l’aplomb de Pomme qui prendra possession du théâtre avec un répertoire de plus en plus conséquent, une belle âme et un vrai talent de songwriteuse.

Le samedi 28 août, place aux régionaux de l’étape pour ouvrir le bal (ils font ça très bien): Winter Woods sera dans la place avec son folk rock délicieux qui sent le miel et la campagne, les fêtes ancestrales qui font tout oublier dans une musique magique qui vous emmène partout et ailleurs, loin de problèmes. La deuxième et dernière artiste chantant en anglais de la programmation (! – on ne peut que féliciter le programmateur-directeur Denis Gerardy de faire autant de place à notre langue sans oublier les autres), Charles (soit Charlotte Foret) prendra la relève avec son son puissant, esthétique, bien produit, qui plaira aux plus comme aux moins jeunes. Charles ne s’inscrit pas dans un genre particulier, et c’est très bien ainsi. La caravane passe et Raphaël en sortira avec ses chansons les plus connues comme ses créations les plus insaisissables. Inclassable, le Compagnon mène sa route comme il l’entend et est devenu un chanteur populaire mais atypique, qui n’a pas dérogé à son ADN de bidouilleur, héritée du regretté Christophe à qui il rend hommage sur son dernier album, bien nommé Haute Fidélité (digne successeur du Super-Welter d’il y a une dizaine d’années). Sur lequel on retrouve aussi des compositions en compagnie d’Arthur Teboul de Feu! Chatterton. Ça risque d’être fin bien et cette soirée est quasi-complète !

Dernier soir placé sous le signe du voyage. Le groupe belge Chicos y Mendez chantera le chemin et les combats entre la Belgique et l’Amérique latine avec ce bonheur et cette générosité communicatifs. Toujours un moment de ferveur avec ces habitués du festival. Deux ans après sa première participation, la native de Moustier-sur-Sambre (à deux pas de Namur) Claire Laffut viendra présenter en avant-première son premier album, Bleu, 13 titres pour partir dans toutes les directions, aborder des sujets plus sérieux ou faire une ode à la danse et à l’évasion. Comme son Mojo qui nous reste en tête depuis deux ans. Une artiste durable, énigmatique et habitée. Le festival clôturera son volet musical sur une performance de la dynamite Suzane, déjà venue lors de la dernière édition, et qui avait laissé un souvenir ébloui. De la chanson à la française de caractère et feu d’artifice.

Ces soirées prendront donc cours de 18h aux alentours de minuit, à raison de 26€/soirée, un tarif voulu attractif et solidaire.

Mais les Nuits solidaires ne se résumeront pas à une salle de concert à ciel ouvert. Les organisateurs tenaient à organiser une fête populaire, une manifestation culturelle « avec de la musique et des paroles » qui se prolongera donc en vraie plaine sur l’esplanade, accessible gratuitement au public (toujours en possession de son QR Code Covid-Safe, « nous voulions être responsables, la pandémie n’est pas encore derrière nous, des masques seront même distribués pour les visiteurs qui pourraient être moins à l’aise dans ces lieux encadrés par une signalétique sur la présence du virus et des bornes de gel). Ce grand espace sera transformé en terrasse estivale avec food trucks et bars. Mais l’esprit et la solidarité seront aussi désaltérés dans un village solidaire où les associations seront au rendez-vous pour sensibiliser à leurs causes (Child Focus, Médecins du Monde, Aviq, BXLRefugees…) et proposer des activités ludo-didactiques.

Des manèges et artistes de rue mais aussi un espace Urban Experience (plus loin que le hip-hop, avec différentes démonstrations tous azimuts) seront également accessibles. Tout comme trois expositions diversifiées. Ainsi Oliviero Toscani (le photographe des campagnes choc United Colors of Benetton) présentera Razza Umana, un projet « artistique, culturel et anthropologique » faisant puzzle de visages venus du monde entier, immortalisés non masqués. La seconde sera Résistances et proposée par Les territoires de la mémoire (aperçu par là) pour interroger tous les types de combat, pour des valeurs, contre des injustices, et ce qui pousse ou non à s’engager. La dernière s’intitule Le Droit de vivre et sera présentée par le groupement FGTB-Présence et Action Culturelles-Solidarité Socialiste (Solsoc). L’occasion d’un voyage dans les origines de la Sécu, notamment par le très bel album réalisé par Harald Franssen, Un coeur en commun, dont je vous avais déjà parlé.

De quoi déjà susciter le débat. Débat qui sera le coeur de cible de l’agora, déployé le vendredi 27 août entre 14h et 17h. Ouvert à tous et toujours gratuit, cet espace s’attardera sur le sujet que tout le monde a sur les lèvres depuis un an et demi: le Covid. Et plus largement la santé. Avec plusieurs questions ouvertes (Notre santé, la priorité de demain ? Que retenir de la crise sanitaire? Crise sanitaire et crise environnementale, quels sont les liens ? Comment agir sur l’accessibilité aux soins ? Quand les théories du complot s’attaquent au secteur de la santé… une réponse au mal-être collectif? Quels risques pour la démocratie ? En débattront : le chercheur en microbiologie à la KU Leuven Emmanuel André, le chercheur en épidémiologie et vice-recteur de l’ULB Marius Gilbert, la ministre wallonne de la Santé Christie Morreale; l’historienne et spécialiste du complotisme Marie Peltier, le directeur du pôle acteur social et citoyen chez Solidaris François Perl ainsi que des acteurs du monde associatif que sont le président de la FGTB Thierry Bodson, la secrétaire générale de la fédération des maisons médicales Fanny Dubois et la co-directrice de Présence et Action culturelle Sarah de Liamchine. C’est fort rouge dans la couleur politique mais les questions sont suffisamment universelles et finalement personnelles que ça risque d’être fort intéressant.

Notons que la slameuse Lisette Lombé et la compagnie Adoc en rodage de sa prochaine pièce de théâtre Urgence apporteront la note artistique de cette après-midi.

Enfin, puisque le monde ne s’arrête pas au Covid et qu’il y a eu d’autres bonheurs mais aussi, à notre grand dam, des malheurs, au fil des mois, ces Nuits solidaires entendent donner un coup de pouce à la jeunesse et plus largement aux familles touchées durement par les inondations. Durant toute la durée du festival, une grande récolte de livres et de matériel scolaire sera organisée auprès de tous les participants à l’événement. Le plus chanceux de ces dévoués donateurs sera tiré au sort pour gagner la guitare qui aura été dédicacée par tous les artistes participant à cette édition 2021. La solidarité n’est pas un vain mot.

Ouverture des portes de l’esplanade : le jeudi de 16h30 à 00h30; vendredi de 12h30 à 00h30, les samedi et dimanche de 16h30 à 00h30.

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